Service aérien gouvernemental | Une évacuation médicale retardée par la pénurie de personnel

L’évacuation aéromédicale d’un homme atteint par balle lors d’une sortie de chasse près de La Tuque a été retardée de plus d’une heure, car aucun régulateur de vol du Service aérien gouvernemental (SAG) n’était en poste pour superviser le vol, a appris La Presse. L’homme a succombé à ses blessures.
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Les interruptions de service dues à la pénurie de personnel se multiplient au SAG, qui assure les transports aériens d’urgence dans les régions éloignées du Québec.
Le 19 octobre, elles ont fait perdre un temps précieux aux secours chargés d’évacuer un septuagénaire dans un secteur boisé du lac Verne, au nord de La Tuque.
Léon Raymond participait à une sortie de chasse de groupe lorsqu’il a été atteint d’un coup de feu, en fin de journée. Vers 18 h 15, la Sûreté du Québec (SQ) a communiqué avec le SAG pour demander son évacuation aéromédicale.
Or, aucun régulateur de vol n’était en poste pour superviser l’opération.
Les régulateurs de vol préparent, planifient et suivent en temps réel les vols. Ils étudient les conditions de piste, suivent les changements météorologiques et veillent à la gestion du carburant.
Leur rôle est différent de celui des contrôleurs aériens, qui dirigent le trafic aérien.
« Le régulateur de vol prévu à l’horaire pour ce quart de travail avait informé son supérieur qu’il n’était pas en mesure de se présenter au travail », indique le relationniste du ministère des Transports, dont relève le SAG, Nicolas Vigneault.
« Bien que des démarches de remplacement avaient été entreprises, il n’a pas été possible d’obtenir la relève nécessaire », poursuit-il par courriel.
Selon nos informations, la SQ s’est alors tournée vers les Forces armées canadiennes. Elle a contacté le centre de coordination des opérations de sauvetage basé à Trenton, en Ontario, vers 19 h 15, soit une heure après l’appel initial au SAG.
Un hélicoptère de sauvetage a été envoyé de la base de Bagotville, au Saguenay–Lac-Saint-Jean. « L’hélicoptère est arrivé sur les lieux à 21 h 27 », confirme l’officier supérieur des affaires publiques aux Forces armées canadiennes, Mathew Strong.
Selon une source au fait du dossier qui n’est pas autorisée à parler aux médias, l’avion du SAG aurait pu être sur place une heure et demie plus tôt si un régulateur de vol avait été disponible.
Une équipe était même prête à partir à l’aéroport de Saint-Hubert.
Il est impossible à ce stade de savoir si la vie du chasseur aurait pu être sauvée. Ni la Sûreté du Québec ni le ministère des Transports n’ont été en mesure de répondre à nos questions concernant l’évolution de son état.
Selon le corps policier, le décès de M. Raymond a été constaté sur place. Le dossier est actuellement entre les mains des enquêteurs du service des crimes majeurs, qui devront déterminer si des éléments criminels sont en cause dans ce décès.
De 12 à 10 employés
Les interruptions de service sont de plus en plus fréquentes au SAG, selon la même source qui n’est pas autorisée à parler aux médias.
La situation s’est particulièrement aggravée au cours de l’été, alors que deux régulateurs de vol ont quitté leurs fonctions sur une petite équipe de 12 personnes, affirme-t-elle.
Il suffit parfois qu’un employé tombe malade pour entraîner une interruption du service. Les salaires peu concurrentiels par rapport au privé seraient à l’origine des départs, observe cette source, qui s’inquiète des conséquences sur la sécurité de la population.
Le ministère des Transports affirme mettre en œuvre « diverses mesures visant à attirer cette main-d’œuvre spécialisée, notamment par des activités de recrutement soutenues et ciblées sur le marché de l’aviation ».
Mais ce n’est pas suffisant pour l’instant : Québec doit encore se tourner vers des prestataires privés comme Skyjet ou Air Inuit pour éviter des interruptions de service.
Dans le cas du chasseur mort par balle, l’armée canadienne n’a pas réclamé à l’organisme de dédommagement pour son évacuation, souligne M. Strong.
En 2023, La Presse rapportait que l’exode de personnel vers le privé et la vétusté de la flotte du SAG, qui compte aussi des avions-citernes, faisait bondir le recours à la sous-traitance.
Certains observateurs se demandaient même si Québec devait continuer à assumer la responsabilité du transport médical aérien.
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