Pourquoi la Réserve fédérale américaine relève ses taux et tient tête à Donald Trump ?

Kevin Warsh, le nouveau dirigeant de la Réserve fédérale américaine, est apparu sûr de lui en conférence de presse. L’homme, fraîchement désigné par le président américain, s’est associé à une décision unanime qui reconnaît, de fait, l’incapacité de l’administration Trump à maîtriser l’inflation aux Etats-Unis.
"Nous avons pris cette décision sur la base de notre évaluation de la situation, sur la base de notre analyse de la trajectoire de l’emploi, sur la base de notre jugement quant à la solidité de l’économie […] La décision nous appartenait.", déclare Kevin Warsh.
La Fed annonce donc augmenter ses taux directeurs, qui guident les coûts d’emprunt. C’est une première depuis l’été 2023. Concrètement, ils ont été rehaussés d’un quart de point pour atteindre une fourchette comprise entre 3,75% et 4%. L’objectif ? Ralentir l’économie. Il est davantage coûteux de s’endetter et investir ce qui tempère la demande pour certains biens et services.
La Réserve fédérale américaine vise une inflation limitée à 2%, un objectif manqué depuis plus de cinq ans. Les prix ont encore progressé de 3,7% sur un an en juillet aux Etats-Unis
Pourquoi Donald Trump s’oppose à cette décision ?
"Cette décision va dans le sens inverse de ce que veut Donald Trump. Depuis son entrée en politique, le président américain veut que ces taux soient les plus bas possibles", explique Antoine de Cabanes, doctorant en sciences politiques et économie politique à l’Université catholique de Louvain (UCLouvain).
Car baisser les taux "stimule le crédit" et si "le crédit est peu cher, les banques vont prêter beaucoup aux entreprises, vont prêter beaucoup aux ménages. Cela va amener les entreprises à investir, à développer leurs activités et donc ça va stimuler l’activité économique", développe le spécialiste en politique monétaire des Etats-Unis.
Pour Antoine de Cabanes, ces taux bas permettaient à Donald Trump "de contrebalancer les autres effets négatifs de sa politique économique." "On peut, par exemple, penser à sa politique commerciale. Les droits de douane mis en place par Donald Trump autour des Etats-Unis. Cela a pour conséquences de peser à la baisse sur l’activité économique. Cela augmente les coûts des entreprises américaines qui doivent importer des produits aux Etats-Unis. Cela augmente les coûts pour les consommateurs", explique le chercheur.
Quel impact sur les élections de mi-mandat ?
Le timing de l’annonce de la Réserve fédérale américaine explique aussi la colère de Donald Trump. Dans moins de deux mois, les Américains retournent aux urnes pour les élections de mi-mandat. Ce scrutin crucial déterminera si les républicains conserveront le contrôle du Congrès pour les deux dernières années de sa présidence.
Un enjeu domine la campagne : le coût de la vie. Les républicains font face à un mécontent généralisé concernant le prix de l’essence, environ un tiers plus élevé qu'il y a un an, et la hausse constante, cette année, des taux des prêts immobiliers.
Mais, pour Antoine de Cabanes, le mal économique de l’inflation est déjà fait. "La guerre lancée par Donald Trump au Moyen-Orient a généré une poussée d’inflation qui s’est matérialisée dans le portefeuille des ménages américains en avril et en mai. Ce sont dans ces conditions économiques que les gens vont voter. La politique monétaire agit à moyen terme. Cette décision d’augmentation des taux directeurs va commencer à avoir des effets dans six mois", conclut Antoine de Cabanes.
La Fed de Kevin Warsh prend ses distances avec Trump
Ce vote unanime représente une démonstration importante d’indépendance de la Réserve fédérale américaine.
Les investisseurs étaient arrivés à la conclusion que, pour rester crédible, Kevin Warsh, le directeur de la Fed nommé par Donald Trump, n’avait d’autre choix que de décevoir le président, qui n’a jamais caché attendre de lui une politique accommodante.
Et, le président américain doit s’attendre à de nouvelles déceptions. Pour couper les ailes de l’inflation, la Réserve fédérale estime qu’une autre hausse de ses taux d’intérêt sera sans doute nécessaire d’ici à la fin de l’année.
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