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Saturday, October 3, 2026

Lumière sur la science qui aide à élucider les crimes

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On l’appelle « science forensique », du latin medicina forensis, qui figure dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert de 1751. Cette science étudie les traces chimiques, biologiques, physiques et numériques laissées sur une scène de crime et qui aident les enquêteurs des forces de l’ordre à reconstituer un crime et à établir l’identité de son auteur et des victimes. L’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) est la seule université québécoise à offrir des programmes de baccalauréat, de maîtrise et de doctorat en science forensique. On y fait donc de la formation, mais aussi de la recherche de pointe, et ce, grâce à des installations exceptionnelles, dont un site expérimental nommé REST[ES], pour « recherche expérimentale en sciences thanatologiques expérimentales et sociales », situé à Bécancour.

REST[ES] est un site unique au Canada où on étudie les processus de décomposition des corps humains abandonnés dans la nature, dans notre climat continental nordique. Les connaissances qu’on tire de ce genre d’expériences peuvent aider les forces policières dans leurs enquêtes sur les décès et la recherche des personnes disparues. Elles amélioreront notre estimation du temps écoulé depuis un décès. Ces expériences servent aussi à la formation des équipes de recherche et de sauvetage, comme les maîtres-chiens des services de police qui viennent entraîner leur animal à reconnaître les odeurs associées aux différents stades de décomposition humaine.

Les corps arrivent au site REST[ES] généralement 24 à 48 heures suivant le décès. On a préalablement consigné en laboratoire leurs mensurations, leur poids et leurs caractéristiques particulières, comme les tatouages, les cicatrices et les taches de naissance, afin de constituer un dossier de référence au jour zéro. On dépose les corps sur le dos pour faciliter les observations ultérieures. On les recouvre d’une cage de métal afin d’éviter qu’ils soient attaqués par « les gros charognards, comme les vautours, qui pourraient s’emparer d’un membre du cadavre et l’abandonner sur la voie publique », fait remarquer Élisabeth Cuerrier-Richer, coordonnatrice du site REST[ES].

Les chercheurs viennent examiner un corps tous les jours pendant les deux premières semaines afin de noter tous les changements qu’il subit. On espace ensuite les observations, celles-ci ayant lieu deux fois par semaine pendant deux semaines, puis une fois par semaine pendant quatre semaines. Et finalement, on se limite à une visite par mois, parce que « les changements ont grandement diminué après deux mois », précise Mme Cuerrier-Richer, aussi professeure au Département d’anatomie de l’UQTR.

Les changements de couleur commencent à apparaître environ 72 heures après le décès. « Le corps entre alors dans la phase de décomposition active. Ce qui veut dire que les bactéries ont été libérées de l’intestin. Les changements de couleur sont causés par la nécrose des tissus et les bactéries qui envahissent l’ensemble du corps. Ces changements sont souvent plus marqués au niveau du tronc et de la tête, qui comprend des orifices naturels (nez, bouche, oreilles, yeux) qui constituent des points d’entrée pour les insectes qui vont pondre leurs œufs dans le corps. Les insectes sont les tout premiers charognards à venir sur un cadavre », décrit Mme Cuerrier-Richer.

La décomposition active se caractérise aussi par le dégagement d’odeurs particulières, qui changent à mesure que celle-ci progresse. Des caissons en métal sont placés sur certains corps pour accumuler ces odeurs. On recueille un échantillon de ces composés organiques volatils en branchant une petite fiole sur la petite ouverture présente sur le toit du caisson. L’échantillon est ensuite analysé en laboratoire.

Momification

L’hiver, il y a beaucoup moins de changements. Mais, au printemps, on note parfois la présence de moisissures et de champignons sur certaines parties du corps. Les chercheurs ont l’intention d’introduire des capteurs sous la neige pour observer ce qui se passe vraiment.

Lors de notre passage, deux corps qui avaient été déposés en décembre et en janvier derniers ressemblaient à des momies égyptiennes. « Ils sont moins propres que les momies égyptiennes parce que ces dernières étaient soumises à une procédure très précise comprenant entre autres l’extraction des organes et le dépôt de bandelettes. Ici, les corps se sont momifiés naturellement, ils se sont asséchés; ne subsiste que la peau sur les os et quelques tissus décomposés par-ci par-là », explique la chercheuse associée au Groupe de recherche en science forensique.

Une fois momifiés, les corps ne changent plus vraiment, car tout est devenu sec. Même les insectes n’y trouvent plus de nutriments intéressants. « Mais, lors du second hiver, c’est comme si les tissus s’étaient réhydratés sous la neige et que la décomposition avait continué. Et le corps apparaît complètement “squelettisé” au printemps », poursuit la chercheuse, qui a parfait sa formation en anthropologie judiciaire à l’Université d’État du Texas et au Colorado.

Les ossements sont ensuite apportés au laboratoire d’anatomie de l’Institut national d’anatomie de l’UQTR, où ils sont mesurés. On introduit ces mensurations dans un logiciel qui permet d’estimer la taille de la personne lorsqu’elle était vivante. « Comme nous disposons des mensurations du corps avant sa décomposition, on peut vérifier que les estimations de taille que nous donne le logiciel, qui se base sur des populations de référence européennes (des Blancs), africaines (des Noirs), et asiatiques, sont bonnes », souligne-t-elle.

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