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Friday, September 11, 2026

Les nouveaux tarifs douaniers ravivent la fibre de l’achat local au Québec

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La récente escalade des tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis semble redonner du souffle à l’achat local au Québec. Nombre de consommateurs renouent avec le réflexe — parfois délaissé ces derniers mois — de scruter les étiquettes pour éviter d’acheter américain, mais surtout pour privilégier les produits d’ici.

« Y en a assez, des tarifs, ça va trop loin, lance Martin Leduc, remonté à bloc. J’avais un peu baissé ma garde, mais là, je vais redoubler d’efforts et trouver que des produits d’ici. »

Dès les premières menaces tarifaires de Donald Trump, en février 2025, ce quinquagénaire a commencé à scruter les emballages à l’épicerie pour éviter d’acheter américain. Une façon de manifester son désaccord avec les politiques et l’attitude du président des États-Unis, dit-il.

Fini, le jus d’orange Tropicana, les fraises de Californie et la mayonnaise Hellmann’s : les produits de nos voisins du Sud ont disparu de son panier. Au départ, M. Leduc les remplaçait systématiquement par des marques d’ici, mais il a baissé sa garde avec le temps, se tournant vers des produits provenant d’autres pays. « C’était compliqué de remplacer certains produits, et je me suis lassé de me priver de certains fruits et légumes aussi », explique-t-il, reconnaissant même avoir fait quelques entorses à son boycottage.

Les nouveaux tarifs douaniers ont toutefois ravivé ses intentions. « Cette fois, mon boycott sera intégral et 100 % en faveur de l’achat local », assure-t-il, jugeant qu’il aura encore plus d’impact en encourageant les entreprises d’ici.

Comme Martin Leduc, des dizaines de lecteurs du Devoir nous ont raconté être plus motivés que jamais à reprendre le boycottage et à favoriser les produits locaux. Certains n’ont d’ailleurs jamais cessé de le faire et souhaitent maintenant étendre le réflexe au-delà de l’épicerie.

C’est le cas de Marie Poulin Asselin, 83 ans. « Les nouveaux tarifs m’encouragent à regarder tout le reste : vêtements, articles de maison, chaussures, produits naturels, etc. Ça ne me préoccupait pas avant parce que j’en achète moins souvent », raconte-t-elle. Elle compte désormais acheter québécois le plus possible, quitte à réduire les quantités pour ne pas faire exploser sa facture.

Un nouvel élan

Le regain de motivation observé chez nos lecteurs semble se refléter ailleurs dans la société. Créée dans la foulée des premiers tarifs, l’an dernier, la plateforme Buy Beaver — qui permet de connaître la provenance d’un produit en numérisant son code-barres — se classait au deuxième rang des applications les plus téléchargées au Canada la semaine dernière. « Dans les deux dernières semaines, on a enregistré plus de 500 000 scans de produits. C’est beaucoup plus que d’habitude », explique son cofondateur, Arnaud Maheu.

Même constat chez Signé Local, qui vend exclusivement des produits fabriqués au Québec. Depuis le 22 août, date de l’entrée en vigueur d’une nouvelle vague de tarifs douaniers de Donald Trump, l’entreprise a enregistré une hausse de 21 % de ses ventes dans ses trois boutiques physiques et de 67 % sur sa plateforme en ligne comparativement à la même période l’an dernier.

« En ce moment, le discours politique, que ce soit au fédéral ou au provincial, c’est “Buy Canadian, achetez québécois”. C’est sûr que ça aide, ça encourage les gens », se réjouit Dawei Ding, copropriétaire de Signé Local.

« On sent à nouveau une sensibilité des consommateurs, mais aussi des entreprises qui veulent collaborer, qui changent leurs recettes pour obtenir notre logo sur leurs produits », note pour sa part Corinne Demars, directrice générale par intérim de l’organisme Aliments du Québec, qui vérifie et valide la provenance des produits d’ici.

Les Produits du Québec, qui remplit une mission semblable pour les produits non alimentaires, observe la même tendance. « On sent un nouvel élan pour l’achat local, c’est sûr. Est-ce qu’il est plus fort qu’en février 2025 ou que durant la pandémie ? Non. Mais chaque fois, on gagne des adeptes qui conservent cette nouvelle habitude de consommation », soutient sa directrice générale, Elfi Morin.

Un réflexe à maintenir

Reste à savoir si ce nouvel élan survivra à la prochaine accalmie dans les tensions commerciales. Les précédentes vagues de mobilisation ont montré que l’intérêt pour l’achat local peut rapidement retomber une fois l’urgence passée. Le prix est souvent un frein important. « Ce n’est pas systématiquement le cas, mais ça arrive que les produits québécois soient plus chers et, pour certaines familles, ce n’est pas possible de payer davantage », souligne Mme Morin.

« J’aimerais voir un monde où l’achat local ne commence pas et ne se termine pas avec Donald Trump », renchérit Dawei Ding, qui plaide pour un engagement politique plus soutenu afin que le réflexe de consommer local devienne une habitude plutôt qu’une réaction aux soubresauts commerciaux.

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