Après les incendies de l’été, une nouvelle forêt belge est plantée… en Arménie

Il s’est lancé un défi un peu fou. André Gumuchdjian est né à Anvers et est Belgo-Arménien. Il a fait carrière dans la métropole flamande dans le secteur diamantaire. Mais aujourd’hui, c’est un autre aspect des sols et des sous-sols qui le motive, les arbres et les forêts. Il s’est fixé pour objectif de récolter des fonds et de replanter des forêts dans son pays d’origine, l’Arménie. "En quelques années, avec notre association My Forest Armenia, on a planté 3,2 millions d’arbres qui couvrent une surface d’environ 1000 hectares. Et cela sur onze sites différents, un peu partout dans le pays".
Il y a quelques mois, c’est un endroit encore plus particulier qui connaissait sa première plantation. "Une forêt belgo-arménienne. C’est la reine Mathilde qui est venue en personne planter le premier arbre symbolique du projet, au mois d’octobre 2025. Il y a un an", explique André Gumuchdjian. "Ici, on s’est fixé un objectif de financer 50.000 arbres. Parce que notre association fonctionne sur des dons privés. Et finalement, ce sont 60.000 arbres qui ont été financés et parrainés par différents donateurs de Belgique, des compagnies et des individus "purs belges", mais aussi des Belges d’origine arménienne et aussi quelques personnes, des sympathisants de la Belgique en Arménie, qui ont aussi donné pour cette forêt. 60.000 arbres, cela représente 20 hectares de plantations puisqu’on place 3000 arbres à l’hectare. Et cette forêt se porte bien. J’ai été la voir l’autre jour et les arbres poussent. Mais évidemment, c’est un processus très lent. Cela prendra plusieurs années".
La reine Mathilde en train de planter le premier arbre de la forêt belgo-arménienne, le 15 octobre 2025. © Belgaimage
Une recette applicable aussi en Belgique ?
Après les feux de forêts de l’été 2026 chez nous, les questions se multiplient : comment lutter plus efficacement contre le réchauffement climatique et diminuer les risques d’embrasement à l’avenir ? Comment mieux gérer l’eau dans notre pays et en utiliser les bénéfices pour refroidir l’atmosphère ? L’une des solutions passerait peut-être par la création de nouvelles forêts. En tout cas, André Gumuchdjian y croit. "Au départ, moi, je ne suis pas un forestier, je ne suis pas un spécialiste en biologie, mais j’ai commencé à comprendre et apprécier les énormes bénéfices que rendent les forêts pour la vie humaine sur terre. Le commun des mortels ne se rend pas compte à quel point les forêts sont indispensables, que s’il n’y avait plus de forêts, la vie humaine cesserait. Et donc, il faut un certain pourcentage de forêts. Combien ? C’est très difficile à dire. Si vous parlez à des forestiers, ils vont dire qu’il faut 50%. Mais 50%, c’est énorme. Par exemple, en Wallonie, la couverture forestière est de 34%. En Flandre, elle est bien moindre. La moyenne belge est de 22%, ce qui est déjà pas mal. Mais en France, ils sont à 30%. En Arménie, malheureusement, on n’est qu’à 10%".
André Gumuchdjian (à gauche) avec la reine Mathilde lors du lancement de la plantation la forêt belgo-arménienne. © Belgaimage
On peut vivre sans électricité, on peut vivre sans chauffage, c’est-à-dire sans gaz ou pétrole pour se chauffer. Mais s’il n’y a pas d’eau, on ne peut pas vivre, tout simplement.
André Gumuchdjian dit voir les effets de cette absence d’arbres, notamment sur les sols arides de montagnes. Justement, ces sols où ses équipes sont en train de planter. "Le bénéfice, à mes yeux, le plus important d’avoir davantage de forêts, c’est le fait de réguler l’eau et d’augmenter, ça peut être contre-intuitif, augmenter les quantités d’eau. Selon une étude du FAO, le Food and Agriculture Organization des Nations Unies (Organisation pour l’Agriculture et l’Alimentation), 75% de l’eau potable dans le monde vient des forêts. C’est quelque chose dont les gens ne se rendent pas compte et c’est difficile à faire comprendre. Peut-être encore plus en Belgique, où on a tellement de pluie. Parce que sans eau, l’homme ne peut pas vivre. On peut vivre sans électricité, on peut vivre sans chauffage, c’est-à-dire sans gaz ou pétrole pour se chauffer. Mais s’il n’y a pas d’eau, on ne peut survivre, tout simplement. Et donc, ça, c’est un des éléments les plus importants qui rendent les forêts indispensables : c’est cette régulation d’eau, l’augmentation de l’humidité – ça prévient les incendies d’avoir des sols humides —, la diminution de la température. Et, évidemment, plein d’autres services encore, comme empêcher l’érosion des sols, empêcher la désertification.
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Les gens qui vivent à Bruxelles ne se posent pas toujours la question : pourquoi est-ce que j’ai besoin de forêts ? […] L’eau qui arrive dans votre douche ou dans la cuisine, elle vient d’où ?
