Le boycottage des voyages aux États-Unis s’essouffle-t-il?
Le boycottage des voyages aux États-Unis tire-t-il à sa fin ? Les Canadiens sont plus nombreux à traverser la frontière ces derniers mois, après avoir massivement délaissé le pays l’an dernier à la suite des premières annonces tarifaires de Donald Trump. Les déplacements chez nos voisins du Sud restent toutefois bien en deçà des niveaux observés avant son retour à la Maison-Blanche.
Selon les plus récentes données, publiées par Statistique Canada vendredi, le nombre de passages en voiture de résidents canadiens de retour des États-Unis — le moyen de transport le plus emprunté pour voyager entre les deux pays — s’est élevé à 2,1 millions en août, contre 1,9 million à pareille date en 2025, soit une hausse d’environ 10 %. Les retours par voie aérienne ont pour leur part augmenté de 3,6 %.
Depuis le début de la guerre commerciale entre Ottawa et Washington, en mars 2025, nombre de Canadiens ont décidé de tirer un trait sur leurs voyages aux États-Unis. Cela fait toutefois cinq mois consécutifs que le nombre de visites dans le pays voisin est en hausse. En juillet, sa progression était de près de 13 % par voie terrestre.
Certains y voient un signe d’essoufflement du boycottage, une conclusion que refuse toutefois de tirer Marc-Antoine Vachon, titulaire de la Chaire de tourisme Transat de l’UQAM. Il rappelle qu’on est loin d’avoir rattrapé les niveaux pré-guerre tarifaires.
En août 2024, 2,9 millions de résidents canadiens étaient revenus des États-Unis après un séjour ou une excursion en voiture. Le nombre enregistré le mois dernier demeure donc inférieur de 27,4 % à celui d’il y a deux ans. Même constat dans les airs : les retours par avion en août 2026 sont 22,7 % sous leur niveau d’août 2024.
Question de convictions
« Je ne pense pas qu’on ait baissé les bras socialement. La grogne contre les politiques de Donald Trump est toujours forte. C’est une question de valeurs qui s’entrechoquent à ce point-ci, et de prix », croit M. Vachon.
À l’épicerie, un consommateur peut être réticent à acheter un produit américain tout en finissant par le mettre dans son panier lorsqu’il n’existe pas d’alternative locale à prix raisonnable, explique-t-il. Le même calcul peut s’appliquer aux vacances.
Voyager outre-mer n’est pas à la portée de tous les budgets. Sans compter l’augmentation du prix des billets d’avion en raison de l’envol du coût du kérosène généré par la guerre en Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz en février. Les données de Statistique Canada le montrent : le nombre de retours de Canadiens par avion en provenance de pays autres que les États-Unis a diminué de 2,8 % le mois dernier comparativement à août 2024. C’est le troisième mois consécutif lors duquel on observe une baisse.
« Plusieurs ont choisi de retourner aux États-Unis en voiture, en se pinçant le nez, parce que c’est important pour eux d’avoir des vacances en famille, de préserver leur santé mentale. Il y a aussi l’habitude, certains passent leur été dans le Maine depuis des décennies, d’autres ont peut-être un condo là-bas. C’est difficile de tirer un trait là-dessus », croit l’expert.
Reste à voir si cette tendance à la hausse se poursuivra. L’escalade récente des tensions commerciales pourrait encore modifier les comportements et encourager certains à adopter une ligne dure quant aux voyages aux États-Unis ces prochains mois, croit M. Vachon.
Nouvelle normalité ?
Paul Arseneault, directeur de l’Observatoire de l’IA, des données et du tourisme de l’UQAM, offre une lecture différente de la situation. Selon lui, on a atteint une « nouvelle normalité », les performances touristiques de 2023-2024 — souvent prises comme référence — ayant été exceptionnelles. « On place la barre trop haut en se comparant à ces années postpandémie », avait-il expliqué au Devoir le mois dernier.
Selon lui, l’envie de voyager retrouvée après la pandémie s’était dirigée vers les États-Unis, une destination perçue comme rassurante, de par son accessibilité en voiture, face à un éventuel nouveau variant. Il refuse d’attribuer la baisse des passages frontaliers au seul boycottage, évoquant plutôt un changement cyclique des habitudes des voyageurs canadiens, qui se seraient lassés des États-Unis.
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