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Wednesday, September 16, 2026

Le coup de griffe n’est pas sans risque en campagne électorale

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La campagne électorale bat son plein et est déjà marquée par les attaques et les insultes entre les candidats et les chefs des différents partis en lice. On en a eu un bel échantillon lorsque Christine Fréchette a suspendu sa campagne pour réunir d’urgence son Conseil des ministres : ses adversaires ont aussitôt dégainé. On pouvait lire que le tout était « une pièce de théâtre » selon Charles Milliard, une volonté d’agiter « l’épouvantail Trump » pour Paul St-Pierre Plamondon (PSPP), une « opération marketing » et « la pire campagne de diversion de notre histoire » pour Éric Duhaime. Bref, selon ses adversaires, la cheffe de la Coalition avenir Québec (CAQ) avait tout faux.

La politique est une arène d’affrontements. Mais à force de transformer l’adversaire en cible, les leaders des partis semblent oublier que ce sont d’abord les idées qui devraient s’affronter — et qu’il leur revient d’ouvrir un horizon dans lequel les électeurs auront envie de se projeter. Certes, ils font de nombreuses promesses, mais les attaques systématiques risquent quant à elles d’alimenter polarisation et décrochage. En quoi attaquer Fréchette sur le bilan de son parti ou parler d’une « campagne de vidage de poubelles de la CAQ » donne-t-il envie aux électeurs du Québec de sortir voter ?

À force de personnaliser l’affrontement, ne banalise-t-on pas une politique de l’insulte dont notre voisin du Sud a fait une marque de commerce ? Et n’est-ce pas là une raison d’éteindre la radio ou de tourner la page ?

À force de dire aux Québécois pourquoi ils ne devraient pas faire confiance aux autres chefs, qui leur donne une raison de croire encore à la politique ?

Un sondage récent mené par la Chaire de recherche sur la démocratie, le vivre-ensemble et les valeurs communes au Québec montre que la confiance des citoyens envers les politiciens est au plus bas : seuls 16 % déclarent une confiance élevée envers les partis ou les politiciens. Les partis figurent parmi les catégories les moins bien cotées.

Déjà en 2019, un sondage sur la participation électorale mené par l’Institut du Nouveau Monde auprès de 1007 Québécois a révélé que seuls 19 % se reconnaissaient dans leurs décideurs politiques. Ils n’étaient que 25 % à faire confiance aux politiciens pour changer les choses, y lisait-on encore, tandis que 38 % pensaient que leur vote ne changerait rien et que 48 % estimaient que tous les partis se ressemblaient.

Bref, à l’heure où les politiciens n’ont pas la cote, le coup de griffe est risqué. Comment convaincre une population déjà méfiante que la politique peut servir le bien commun ? Comment les citoyens peuvent-ils avoir envie de voter devant une succession d’invectives et de procès d’intention ? Le cynisme peut alors s’installer dans une boucle redoutable : ils sont tous pareils, donc rien ne changera, donc pourquoi participer ?

La négativité alimente une boucle similaire : ils ne sont pas tous pareils, donc l’autre est pire, donc votez contre lui ou contre elle. La recherche montre que la négativité attire davantage l’attention. Mais attirer l’attention n’est pas nécessairement convaincre : ses effets sur les choix électoraux et sur la participation restent nuancés. Cela contribue néanmoins à expliquer la persistance des campagnes négatives au Québec comme ailleurs.

On peut ici relever trois niveaux de négativité. L’attaque politique, comme lorsque PSPP accuse Fréchette de miser sur la peur et « l’épouvantail Trump », discrédite la stratégie de l’adversaire. L’attaque personnelle, comme celle de Fréchette qui affirme que PSPP vit dans « un monde imaginaire », mine sa crédibilité. Enfin, l’insulte, ou l’incivilité, dévalorise la personne plutôt que de réfuter l’idée. À quel moment la critique légitime bascule-t-elle dans l’attaque personnelle ?

Le problème n’est pas seulement esthétique : cette surenchère risque d’alimenter le cynisme. Comment sortir de cette boucle ? Comment offrir autre chose qu’un catalogue d’adversaires à craindre ? Comment imaginer le vivre-ensemble si l’on bâtit son projet en désignant ceux et celles dont il faudrait se méfier ? Est-ce, par exemple, en cassant du sucre sur le dos des immigrants qu’on peut forger un avenir commun ?

Il serait facile de créer une opposition simple entre « une campagne négative est mauvaise » et « une campagne positive est bonne ». La vraie question est plutôt ce qu’une campagne nous invite à faire de notre insatisfaction. Une attaque personnelle dit : « Ne lui faites pas confiance. » Comment dépasser cette opposition réductrice et mobiliser l’électorat autrement ? Une réponse se trouve dans la rhétorique de Barack Obama. Celle-ci refuse que l’insatisfaction se transforme en résignation. On passe à : les choses peuvent changer, donc nous avons une capacité d’action, donc participez au changement.

En 2008, Barack Obama a fait campagne sur l’espoir (symbolisé par sa célèbre affiche « Hope »). Conscient du cynisme, il en a fait un adversaire à vaincre. Dans son discours de victoire, il a appelé à vaincre la politique de la peur, du doute et du cynisme. Il n’était donc pas que positif : il critiquait les institutions, Washington, les intérêts particuliers et la division. L’objet de sa négativité était différent. La rhétorique de l’espoir d’Obama dit plutôt : « Ne vous résignez pas. »

L’ancien président a montré qu’on peut partir du même point de départ — insatisfaction et perte de confiance —, mais transformer ce cynisme en action. Ainsi, le discours dirige l’insatisfaction vers autre chose : il suscite, plutôt que la défiance envers l’autre, la confiance dans une capacité collective d’agir. Le leader cherche alors à modifier la manière dont le public se perçoit comme acteur politique.

Alors, à quand des leaders qui nous donnent moins de raisons de détester l’autre et davantage de raisons de croire en nous ? Des leaders capables de nous proposer un Québec fort, inspirant, vivant et peut-être même souriant ?

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