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Saturday, October 3, 2026

Le vieillissement de la population au cœur des enjeux dans Gaspé

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Les journalistes du Devoir ont parcouru le champ de bataille électoral un calepin de notes à la main. L’objectif : visiter une circonscription, décrire un enjeu et rapporter les propositions des partis pour le régler. Aujourd’hui, le vieillissement de la population dans Gaspé.

Samedi 8 août. Un convoi de cyclistes s’arrête devant le Tim Hortons de Sainte-Anne-des-Monts en quête de cafés. Ils butent contre des portes closes. Ils devront traverser vers le Couche-Tard pour se procurer une dose de caféine.

Depuis quelque temps, le restaurant peine à recruter des travailleurs. Le bassin de main-d’œuvre disponible demeure bas dans la deuxième ville de la circonscription de Gaspé, où les électeurs ayant atteint l’âge de la retraite se multiplient.

Lors de la prise de données du plus récent portrait socioéconomique des circonscriptions, en 2021, Gaspé présentait, à égalité avec Les Îles-de-la-Madeleine, l’âge moyen le plus élevé dans l’ensemble du Québec (49,1 ans). À ce moment-là, 40 % de la population du secteur avait plus de 60 ans.

« La Gaspésie est la région du Québec la plus vieillissante », résume Jean-Claude Plourde, membre de l’organisme Solidarité Gaspésie, « un regroupement citoyen, autonome et non partisan qui œuvre pour un développement respectueux, viable et écoresponsable du territoire gaspésien et des communautés qui l’habitent ».

« Au niveau démographique, on a des sérieux enjeux », ajoute Nathalie Chicoine, elle aussi de Solidarité Gaspésie. « On a un problème pour attirer les jeunes familles. [Et les] jeunes qui vont commencer le cégep quittent souvent la région. »

Travailleurs temporaires demandés

Pendant plusieurs années, les entreprises de la Côte-de-Gaspé se sont tournées vers les travailleurs étrangers temporaires pour pallier ce problème — à l’image du fabricant d’éoliennes LM Wind Power, qui employait plusieurs Philippins —, mais les règles adoptées en 2024 par le gouvernement fédéral pour plafonner leur nombre ont réduit la portée de cette solution. La chambre de commerce du secteur demande depuis à Ottawa de revoir sa mesure.

« Il manque de main-d’œuvre », résume Charlie-Maude Giroux Bossé, attablée dans un café de la rue de la Reine, à Gaspé. Depuis 2021, l’élue municipale représente la pointe de Forillon, un secteur qui, malgré la petite taille des villages qui le ponctuent, doit souvent faire appel à l’immigration, pour le tourisme ou l’agriculture.

« Moi, j’ai des jardins, des agriculteurs qui en ont besoin, des organismes communautaires aussi, qui, l’été, ont besoin de monde pour travailler. Des restaurants. Ça nous touche aussi dans les petits villages », souligne-t-elle.

Croisée elle aussi dans un café, à Saint-Majorique, Stéphanie Noël dit espérer que les immigrants qu’elle côtoie de plus en plus dans son travail de bibliothécaire en milieu scolaire pourront rester sur place et s’installer pour de bon.

« J’aime ça parce que ça amène de la couleur, ça amène des variétés de points de vue. Parce qu’on s’entend qu’[ici], il peut y avoir des mentalités de petits villages. Je trouve que ça vient vraiment apporter une belle richesse à la place », souligne l’électrice gaspésienne.

Un manque de moyens de se déplacer

En Gaspésie, le nombre grandissant de personnes retraitées n’influe pas que sur le milieu du travail. Selon Jean-Claude Plourde, le resserrement graduel des critères d’accession au permis de conduire pour les aînés a de forts effets dans une région où les automobilistes peuvent rouler plusieurs kilomètres sans voir la pancarte « Bienvenue » d’un village.

« Tu es obligé d’avoir un véhicule à Gaspé. C’est compliqué en titi, ne pas avoir de voiture », résume Anick DesRosiers, copropriétaire, avec son conjoint, Daniel Samson, du Café de la Traverse, à Saint-Majorique.

En 2025, une navette estivale gratuite exploitée par la Régie intermunicipale de transport Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine (REGIM) circulait le long de la pointe de Forillon, véritable point de vue sur l’immensité du golfe du Saint-Laurent. Elle reliait le village côtier de Rivière-au-Renard, connu pour son économie basée sur les pêcheries, et la gare intermodale de Gaspé.

« Ç’a été un succès d’achalandage auprès des touristes, mais aussi des gens locaux », rapporte Nathalie Chicoine.

Or, faute de financement, le REGIM n’a pas renouvelé son offre pour 2026. Un résident de L’Anse-à-Valleau qui voulait se rendre à Gaspé devait donc emprunter un autobus à 6 h 30 et le reprendre vers 17 h le soir. Sans possibilité mitoyenne.

« Ce n’est pas efficace, indique Charlie-Maude Giroux Bossé. Il n’y a pas beaucoup de gens qui prennent l’autobus parce que l’horaire ne convient pas. On n’a pas de budget pour améliorer les horaires, ça fait que, là, on dit que ça ne fonctionne pas. Mais ce n’est pas que ça ne fonctionne pas, c’est qu’il n’y a rien, présentement, qui répond aux besoins de la population. »

« Moi, ce que je dis tout le temps, c’est que les personnes âgées dans les villages, elles aimeraient ça pouvoir partir le matin, faire leur épicerie, puis remonter sur l’heure du dîner. Ou descendre pour le dîner et remonter le soir », ajoute-t-elle.

Encore et toujours le train

Depuis plusieurs années, Solidarité Gaspésie effectue des représentations auprès des gouvernements locaux, provincial et fédéral pour ramener un train de passagers à Gaspé. « S’il y en avait un, train, ça serait beaucoup plus attractif pour le personnel », affirme Nathalie Chicoine.

« On est comme une moitié de région, indique Daniel Samson, du Café de la Traverse. N’importe quelle région du monde développée a un réseau de trains qui fonctionne. »

« Si on veut y aller pour la suite du monde, il faut que ce genre de projet là vive, dit-il. C’est vital pour la Gaspésie, c’est vital pour les personnes âgées. »

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