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Wednesday, August 26, 2026

Réseau 764 | Un groupe terroriste fait de jeunes victimes au Québec

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Le Service de police de la Ville de Montréal a connaissance d’au moins trois cas où des enfants auraient été possiblement victimes du réseau terroriste 764, qui exhorte des mineurs à commettre des gestes violents. Dans l’un d’eux, l’enfant a dû être hospitalisé après s’être mutilé à la demande de son agresseur, a appris La Presse.

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« C’est la violence pour la violence, le chaos pour le chaos. C’est la volonté de détruire la société telle qu’on la connaît, mais certainement pas de la remplacer. »

C’est ainsi que le sergent à la GRC Simon Boisjoli résume l’idéologie derrière le réseau terroriste 764, qui recrute des mineurs en ligne et les contraint à commettre des actes de plus en plus dégradants.

Le réseau, qui opère à l’échelle internationale, pourrait avoir fait trois jeunes victimes depuis le début de l’année à Montréal.

Au Québec, un jeune homme de 26 ans a été arrêté en avril pour avoir fait la promotion de l’idéologie 764. Selon des documents judiciaires obtenus par La Presse, Jeffrey Roussel partageait des vidéos de chats torturés à mort et d’automutilation sur des réseaux sociaux cryptés.

On ignore cependant s’il se trouve derrière les cas rapportés au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

« Je sens qu’on va voir ça de plus en plus », affirme Maya Alieh, sergente-détective du SPVM.

Dans les trois dossiers dont elle a connaissance, les victimes étaient âgées d’à peine 11 ans. Elles ont été approchées sur les plateformes de jeux vidéo Roblox et Discord.

Si l’enquête policière n’a pas permis de confirmer s’il s’agissait du réseau 764 ou d’un groupe similaire, le stratagème était identique.

Après avoir gagné leur confiance, les agresseurs ont incité leurs victimes à poser des gestes de violence envers eux-mêmes.

« Dans l’un des cas, ça a abouti à de l’automutilation et à une hospitalisation », rapporte Maya Alieh. Aucune plainte criminelle n’a été déposée jusqu’à présent.

« Le nouveau terrorisme »

Plusieurs parlent du réseau 764 comme d’une nouvelle forme d’extrémisme nihiliste et violente. « Il y en a qui appellent ça le nouveau terrorisme. Le but est de scinder la société, de rendre les gens individualistes », illustre Maya Alieh.

La Presse a consulté le résumé de l’enquête soumis par les policiers en soutien aux mandats de perquisition ayant mené à l’arrestation de Jeffrey Roussel, 26 ans.

Les documents judiciaires donnent un aperçu du contenu partagé dans les groupes auxquels participait Roussel, accusé d’avoir participé aux activités d’un groupe terroriste et de les avoir facilitées.

Selon la déclaration des policiers, le jeune homme est apparu sur leur radar en février, après avoir annoncé qu’il planifiait se suicider en direct sur Telegram.

Mais alors qu’ils s’inquiètent pour sa sécurité, les enquêteurs de la GRC découvrent que le jeune homme se livre aussi à des activités criminelles.

Opérant sous le pseudonyme « Brandon James », il est l’un des administrateurs du groupe « Mentalyl/984/1984 », qui présente plusieurs similitudes avec le réseau terroriste 764, selon les documents judiciaires.

« Certaines publications dans le groupe présentent du contenu montrant de la bestialité, de la cruauté animale, de l’automutilation et font mention de pornographie juvénile », peut-on y lire.

Jeffrey Roussel partage lui-même du contenu violent, dont des vidéos de chats torturés à mort et d’hommes agressant une femme. Ces affirmations n’ont pas encore été testées devant les tribunaux.

« The Com »

En 2025, le Canada est devenu le premier pays à inscrire le réseau 764 sur sa liste d’entités terroristes, où il figure notamment aux côtés d’Al-Qaïda et du groupe néofasciste Proud Boys.

