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Wednesday, August 26, 2026

Des mythes alimentaires viraux passés au crible

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25 août 2026

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Cures de détox, diètes carnées, suppléments miracles… la désinformation alimentaire pullule sur le Web, à coups de tendances virales sur TikTok ou Instagram. Comment démêler le vrai du faux ? Tour d’horizon en cinq exemples.

Les cures de détox

Un jus qui est censé nettoyer notre système digestif. Une détox à l’eau citronnée et au cayenne qui promet de nous libérer des « toxines » enfouies dans notre corps. Un shot au gingembre qui devrait nous donner un boost d’énergie. Ces solutions miracles sont-elles fondées ? « Pas du tout », répond tout de suite Benoît Boulanger, nutritionniste et candidat au doctorat en nutrition à l’Université Laval.

L’expert en alimentation, qui vulgarise aussi le sujet sur les réseaux sociaux, explique que le corps a déjà sa propre machine autonettoyante : le foie. « On pense peut-être pouvoir influencer son travail en lui donnant une pause. Mais, pour moi, c’est un peu comme se dire qu’en retenant son souffle une heure par jour, on donnerait une pause à nos poumons. »

« Si on a l’impression que notre foie ne travaille pas correctement, c’est à l’hôpital qu’il faut se rendre, renchérit Bernard Lavallée, nutritionniste, auteur et chroniqueur. Ce n’est pas une bouteille de jus à 10 $ qui va nous permettre de remplacer un foie défectueux. »

Il n’y a aucune façon de se détoxifier le corps, que ce soit par l’alimentation ou par d’autres moyens, soulignent les deux experts. Pourquoi, alors, sommes-nous constamment à la recherche du remède miracle pour nous sentir mieux ? « On veut une solution à ce mal-être-là qui nous habite, quand on a l’impression d’avoir fait de mauvais choix ou d’avoir développé de mauvaises habitudes alimentaires durant une période de temps », explique Benoît Boulanger.

Il y a aussi une part de spiritualité à ce comportement, soulève Bernard Lavallée. « La détox, le jeûne, ce sont des concepts millénaires. Manifestement, il y a quelque chose dans notre pensée humaine qui nous donne un penchant vers ce genre de comportements là. » Il est cependant très difficile de suivre de telles restrictions à long terme, et elles peuvent engendrer un trouble du comportement alimentaire à la longue. « On n’est pas faits pour suivre des règles restrictives ou pour manger avec notre tête uniquement. Plusieurs autres facteurs influent sur ce qu’on mange. »

De la viande matin, midi et soir

Les diètes qui excluent un aliment ou un nutriment, notamment la diète cétogène, qui proscrit les glucides, sont toujours très visibles sur les réseaux sociaux. Même chose pour celles qui priorisent un aliment, comme la diète carnée, où la viande est reine. Certains créateurs de contenu qui en sont les plus grands défenseurs, au Québec et aux États-Unis comme ailleurs, cumulent des dizaines, voire des centaines de milliers d’abonnés.

La diète carnée s’appuie sur la thèse voulant qu’un animal qui a une alimentation variée fournisse une viande riche en vitamines et en nutriments — au point où, selon la théorie, on pourrait ne se nourrir que de viande rouge et d’autres aliments de source animale. « Mais ça a plusieurs angles morts, comme réflexion. C’est faux de penser que ça contient tout ce dont on a besoin », dénonce Benoît Boulanger.

Une alimentation exclusivement composée de viande entraîne plusieurs carences, notamment en glucides ou en fibres, entre autres. Les plus fervents amateurs de cette diète sont pourtant convaincus qu’elle fonctionne. Ils se sentent beaucoup mieux, disent-ils. Le rayonnement en ligne de cette diète a d’ailleurs explosé dans les cinq dernières années, bien qu’il connaisse un ralentissement depuis 2025, selon les données de recherche Google Trends.

« On a souvent une période lune de miel avec une diète, où la motivation ou juste le fait de réfléchir à ce qu’on mange peut somme toute améliorer notre alimentation, puis comment on se sent. Mais, très rapidement, on voit des effets néfastes », souligne Benoît Boulanger.

Une consommation accrue de viande rouge peut augmenter les risques de maladie du cœur en raison d’un trop haut taux de cholestérol dans le sang. La Société canadienne du cancer recommande elle aussi une réduction de la consommation de viande rouge.

« L’enjeu, ce n’est pas nécessairement ce que ça nous apporte, mais ce qui va manquer dans notre alimentation. Certains nutriments sont absents de la viande. Même les plus grands défenseurs de cette diète-là changent aujourd’hui tranquillement leur fusil d’épaule » et intègrent des fruits et légumes, spécifie le chercheur.

Ce que cachent les diètes

« La diète cétogène est un peu la mère de ce genre de tendances », explique Benoît Boulanger. Il note toutefois qu’elle a de réels fondements scientifiques : elle a été développée afin de réduire les crises d’enfants épileptiques. Elle vise à engendrer dans le corps le phénomène de la cétose, qui survient lorsque le corps, privé de glucides, se tourne vers les matières grasses pour tirer son énergie.