Les gens qui vivent à Bruxelles ne se posent pas toujours la question : pourquoi est-ce que j’ai besoin de forêts ? Très bien, vous vivez dans la ville, mais l’eau qui arrive dans votre douche ou dans la cuisine, elle vient d’où ? Bien souvent de réservoirs qui sont reliés à la ville. Mais cette eau dans les réservoirs elle-même, elle vient d’où ? Elle vient des forêts environnantes ou des montagnes, sur des milliers d’hectares, des dizaines de milliers d’hectares, qui récoltent cette eau, et c’est ça qui fait qu’il y a de l’eau dans la ville.
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Des espèces locales et variées indispensables
Pour assurer la pérennité des nouvelles forêts plantées en Arménie, et éviter au maximum les risques d’incendie à l’avenir, il y a des règles, selon André Gumuchdjian. "Nous, nous voulons absolument planter le plus grand nombre possible d’espèces différentes. Ça veut dire qu’on plante entre 5 et 10 espèces différentes, parfois 15 selon les terrains et on ne plante pas seulement des espèces d’arbres forestiers, on plante aussi des arbustes. Pourquoi ? Parce que les arbustes sont très importants, les buissons sont très importants, pour la biodiversité. Ils ont des fruits et ces fruits attirent les insectes, qui vont attirer les oiseaux. Et, par exemple, les oiseaux sont les meilleurs planteurs d’arbres dans le monde, puisqu’ils vont manger les fruits, jeter les graines, et c’est comme ça que la forêt essaime".
Le fait de planter des espèces différentes serait aussi un plus au niveau des maladies. "Parce que si on a des forêts qui sont d’un seul type, s’il y a un arbre qui développe une maladie, tous les arbres prennent la même maladie. Plus il y a d’espèces différentes, plus la forêt devient forte et résistante", explique encore le fondateur de l’association qui plante des forêts.
Ils ont des fruits et ces fruits attirent les insectes qui vont attirer les oiseaux. Et, par exemple, les oiseaux sont les meilleurs planteurs d’arbres dans le monde, puisqu’ils vont manger les fruits, jeter les graines, et c’est comme ça que la forêt essaime.
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Autre élément pour améliorer la biodiversité, selon André Gumuchdjian, "il ne faut pas faire venir des espèces d’autres pays. Il faut, le plus possible, employer des espèces locales. Et donc, nous, on récolte les graines, les semences, les glands de chênes locaux. On les récolte dans les forêts existantes du pays. On sème dans notre pépinière et dans nos serres. Et puis, après un an ou deux ans, on les plante dans les zones qui sont destinées à être reboisées.
Dans certaines zones, on a commencé avec des pins, parce que les pins sont une espèce pionnière. Ils vont pousser très facilement dans des endroits où il n’y a pas du tout d’arbres, pas du tout de forêts. Il faut conquérir le terrain et, après, une fois que les pins ont pris, on peut planter d’autres espèces de feuillus, des chênes, des hêtres, des érables qui vont augmenter la biodiversité".
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5000 euros l’hectare
Six ans après avoir commencé les plantations en Arménie via son association "My Forest Armenia", André Gumuchdjian confirme qu’il y a déjà eu quelques incendies sur des petites parcelles. "On travaille pour avoir des résultats à 50, 100 voire 1000 ans. Je ne serai plus là pour le voir, c’est certain", sourit-il. "Mais on a vu aussi une chose remarquable. Même avec les tout petits arbres, qui ne faisaient que 80 cm de haut maximum. Quand ils ont brûlé leurs racines n’ont pas été touchées. Les arbres à côté, eux, ont en quelque sorte sacrifié leurs petites branches pour favoriser leurs racines. Tous sont ensuite parvenus à rapidement repousser. Cela prouve la richesse de ces espèces pour le sol et pour la région. Et cela, ça doit interpeller partout dans le monde. En Belgique aussi, cela doit alerter les décideurs à consacrer plus d’espaces aux forêts pour améliorer la qualité de vie. Je pense que les arbres et les forêts sont encore très mystérieux, il y a encore beaucoup de choses que nous ne comprenons pas. Il y a une magie qui s’opère. Il faut laisser faire la nature et, surtout, le plus important, comprendre à quel point nous, les hommes, les êtres vivants, avons besoin de ces forêts, et surtout de cette richesse des forêts".
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Les arbres et les forêts sont encore très mystérieux, il y a encore beaucoup de choses que nous ne comprenons pas. Il y a une magie qui s’opère. Il faut laisser faire la nature
André Gumuchdjian conclut que, pour son association, le coût de planter 3000 arbres et de les entretenir jusqu’à ce qu’ils deviennent adultes sur plusieurs années, et d’obtenir au final une forêt qui gardera environ 1000 arbres, est "d’environ 5000 euros par hectare. C’est une somme, oui. Mais combien coûtent les conséquences d’incendies ou du réchauffement climatique en termes de dégâts matériels et de problèmes sur la santé des habitants ? Il faut tout prendre en compte avant de prendre des décisions. Nous, on tente de démontrer ici que cela peut fonctionner. Et nous serions ravis si, en Belgique, on peut également s’en inspirer".
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