Centrafrique: à Zamboye, un village qui vacille avec la fermeture de la mine [3/3]

À Zamboï, dans l’ouest de la République centrafricaine, à la frontière avec le Cameroun, le silence et la précarité ont remplacé l’effervescence qui régnait autrefois autour du chantier minier. Plus de deux semaines après le terrible éboulement qui a endeuillé la localité, le site reste fermé. Avec lui, c’est toute l’activité économique du village qui est à l’arrêt.
De notre correspondant de retour de Zamboï,
À Zamboï, l’agriculture, la pêche, la chasse et le commerce restent peu développés. La majorité des habitants dépend directement ou indirectement de l’exploitation minière pour subvenir à ses besoins. C’est d’ailleurs autour de cette activité que Zamboï s’est progressivement développée. Alors, lorsque le chantier s’arrête, c’est tout un village qui vacille. Zamboï, c'est une localité isolée, presque coupée du monde. Ici, pas de réseau téléphonique. Dans les rues, le calme domine. Sous les manguiers, la plupart des jeunes passent la journée autour d’une partie de cartes, de ludo ou de dames.
Un peu plus loin, d’autres, assis sur des bancs, forment un cercle autour d’une vendeuse de vin de palme et de boissons locales. Depuis la fermeture du chantier minier, le quotidien a changé, témoigne Alban Kongbo, un habitant. « Depuis que le chantier est fermé, nous n’avons plus rien à faire, à part jouer aux jeux de société, dormir et boire pour oublier nos soucis, déplore-t-il. Nous n’arrivons plus à prendre en charge nos familles ni à subvenir à nos besoins. Nos projets sont à l’arrêt. La vie est devenue très difficile pour nous, et cette misère n’est pas facile à supporter. »
Ce matin, Pélagie Yelemo, cheffe du village de Zamboï, réunit les responsables de la société Douakouzou et les autorités locales de la Nana-Mambéré. L’objectif : porter les doléances des habitants et tenter de trouver une solution à cette situation qui paralyse le village. « Nous supplions le gouvernement de nous venir en aide. La population ne cesse d’augmenter. Depuis la fermeture, nous sommes plongés dans la misère, alerte la cheffe du village. Nous sommes désormais prêts à respecter les règles d’exploitation fixées par les autorités. Sans ce chantier, nous ne pouvons pas vivre. »
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Vers une sortie de crise ?
Conscient des difficultés rencontrées par la population, Aliou Garga, responsable de la société Douakouzou, accepte de recevoir plusieurs centaines de doléances destinées au gouvernement. « Tous ces documents contiennent les doléances de la population. Elles remplissent mon pick-up. Je vais rencontrer le gouvernement pour plaider en faveur des habitants, mais le dernier mot lui revient, précise-t-il. J’ai créé ma société pour en tirer profit, pas pour la voir faire faillite. Mais le pouvoir de décision appartient au gouvernement. »
Face à la multiplication des accidents sur les sites miniers, la société civile « I Gwe », qui signifie « Allons-y », propose des actions concrètes. « La proposition que nous faisons, c'est de mener une étude approfondie sur la gouvernance minière, déclare Quentin Ngbouando, son coordonnateur. C'est à partir de ce travail que nous aurons la possibilité de faire une campagne de sensibilisation auprès des détenteurs de permis miniers et peut-être aussi de saisir le parquet pour qu'une enquête soit ouverte, parce que les cas d'accidents miniers sont énormes. »
Pour les autorités, toute reprise des activités devra impérativement s’accompagner d’un renforcement des mesures de sécurité et d’une sensibilisation accrue des exploitants.
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