Mais le groupe se distingue simultanément des organisations terroristes traditionnelles : contrairement à elles, il n’a aucune visée politique.

Les membres du réseau 764 perçoivent l’effondrement de la société comme une fin en soi. Ils cherchent à corrompre la jeunesse, la vie étant insignifiante à leurs yeux.

Avec d’autres groupes comme Maniac Murder Cult et No Lives Matter, ils forment un écosystème en ligne surnommé « The Com ».

  • Jeffrey Roussel se vante d’avoir une « Com girl » de 17 ans, dont il publie plusieurs images des bras mutilés dans un groupe sur la plateforme Signal.

    LA PRESSE

    Jeffrey Roussel se vante d’avoir une « Com girl » de 17 ans, dont il publie plusieurs images des bras mutilés dans un groupe sur la plateforme Signal.

  • Jeffrey Roussel se vante d’avoir une « Com girl » de 17 ans, dont il publie plusieurs images des bras mutilés dans un groupe sur la plateforme Signal.

    PHOTO TIRÉE DE DOCUMENTS JUDICIAIRES

    Jeffrey Roussel se vante d’avoir une « Com girl » de 17 ans, dont il publie plusieurs images des bras mutilés dans un groupe sur la plateforme Signal.

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Selon les mandats de perquisition, Roussel se vantait d’avoir une « Com girl », dont il a publié plusieurs images de ses bras mutilés dans le groupe.

Un autre profil consacré à Roussel partageait des photos de jeunes filles qui avaient inscrit avec un feutre « J’appartiens à Brandon » ou encore « Brandon est mon dieu » sur leur peau.

  • Photos publiées sur un profil dédié à Jeffrey Roussel sur Telegram. Roussel utilisait le pseudonyme « Brandon James ». Des victimes écrivaient des phrases comme « Brandon is my God » et « J’appartiens à Brandon » sur leur peau.

    PHOTO TIRÉE DE DOCUMENTS JUDICIAIRES

    Photos publiées sur un profil dédié à Jeffrey Roussel sur Telegram. Roussel utilisait le pseudonyme « Brandon James ». Des victimes écrivaient des phrases comme « Brandon is my God » et « J’appartiens à Brandon » sur leur peau.

  • Photos publiées sur un profil dédié à Jeffrey Roussel sur Telegram. Roussel utilisait le pseudonyme « Brandon James ». Des victimes écrivaient des phrases comme « Brandon is my God » et « J’appartiens à Brandon » sur leur peau.

    PHOTO TIRÉE DE DOCUMENTS JUDICIAIRES

    Photos publiées sur un profil dédié à Jeffrey Roussel sur Telegram. Roussel utilisait le pseudonyme « Brandon James ». Des victimes écrivaient des phrases comme « Brandon is my God » et « J’appartiens à Brandon » sur leur peau.

  • Photos publiées sur un profil dédié à Jeffrey Roussel sur Telegram. Roussel utilisait le pseudonyme « Brandon James ». Des victimes écrivaient des phrases comme « Brandon is my God » et « J’appartiens à Brandon » sur leur peau.

    PHOTO TIRÉE DE DOCUMENTS JUDICIAIRES

    Photos publiées sur un profil dédié à Jeffrey Roussel sur Telegram. Roussel utilisait le pseudonyme « Brandon James ». Des victimes écrivaient des phrases comme « Brandon is my God » et « J’appartiens à Brandon » sur leur peau.

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Directrice éditoriale du Terrorism Research Analysis and Consortium, qui regroupe plus de 2800 experts à travers le monde, Nathalie Prange suit l’affaire à partir des Pays-Bas, où elle réside.

Ces dernières années, elle étudie le réseau 764 en infiltrant des groupes de discussion privés sur des réseaux sociaux cryptés comme Telegram.

« Le mot-clic #freejeffrey circulait dans certains groupes » après son arrestation, témoigne-t-elle.