Une diète cétogène conduite en dehors des contextes médicaux, où un suivi est assuré par un professionnel de la santé, peut s’avérer dangereuse. « Notre cerveau a besoin de glucides pour fonctionner, affirme Benoît Boulanger. Les premiers temps vont être très difficiles si on ne réussit pas à maintenir une cétose. Les effets secondaires vont être difficiles à vivre. »

Pour Bernard Lavallée, le type de diète importe peu : c’est surtout sur les raisons qui poussent les gens à en suivre une qu’il faut s’attarder. « N’importe quel type de diète qui est à la mode est le reflet des préoccupations importantes dans une société. »

De nos jours, ces préoccupations se déclinent en deux axes principaux, qui influent l’un sur l’autre : la « quête continuelle » de la santé, et l’apparence physique, surtout symbolisée par la minceur et la beauté. « De manière générale, des aliments vont être promus parce que ça va nous donner une belle peau, parce qu’on n’aura plus de boutons, parce qu’on va rajeunir… »

L’obsession du poids n’échappe pas à la mode des diètes. Les deux experts s’entendent pour dire que notre société est encore grossophobe, et la peur du rejet social sur la base de l’apparence en motive plus d’un à changer son alimentation — par tous les moyens possibles — afin d’atteindre un poids idéal.

« On est prêt à croire un peu n’importe qui pour y arriver. Les discours nuancés sont plates, on n’a pas le goût d’y croire parce qu’ils ne promettent rien. Mais quand quelqu’un est capable de nous promettre quelque chose, alors on va vouloir le tester », résume Bernard Lavallée.

Surplus de vitamines

Les suppléments de vitamines, les shakes protéinés, les poudres miracles font fureur sur les réseaux. Même chose pour les électrolytes, qui sont de plus en plus prisés. Certains créateurs de contenu vendent aussi leurs propres formulations. A-t-on réellement besoin d’ajouter des vitamines à notre alimentation ?

« Absolument pas », résume Benoît Boulanger. Il pose toutefois la différence entre les suppléments alimentaires pour sportifs et ceux visant à « optimiser » la santé. Certains nutriments peuvent effectivement aider à la performance sportive, littérature scientifique à l’appui. Mais intégrer ces ajouts dans l’alimentation quotidienne peut parfois créer des problèmes plutôt qu’en régler.

« Si vous êtes capable de manger suffisamment dans une journée, et de manger diversifié, les suppléments ne sont pas nécessaires. Mais est-ce que tout le monde est capable de manger de cette manière-là ? La réalité, c’est que non », explique pour sa part Bernard Lavallée.

Toutefois, les suppléments alimentaires sur le marché ne sont ni la solution à prioriser ni destinés à un public en précarité financière, fait-il remarquer. La quête constante de la performance peut expliquer le succès de ces suppléments chez une clientèle aisée. « Une alimentation équilibrée permet de répondre à tous les besoins. Mais, bien sûr, on ne peut pas bâtir une industrie milliardaire si on n’arrive pas à faire croire aux gens qu’ils manquent toujours de nutriments et qu’ils peuvent optimiser leur alimentation. »

« Je pense que la très grande majorité des gens n’ont pas besoin de suppléments, mais ont plutôt besoin d’augmenter leur consommation de fruits et légumes », souligne Benoît Boulanger.

Les théories du complot s’invitent dans notre assiette

Le lait pasteurisé serait-il dangereux pour notre santé ? Les épiceries nous vendent-elles de faux aliments ? Les organismes génétiquement modifiés, ou OGM, sont-ils plus nocifs que nous le laissent croire les géants de l’alimentation ? Non, tiennent à faire valoir nos experts. Ce genre de discours prend toutefois de l’ampleur sur les réseaux sociaux, malgré les preuves scientifiques nombreuses réfutant ces fausses croyances.

« C’est un symptôme d’un phénomène beaucoup plus profond, soit une perte de confiance envers nos institutions, que ce soit envers le gouvernement, les centres de recherche ou les organismes de santé », remarque Benoît Boulanger.

Bernard Lavallée y voit aussi un symptôme de l’érosion de la confiance du public — et ce sentiment prend racine dans des inquiétudes réelles. « On ne va pas se le cacher, la méfiance envers les grosses compagnies s’est répandue parce qu’historiquement, on a pu voir plusieurs acteurs qui ont agi contre le bénéfice des consommateurs. »

Il rappelle entre autres la crise de la vache folle des années 1990, et la fraude alimentaire de 2013 en Europe qui consistait à faire passer de la viande de cheval pour de la viande de bœuf dans certains plats préparés. La peur que ces situations engendrent semble en motiver plusieurs à remettre en doute la légitimité de nos institutions, mais aussi de la science. Une théorie du complot selon laquelle le lait cru serait plus nutritif que le lait pasteurisé — et prétendant même, à tort, que la pasteurisation serait nocive pour la santé — a fait grimper les recherches sur le sujet dans Google.

« C’est la peur qui alimente le plus la désinformation, selon moi, indique Benoît Boulanger. Mais la peur n’est pas du tout un bon moteur de changement dans ces contextes. Je pense que la curiosité a encore sa place. Les gens oublient qu’en recherche, c’est ça qu’on fait : on se pose des questions auxquelles on cherche des réponses. »

Pour les deux nutritionnistes, faire circuler de l’information fiable sur l’alimentation, ancrée dans la science, demeure la meilleure façon de combattre la propagation de ces fausses croyances. « Je pense qu’il y a encore des gens qui sont prêts à entendre cette information-là » sur les réseaux sociaux, affirme Bernard Lavallée.

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