Des républicains face à des vents électoraux défavorables
Au début du mois d’octobre, Donald Trump a mis en garde ses partisans face à un possible éloignement des républicains des urnes le 3 novembre prochain, jour des élections de mi-mandat aux États-Unis. Ce scrutin vise à renouveler des postes de représentants et de sénateurs siégeant à Washington, ceux de gouverneurs d’État et plusieurs autres postes électifs à l’échelle locale.
Or, ces élections sont historiquement défavorables au parti au pouvoir. Pis, le taux de participation des électeurs républicains a généralement tendance à baisser lorsque le populiste ne se présente pas personnellement, ce qui risque de profiter aux démocrates et de menacer les majorités que son parti détient dans les deux chambres du Congrès.
« Prétendez que je suis sur le bulletin », a laissé tomber le président lors d’un rassemblement politique tenu au Nebraska, un État pourtant acquis aux républicains et où il est malgré tout venu faire campagne dans les dernières semaines.
Le mois précédent, au Texas, l’occupant de la Maison-Blanche avait tenu les mêmes propos devant ses troupes rassemblées lors d’une grande réunion politique républicaine, un genre de rassemblement inhabituel en période d’élections législatives. Il a invité les électeurs à fermer les yeux le jour du vote pour imaginer son nom sur le bulletin, et ce, afin de protéger les majorités républicaines au Congrès.
La stratégie semble guidée par le désespoir. Elle est aussi risquée pour le président américain qui, à quelques jours du vote, jouit d’un taux d’approbation de 30 %, soit le plus bas de ce second mandat, rapportait la plus récente analyse de l’opinion menée par le Pew Research Center. Plus inquiétant encore, le déclin de ses appuis est notable chez les Américains qui ont voté pour lui en 2024. Ils étaient 95 % à approuver son travail au début de 2025, dans les semaines ayant suivi sa reprise brutale du pouvoir à Washington. Ils ne sont plus que 67 % à le faire aujourd’hui, soit une chute significative de 28 points.
Ces chiffres teintent la campagne électorale en cours. Dans plusieurs coins du pays, les curseurs politiques se sont déplacés en faveur des démocrates, y compris dans des États traditionnellement républicains, comme le Kansas, l’Alaska, la Floride ou encore le Texas, où le parti de l’opposition pourrait réaliser plusieurs gains et trouver ainsi le chemin vers une double majorité, au Sénat et à la Chambre des représentants.
« Bien que les républicains disposent d’un avantage financier dans presque tous les États où la compétition est forte, les perceptions négatives sur la présidence de Donald Trump jouent en faveur des démocrates, y compris dans les États profondément républicains», résumait il y a deux semaines Jessica Taylor, qui suit de près les courses sénatoriales et celles pour les postes de gouverneur pour le site d’analyse électorale Cook Political Report. Elle expliquait alors cette tendance par l’augmentation du prix de l’essence et les pressions économiques que cela exerce sur les finances des foyers américains. Et d’ajouter : « À ce stade, la question n’est plus de savoir si les démocrates gagneront des sièges, mais combien ils vont en gagner. »
Les espoirs de l’opposition sont désormais permis en Caroline du Nord, où le démocrate Roy Cooper, ancien gouverneur de cet État, a de grandes chances de prendre le siège de sénateur laissé vacant par le républicain Thom Tillis. Son concurrent dans cette course, Michael Whatley, ex-président du Comité national républicain, a remporté la primaire grâce à l’adoubement de Donald Trump et à l’affirmation de son attachement précoce au mouvement MAGA (Make America Great Again). Des gages d’une fidélité, à une autre époque, devenue tare dans les circonstances dans un coin des États-Unis où l’humeur des électeurs est souvent changeante.
Signe d’une défaite annoncée pour les républicains ? Ils viennent de retirer des fonds dans cette course au Sénat pour les diriger vers le Kansas et la Caroline du Sud, où les démocrates font monter la pression sur les candidats républicains solidement implantés là-bas.
« Lorsqu’un président en exercice affiche un taux d’approbation avoisinant les 35 %, il devient extrêmement difficile pour tout candidat républicain de rivaliser et de gagner », a indiqué il y a deux semaines Colin Reed, stratège politique républicain, dans les pages du New York Times.