Selon Nathalie Prange, Roussel correspond au profil classique des agresseurs du réseau terroriste, sauf qu’il est un peu plus âgé que la moyenne.

« Compte tenu de son âge, il disposait d’un avantage. Il savait vraiment ce qu’il faisait. Une personne de cet âge ne tombe pas dans ce genre de situation par hasard », croit Mme Prange.

Un fan de gore

D’après des personnes qui l’ont côtoyé dans sa jeunesse, Jeffrey Roussel était un enfant timide, qui n’avait pas beaucoup d’amis.

Ugur Chen le décrit comme une personne influençable, qui se faisait « un peu intimider par tout le monde ». « Il me faisait de la peine », raconte-t-il.

Les deux jeunes hommes se sont connus il y a quelques années sur les réseaux sociaux. Pendant la pandémie, ils étaient actifs dans des groupes privés consacrés au partage de mèmes sur Facebook.

« Il y avait des Belges, des Québécois, des Français… C’était la pandémie, on s’ennuyait », raconte Ugur Chen, qui réside près de Lyon, en France.

Pour lui, Jeffrey Roussel était « le petit gamin québécois qui partageait des vidéos gore ». En effet, le jeune homme partageait régulièrement des vidéos qu’il trouvait sur le web caché (dark web) dans les groupes dont Ugur Chen faisait partie.

« Il y avait tout ce que vous pouvez imaginer. Des gens qui se faisaient kidnapper et torturer, des vidéos de gangs criminels qui se vengeaient, des enfants qui se faisaient tabasser, énumère-t-il. À un moment donné, ça me dégoûtait. »

Il se souvient que Roussel se créait régulièrement de nouveaux comptes sur Facebook, car il se faisait bannir de la plateforme. Le jeune homme était également un fan d’armes et se vantait d’en posséder.

La Presse a pu consulter un « guide de destruction du monde » partagé dans un groupe de discussion dont faisait partie Roussel.

Le document d’une centaine de pages explique notamment comment manipuler et exploiter ses victimes en privilégiant des mineurs « insécures et en quête d’attention ».

Il donne aussi des instructions pour fabriquer une bombe, commettre un attentat ou encore se suicider. « C’est ce qu’on fait quand on veut foutre le bordel pour de vrai », conclut le guide.

Pas limité au monde virtuel

Les activités du réseau 764 sont sur le radar de plusieurs pays, notamment les États-Unis. Selon le FBI, les prédateurs sont principalement de jeunes hommes de moins de 25 ans et les victimes, des jeunes filles.

Seulement dans la dernière année, des jeunes ont été arrêtés aux États-Unis, en Grèce et en Italie parce qu’ils planifiaient des attentats liés au réseau. En Suède, au moins huit agressions, dont deux tentatives de meurtre, sont survenues en 2024.

Selon Nathalie Prange, il est extrêmement difficile d’estimer l’ampleur du réseau.

« Je suis membre d’une centaine de groupes sur Telegram, et ce n’est probablement qu’une fraction. Dans un groupe, le nombre de membres peut varier de 10 à plusieurs milliers », illustre-t-elle.

Quel est le modus operandi du réseau 764 ?

Pour rejoindre les mineurs, les prédateurs utilisent les réseaux sociaux ou les plateformes de jeux vidéo comme Roblox et Minecraft. Après avoir déplacé la discussion sur une application de messagerie cryptée comme Telegram, ils recourent à la manipulation et à l’intimidation pour forcer les victimes à commettre des actes de plus en plus dégradants, souvent filmés en direct. Les prédateurs s’en servent ensuite pour faire chanter leurs victimes et exercer un plus grand contrôle sur elles : une fois le doigt dans l’engrenage, difficile d’en sortir. « On tombe dans une gradation des actes de violence, de la violence envers soi-même à la violence sur les animaux domestiques et les autres personnes », explique Simon Boisjoli, sergent-détective à l’équipe intégrée à la sécurité nationale à la GRC.

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