Une facture salée pour Leo Autopartage | Les vols de coussins gonflables, un fléau à Montréal

Les vols de catalyseurs et de coussins gonflables sont un fléau à Montréal, et nul ne le sait mieux que Leo Autopartage. Victime d’une cinquantaine de vols ces derniers mois, une facture estimée à 300 000 $, la jeune entreprise de voitures en libre-service affirme se heurter à l’indifférence des policiers.
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« On a beaucoup de mal à mobiliser la police. On n’a pas du tout de retour lié à nos plaintes, de confirmation de quelqu’un qui aurait pris l’enquête », s’indigne Guerric de Rémacle, directeur général de Leo.
L’entreprise affirme avoir offert son entière collaboration et sa technologie (géolocalisation des véhicules) au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), sans succès.
PHOTO KARIM BENESSAIEH, LA PRESSE
Guerric de Rémacle, directeur général de Leo
Nous, on a des témoins. Personne ne les a contactés pour prendre leur témoignage. Ces gens ont vu les scènes parce que ça s’est passé devant chez eux, ils ont été réveillés à 3 h du matin par un bruit de meuleuse. Ils sont vigilants parce qu’ils savent qu’ils habitent dans un quartier où ce genre de vol survient souvent.
Leo a en outre proposé en vain de placer des voitures sous haute surveillance, comme des appâts. « Nos véhicules sont géolocalisés, on a quand même une certaine traçabilité, donc on pourrait aider. On a un véritable intérêt à endiguer ce phénomène qui touche plein d’autres gens. »
560 vols à Montréal en 2026
Au SPVM, on assure que les policiers « suivent de près l’évolution du phénomène » et communiquent « avec les parties impliquées pour collecter des informations et effectuer les suivis appropriés ».
PHOTO FOURNIE PAR LEO AUTOPARTAGE
Les Honda Civic du parc de Leo Autopartage, comme celle-ci, ont été une dizaine de fois la cible de voleurs de coussins gonflables.
On ne commente toutefois pas le dossier spécifique de Leo, « afin de respecter le cadre légal quant à la protection des renseignements personnels et de la vie privée », indique par courriel Marc-Antoine Bélanger, porte-parole.
Selon les statistiques fournies à La Presse, le SPVM a dénombré jusqu’à maintenant en 2026 157 vols de catalyseurs (un dispositif antipollution) et 403 vols de coussins gonflables. On rappelle qu’un suspect possiblement impliqué dans des dizaines de vols a été arrêté le 8 septembre dernier.
Par ailleurs, 36 heures après la demande d’information de La Presse, un inspecteur a contacté Leo mercredi en soirée pour annoncer la prise en charge du dossier.
Surtout à Hochelaga
Officiellement lancé en mai 2025, Leo Autopartage compte un parc de 600 véhicules, des Honda Civic et des Mitsubishi RVR. Les premiers sont une cible connue des voleurs de coussins gonflables, dont une dizaine appartenant à Leo ont été arrachés en mars dernier.
« Sur les Honda Civic, il y a un système assez simple pour extraire le coussin gonflable. Vous allez trouver des vidéos sur YouTube », rapporte le directeur général. Il serait peu réaliste d’installer une barre antivol sur le volant de ces voitures louées plusieurs fois par jour, précise-t-il.
Les Mitsubishi RVR à deux et quatre roues motrices, eux, se font couper leur catalyseur à un rythme affolant. Une cinquantaine de voitures ont été pillées depuis l’été dernier, dont huit dans les 10 derniers jours.
« C’est donc presque quotidien en ce moment », note M. de Rémacle. Cette résurgence des vols survient alors que tout le parc de Mitsubishi a été équipé depuis quelques mois de plaques de protection censées rendre les catalyseurs moins accessibles. « Les voleurs coupent encore plus large et ils arrivent quand même à extraire le catalyseur », constate le directeur général.
PHOTO KARIM BENESSAIEH, LA PRESSE
Sur une carte routière dans les bureaux de Leo Autopartage, on a épinglé les endroits où sont survenus des vols de catalyseurs ces derniers mois.
C’est surtout dans le quartier Hochelaga que ces vols de catalyseurs ont eu lieu, au point que Leo a décidé d’y diminuer la « zone » dans laquelle les véhicules peuvent être empruntés et garés. Les coussins gonflables, eux, sont volés un peu partout sur le territoire desservi.
Chez Communauto, on indique ne pas être touché par ce phénomène.
Sans fournir le chiffre d’affaires de Leo, son directeur général estime que le coût de 300 000 $, combiné au fait que les voitures vandalisées ne sont pas en service pendant plusieurs jours, plombe les projets d’expansion de l’entreprise. Les assurances, par ailleurs, ne sont d’aucun secours, les franchises pour les voitures partagées étant si élevées qu’on ne demande pas d’indemnisation pour ces vols.
« Ce sont de gros coûts, et pendant qu’on s’occupe de ça, on ne développe pas l’autopartage, dit M. de Rémacle. Ça ne nous permet pas de répondre aux besoins de nos clients. »
Quelles valeurs sur le marché noir ?
Le catalyseur, un dispositif antipollution installé sur la ligne d’échappement d’un véhicule, contient quelques grammes de métaux précieux comme le palladium, le platine et le rhodium. Ce dernier, par exemple, vaut 294 $ US le gramme en date du 18 septembre, contre 141 $ pour l’or. Un catalyseur, selon le modèle de la voiture dont il provient, peut contenir de 300 $ à 2000 $ en métaux précieux. Quant aux coussins gonflables, ils sont essentiellement destinés à la revente comme équipement entier. Selon Jesse Caron, expert automobile chez CAA Québec cité en juillet dernier par le Journal de Montréal, cette pièce vendue neuve entre 1000 $ et 1500 $ s’achète entre 200 $ et 300 $ sur le marché noir.
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