Infirmiers et aides-soignants se préparent à la mobilisation du 5 novembre

Alors que différents mouvements sociaux secouent actuellement la France, aides-soignants et infirmiers viendront grossir les rangs de la mobilisation de ce jeudi 5 novembre à l'appel de leurs syndicats respectifs. Comme de nombreuses autres professions de la fonction publique, ils dénoncent leurs conditions de travail et leurs bas salaires. Dans les locaux de la CGT, Marie-France, infirmière, et Diane, aide-soignante, en Éhpad de région parisienne, témoignent.
Aide-soignante en Éhpad à Suresnes, Diane imagine déjà ce qu’elle écrira sur sa pancarte le jour de la mobilisation du 5 novembre. « Je pense que ça sera "Souffrance", "Souffrance, et pour nous, et pour nos aînés." »
Après avoir été agent de service hospitalier, une formation de 18 mois lui a permis d’être aujourd’hui aide-soignante, ou plutôt aide médico-psychologique. Comme ses camarades, elle se bat en première ligne auprès des personnes âgées dépendantes. Sa mission : aider au lever, à la toilette, à l'habillage, au repas, au coucher. Écouter, stimuler, animer, protéger, un travail qu’elle ne peut pas accomplir comme elle le voudrait. « Dans nos établissements, on ne nous donne pas les outils nécessaires pour mieux accompagner nos aînés », dénonce-t-elle.
Marie-France se présente en blouse et pantalon blanc. Infirmière depuis 35 ans dans une grosse structure, un Éhpad de Boulogne-Billancourt, elle doit s’occuper de 36 patients à elle toute seule. « Entre il y a 35 ans et maintenant, il y a une grosse différence. Avant, il y avait du personnel. Avant, on avait le temps de prendre le temps avec nos patients, de discuter avec nos patients. Maintenant, je n’ai plus le temps, déplore-t-elle, alors qu’ils ont besoin de communiquer, ils ont besoin de cet échange aussi, parce que pour certains, ils n’ont plus de famille, on est leur seule famille. Et moi, je me dis : mais je deviens inhumaine quelque part. En fait, je suis robotisée et je fais un travail robotique. »
Elle insiste : prendre soin d’une personne âgée dépendante demande du temps et une expertise. Elle donne l’exemple de la distribution des médicaments. « J’ai 36 patients, donc certains, c’est des prises en charge particulières parce qu’il faut cacher les médicaments, parce qu’ils ne les prennent pas, il faut les écraser, il faut rester à côté d’eux pour les administrer ou les administrer un par un, détaille l'infirmière. Ça, ça me prend entre 1 h et demie à 2 h le matin. Après, j’ai les pansements en fonction des patients. J’ai des pansements plus ou moins importants, comme des escarres, comme des amputations suite à des problèmes de diabète ou autre. J’avais un patient il y a deux mois de ça, on était à deux infirmières et ça durait 1 h et demie à 2 h de pansement rien que pour un patient. »
À écouter dans Priorité santéSoigner les soignants
« Sans le vouloir, je me rends compte que je suis maltraitante »
Par pudeur, Marie-France, 54 ans, n’évoquera pas les douleurs physiques liées à son quotidien d’infirmière en Éhpad. Parmi les revendications, le manque de personnel. Diane explique que lorsqu’il manque un collègue, il n’est pas remplacé. Alors, sa charge de travail est démultipliée. « Je peux me retrouver avec peut-être quatre, voire même cinq résidents à accompagner pour le repas. Sincèrement, comment on peut accompagner quatre ou cinq résidents ?, alerte l'aide-soignante. À la fin de la journée, je me dis : mais non, là, j’ai accompagné monsieur tel, le dessert, il n’a pas pu le finir. Je me dis : mais oui, là, je suis, sans le vouloir, je me rends compte que je suis maltraitante. »
La revalorisation des salaires est demandée par les deux femmes. À 48 ans, Diane, en tant qu’aide-soignante, perçoit entre 1 900 et 2 000 € nets par mois, quelques centaines d’euros à peine au-delà du salaire minimum. « Je n’y arrive pas. J’ai trois enfants, je me prive, je compte. Il y a des choses que je ne peux plus faire, malheureusement, comme partir en vacances », confie-t-elle.
Infirmière très expérimentée, Marie-France ne gagne qu'entre 2 400 et 2 500 € nets par mois, avec deux week-ends travaillés. « On est en 12 h. Je commence à 7 h le matin et je finis à 19 h le soir. Mais il faut savoir que j’arrive toujours plus tôt, justement parce que je sais que ma journée va être tellement longue que si j’arrive vraiment à 7 h, je n’aurai pas le temps, insiste-t-elle. Donc, j’arrive, il est 6 h 15, 6 h et demie, et il y a des soirs, c’est vrai qu’on finit, il est 20 h. Parce qu’on n’a pas eu le temps de faire tout ce qu’on devait faire dans la journée. Parce qu’il y a les transmissions écrites aussi à faire sur l’ordinateur. »
Si infirmières et aides-soignantes aiment profondément leur métier, beaucoup d’entre elles envisagent désormais de le quitter.
À lire aussiIsolement des seniors en France: l'alerte des Petits Frères des pauvres face à la «mort sociale»
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.