Des liens néfastes
Avec désormais 53 % des Américains qui prononcent en premier le mot « corrompu » pour qualifier Donald Trump et une population qui vit au quotidien avec les conséquences économiques des réformes amorcées par son gouvernement et celles de la guerre qu’il a lancée contre l’Iran, les vents sont de moins en moins bons pour le parti au pouvoir. Un climat particulièrement perceptible dans les grands États agricoles, comme l’Ohio ou l’Iowa, où le prix du diesel a atteint des niveaux élevés historiques juste avant la saison des récoltes.
En Floride et au Texas, les expulsions massives d’immigrants, souvent dans la violence, qui ont bouleversé le tissu social, pourraient avoir également des conséquences dans les urnes, alors qu’au Michigan, c’est la colère des citoyens face à une expansion jugée incontrôlée des centres de données (pour alimenter la révolution de l’intelligence artificielle) qui fait désormais dévier les intentions de vote et stimule au passage de subtils effets de « découplage » de candidats républicains un peu partout au pays.
Dans le Maine, Bobby Charles, qui brigue le poste de gouverneur de l’État, a réduit considérablement la voilure sur laquelle il exposait avec fierté ses liens et ses affinités avec le président, qu’il a qualifié au début de l’année d’« être humain exceptionnel ». Son site Internet ne fait désormais plus mention du mouvement MAGA qui soutient ses ambitions politiques. Fini, aussi, sa pétition invitant les résidents de l’État à appuyer son projet d’ouvrir dans le Maine un centre de détention pour migrants, à l’image du très controversé « Alcatraz des alligators » ouvert par Trump en Floride au début de son deuxième mandat.
En Floride, le républicain Byron Donalds, qui rêve de succéder au très conservateur gouverneur Ron DeSantis, a supprimé également toute référence au président de son site Web de campagne, alors que son entrée dans la course a été en grande partie influencée par le soutien bruyant de l’occupant de la Maison-Blanche.
Au Texas, le républicain Ken Paxton, qui brigue le siège de sénateur, aimerait quant à lui voir plusieurs éléments de son passé disparaître de l’espace public, comme ces récentes révélations d’un voyage à Dubai entre 2024 et 2025 où il a passé du bon temps avec deux personnes accusées de fraude aux États-Unis, alors qu’il occupait le poste de procureur général du Texas. L’un d’eux a été un important contributeur à sa caisse électorale.
Des appuis mouvants
En septembre, un coup de sonde de l’Université Siena mené pour le compte du New York Times a montré que les démocrates profitaient de ce chaos et des effets négatifs des politiques de Donald Trump dans la vie des Américains en augmentant leurs appuis auprès des jeunes, des personnes âgées, des électeurs indépendants et même des électeurs hispaniques, qui avaient pourtant accordé leur vote à Donald Trump en 2024. Les démocrates deviennent également plus crédibles que les républicains sur les questions de santé (60 %), d’immigration (52 %), de gestion de l’économie, du déficit, du coût de la vie (51 %). Des changements de perception dont l’effet reste à mesurer dans les urnes, dans chaque État, et souvent sur des cartes électorales modifiées à dessein par les républicains pour diluer le vote de leurs opposants, comme dans le sud du Texas.
« Actuellement, il y a des États que je n’aurais jamais pu imaginer être en jeu », a résumé il y a quelques jours en Virginie l’ancien président Barack Obama lors d’une campagne de levée de fonds pour les candidats démocrates au Sénat. Il a mentionné, entre autres, le Texas, le Kansas et le Nebraska, des États qui depuis plus de deux décennies sont généralement des terrains perdus d’avance pour les démocrates et où les tentatives passées du parti pour y changer la donne se sont presque toutes soldées par des échecs.
« Je ne veux pas que quiconque pense que c’est gagné d’avance. Ce n’est pas le cas », a-t-il dit. Ses propos ont été rapportés par le réseau ABC. « Nous pourrions finir par perdre toutes ces courses où nous avons deux ou trois points d’avance. Mais nous avons aussi une chance. »
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