Face au recul de l'aide sanitaire, quelles solutions pour l'Afrique?

Des traitements interrompus, des campagnes de prévention à l'arrêt : les coupes dans l'aide internationale fragilisent les soins en Afrique. Alors qu'un rapport publié le 11 octobre dans The Lancet identifie le recul de l'aide sanitaire parmi les grandes menaces pour la santé mondiale, le professeur Nicolas Meda propose plusieurs pistes pour préserver l'accès aux soins.
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« Cette aide était essentiellement ciblée sur les maladies, les pandémies telles que le VIH, telles que la tuberculose, telles que le paludisme », rappelle au micro de RFI ce médecin épidémiologiste, ancien ministre de la Santé du Burkina Faso et membre de la commission à l'origine du rapport.
Selon Nicolas Meda, le recul des financements américains, auquel s'ajoutent les réductions d'autres pays donateurs, menace les progrès accomplis contre ces maladies. Il redoute une hausse des décès et des nouvelles infections par le VIH. L'aide soutenait également la santé maternelle et infantile, ainsi que l'éducation, l'accès à l'eau et l'assainissement.
Le professeur décrit des ruptures de traitement et l'arrêt de campagnes contre le paludisme. Selon lui, les pays fortement dépendants de l'aide internationale, particulièrement en Afrique de l'Est et Australe, subissent un choc important. Il souligne toutefois que cette dépendance varie selon les pays : les conséquences des coupes ne sont pas identiques partout sur le continent.
Mobiliser davantage de ressources
La première réponse, estime Nicolas Meda, passe par les budgets nationaux. Il rappelle l'engagement pris par les États africains en 2001 de consacrer 15% de leur budget à la santé et appelle à renforcer cet effort. Mais les ressources publiques ne constituent pas son seul levier. Il plaide également pour le rapatriement des fonds issus des flux financiers illicites, qu'il présente comme une source possible de financement sanitaire.
« Échangeons la dette contre des programmes de santé, ça peut financer la santé », propose-t-il également. La mobilisation de la diaspora figure parmi les autres pistes qu'il rattache aux réflexions africaines sur la souveraineté sanitaire.
La santé, un investissement
L'enjeu est de permettre aux pays de financer leurs propres priorités, tout en protégeant les familles. Nicolas Meda insiste ainsi sur l'intérêt des assurances maladie et des mécanismes de mutualisation pour éviter que le manque d'argent conduise les ménages à renoncer aux soins. Cette mobilisation suppose aussi, selon lui, un changement de regard. « Beaucoup de pays africains n'ont pas cette conscience de l'investissement productif sur la santé et pensent que la santé est un coût et non un investissement », déplore-t-il.
Le rapport du Lancet invite par ailleurs à regarder au-delà du seul système de soins. Parmi les 17 menaces étudiées figure le faible niveau d'instruction. La commission souligne notamment les bénéfices d'une progression de l'éducation pour réduire la mortalité des enfants, ainsi que la vulnérabilité des femmes et des enfants en Afrique subsaharienne.
Pour Nicolas Meda, santé et éducation doivent donc être pensées ensemble. « Aujourd'hui, on sait que s'il y a une priorité à côté de la santé, c'est bien l'éducation », affirme-t-il.
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