Les partis interpellés face à «l’urgence» d’agir contre les féminicides
Plus de 1000 personnes sont descendues dans la rue samedi à Montréal pour souligner « l’urgence » d’agir contre les féminicides au Québec et pour presser les partis politiques, en campagne électorale, de prendre des engagements pour lutter contre cette « crise nationale ».
« C’est une crise et il faut la gérer », a clamé Marjolaine Étienne, présidente de Femmes Autochtones du Québec (FAQ), en entrevue avec Le Devoir. Elle a lancé un message clair aux partis politiques : « Il ne suffit plus de reconnaître le problème. Nous exigeons des engagements concrets, chiffrés, mesurables. »
Quelques minutes avant le départ de la marche, Manal Drissi, chroniqueuse, humoriste et scénariste, a illustré l’ampleur du phénomène. « Si chacune des Québécoises tuées par un homme parce qu’elle est une femme depuis la dernière élection provinciale avait un siège à l’Assemblée nationale, elles formeraient un gouvernement majoritaire. »
La marche était organisée par l’Alliance des maisons d’hébergement de deuxième étape pour femmes et enfants victimes de violence conjugale, la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes, L’R des centres de femmes, le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale et FAQ. Le cortège est parti du Square Dorchester pour se rendre à la Place des Montréalaises, en passant par la rue Sainte-Catherine.
Au moins 17 femmes ont été victimes d’un féminicide présumé depuis le début de l’année au Québec.
Une priorité
À quatre jours du prochain débat électoral, animé par Patrice Roy à Radio-Canada, les différents regroupements féministes exhortent les chefs des cinq principaux partis politiques du Québec à aborder cette question lors de la soirée.
« Est-ce que, dans le prochain débat, il n’y aurait pas lieu d’en faire une priorité et d’en faire un débat ? Je pense que c’est le temps que les chefs de parti fassent en sorte d’en parler », a déclaré Mme Étienne, déplorant que l’enjeu de la violence faite aux femmes n’ait pas été abordé lors des précédents débats des chefs.
La présidente de FAQ espère également que les politiciens prendront en compte les « enjeux spécifiques » et les « réalités distinctes » des femmes autochtones. « [Leur] réalité ne peut pas être simplement comprise à travers celle des femmes en général. »
Annick Brazeau, présidente du Regroupement des maisons pour les femmes victimes de violence conjugale, estime qu’« il y a tellement d’écoute [lors d’un débat télévisé] que ce serait important d’aborder cette question ».
Mme Brazeau, qui s’inquiète de la saturation des maisons d’accueil, demande davantage de financement pour les maisons d’aide et d’hébergement, mais aussi pour les organismes communautaires.
« On parle de féminicides, sauf que c’est la finalité le féminicide », a-t-elle souligné en entrevue avec Le Devoir. « Il y a plein de femmes dans le silence, plein de femmes qui ont besoin d’aide, il faut penser à ces femmes. »
La co-porte-parole de Québec solidaire, Ruba Ghazal, était présente à la marche. « On a la responsabilité d’agir collectivement pour que “Pas une de plus” ne reste pas uniquement un slogan, mais que ça soit une réalité au Québec », a-t-elle affirmé en mêlée de presse.
Elle a rappelé que son parti s’est engagé à investir 600 millions de dollars pour créer 1000 places en maisons d’hébergement.
« Un mélange de colère et de peur »
« Ça n’a pas de bon sens comment on ne nous prend pas au sérieux », déplore Valentina Côté avec sa petite fille dans les bras. « On est enragées, on est tannées, on dit “Ça suffit!” », a-t-elle ajouté, dénonçant « l’inaction de la part de nos politiciens ».
Mme Côté espère que le prochain gouvernement « réalisera au moins qu’il y a un problème », au lieu de considérer chaque féminicide comme « un fait divers ».
Véronique Beauregard, intervenante au Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de Châteauguay, demande « un changement social ». « Ce n’est pas seulement les femmes qui doivent crier, c’est tout le monde qui doit prendre conscience. »
Mère de trois enfants en bas âge, dont deux filles, elle dit ressentir « un mélange de colère et de peur ». « Il faut prévenir, il faut éduquer tout le monde, incluant les jeunes garçons », dit-elle.
Besoin d’aide ?
Si vous êtes victime de violence conjugale, vous pouvez appeler la ligne d’urgence de SOS violence conjugale au 1 800 363-9010.
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