Elections en Lettonie : sécurité nationale et hausse du coût de la vie sont les préoccupations principales des Lettons

Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, la question sécuritaire domine largement les débats. Membre de l’Otan et de l’UE depuis 2004, la Lettonie considère la Russie comme sa principale menace stratégique et a fortement augmenté ses dépenses de défense, à près de 5% du PIB. La plupart des formations susceptibles d’entrer au parlement soutiennent un renforcement militaire et la poursuite de l’aide à Kiev.
Mais les enjeux socio-économiques – hausse du coût de la vie, bas salaires, santé et déclin démographique – ont été au cœur de la campagne et le scrutin pourrait donner aux populistes une place importante au Parlement unicaméral de 100 sièges.
La Liste unie (centre droit, AS) du Premier ministre Andris Kulbergs, créditée de plus de 14% des suffrages, est en tête des intentions de vote dans ce pays de 1,8 million d’habitants, selon l’institut SKDS.
Cependant, sa coalition de centre droit pro-européenne et pro-ukrainienne, qui réunit également Nouvelle Unité (JV, centre, 4,3%), l’Alliance nationale (nationaliste, NA, 5,6%) et l’Union des Verts et des Paysans (ZZS, centre, 4,8%), devrait sortir affaiblie, selon cette enquête, et avoir peu de chances d’être reconduite dans sa forme actuelle.
Andris Kulbergs a pris ses fonctions en mai après la chute du gouvernement précédent en raison d’un différend concernant des incidents liés à des drones. Deux drones ukrainiens déviés de leur trajectoire s’étaient écrasés près de la frontière russe, provoquant des tensions avec la Russie. L’invasion russe de l’Ukraine est perçue en Lettonie comme une menace directe pour la sécurité nationale. Ces incidents ont également relancé des questions sensibles, notamment l’utilisation de la langue russe.
Inquiète face aux menaces aériennes, la Lettonie a demandé le soutien de ses alliés de l’Otan pour s’assurer que le vote puisse se dérouler en toute sécurité. En prévision de ces élections, l’Allemagne a donc déployé quatre avions de chasse Eurofighter en Lettonie pour protéger son espace aérien.
La Lettonie est l’un des partenaires et soutiens les plus proches de l’Ukraine, une position qui ne devrait pas changer après les élections, tout comme le clair alignement de la politique étrangère du pays sur l’UE et l’Otan.
La principale nouveauté de la campagne est la progression de formations populistes, notamment sur fonds de problèmes économiques, la Lettonie étant le pays le plus modeste des trois Etats baltes en termes de niveau de vie.
La Lettonie, qui compte 1,9 million d’habitants, consacre un peu moins de 5% de son produit intérieur brut à la défense, laissant moins de marge de manœuvre pour d’autres dépenses. Le système de santé est sous pression, tandis que l’émigration et le vieillissement de la population demeurent des défis persistants. De nombreuses personnes se plaignent des prix élevés et des bas salaires, et l’économie tourne au ralenti.
Les partis populistes exploitent ce mécontentement, certains adoptant une ligne pro russe. Deux d’entre eux ont de réelles chances de faire leur entrée au parlement, en partie parce qu’ils séduisent les électeurs de l’importante minorité ethnique russe du pays.
Le parti populiste Pouvoir souverain (Suverena vara, SV), dirigé par Julija Stepaņenko, est crédité de plus de 9%, ce qui pourrait lui valoir la deuxième place au Parlement, la Saeima. Critique de l’aide à l’Ukraine et de l’augmentation des dépenses militaires, ce parti met en avant les difficultés économiques du pays. Considéré comme pro-russe par ses détracteurs, SV reste toutefois entouré d’un cordon sanitaire par la plupart d’autres partis.
Autre formation populiste, Lettonie d’abord (LPV, 9%), dirigée par l’homme d’affaires Ainars Slesers, régulièrement comparé au président américain Donald Trump par les médias, séduit avec un discours conservateur et des promesses de relance économique. Il pourrait devenir un partenaire incontournable dans les prochaines négociations de coalition.
Les Progressistes (PRO), parti social-démocrate pro-européen favorable à une protection sociale renforcée et à l’aide à l’Ukraine, est crédité de 6,2% d’intentions de vote.
Environ un électeur sur cinq reste indécis, ce qui rend les prévisions sur la forme de la prochaine coalition gouvernementale difficiles.
Au total quatorze listes sont en compétition mais, selon les sondages, seules sept d’entre elles semblent assurées de franchir le seuil de 5% nécessaire pour entrer au Parlement. Aucun ne devrait remporter la majorité absolue.
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