Le grand saut de Marie-Karlynn Laflamme
Figure connue à Saguenay, la nouvelle ministre de la Santé, Marie-Karlynn Laflamme, semble avoir fait bonne impression partout où elle est passée et collectionne les promotions depuis le début de sa carrière. Une tangente que Paul St-Pierre Plamondon met à rude épreuve en la nommant à ce périlleux ministère.
Le recteur de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), Ghislain Samson, raconte avec affection qu’il a « boudé » Marie-Karlynn Laflamme pendant une semaine quand elle lui a annoncé qu’elle quittait l’université pour se lancer en politique, en 2025. « Je perdais une super collègue », raconte-t-il.
D’abord comme directrice des communications, puis comme vice-rectrice par intérim, elle s’était rendue tout simplement indispensable. « Elle jouait plus que son rôle. […] C’était un bras droit, un bras gauche puis une jambe. »
Le Devoir s’est entretenu avec une dizaine de personnes de son entourage. Partout où elle est passée, on la décrit comme une femme brillante, loyale et déterminée qui maîtrise ses dossiers. Tous mentionnent aussi sa bonne humeur et sa capacité à rassembler les gens.
Elle a une « intelligence humaine très développée », résume William Fradette, le nouveau whip en chef du gouvernement, qui avait pris en charge sa campagne lors d’une partielle en février dernier, où elle avait été élue une première fois. « On est du monde de région, on a du plaisir en travaillant. »
Un as de la communication
Née en 1978 à Chicoutimi, Marie-Karlynn Laflamme est avant tout une fille de communications, domaine dans lequel elle a étudié et qui a structuré toute sa carrière. Face aux médias, on la dit redoutable. « C’est une communicatrice extraordinaire », avance l’ancien ministre péquiste Alexandre Cloutier, qui l’a côtoyée quand il était vice-recteur à l’UQAC (2018-2022). « Elle ne se fera pas coincer facilement. »
En entrevue, la principale intéressée assure que la politique ne faisait pas partie de son plan de carrière. C’est plutôt une suite logique à ce qu’elle a fait avant. « Plus la vie avance, plus tu as des expériences professionnelles qui te rapprochent du politique, mais aussi qui te démontrent que tu pourrais changer les choses. »
Chose certaine, elle avait le profil idéal d’une députée. « Ça fait longtemps qu’elle est une personnalité publique », avance Sandra Rossignol, ancienne p.-d.g. de la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay-Le Fjord.
Avant d’être le visage de l’UQAC au bulletin de nouvelles, Marie-Karlynn Laflamme a été porte-parole du Centre de santé et de services sociaux (CSSS) du Lac-Saint-Jean-Est pendant dix ans. Elle s’est aussi fait connaître comme présidente du CA de Centraide Saguenay–Lac-Saint-Jean, où elle a œuvré pendant dix ans. « C’est une grande leader. On l’a perçu rapidement », dit son directeur général, Martin St-Pierre, en soulignant qu’elle sortait déjà du lot dans sa jeune trentaine.
L’engagement social est aussi très présent dans sa famille, note Mme Rossignol. Sa tante Myrtha Laflamme fut candidate pour le Parti québécois en 2003 dans Jonquière et milite aujourd’hui dans l’organisme Mères au front. « Elle est vraiment impressionnante, cette enfant-là, dit-elle de sa nièce. Vraiment, je l’adore. »
La souveraineté comme une évidence
Le conjoint de Marie-Karlynn Laflamme, Marc St-Hilaire, est également une personnalité locale. Journaliste, puis rédacteur en chef du Quotidien pendant des années, il a été candidat du Bloc québécois dans Chicoutimi-Le Fjord en 2025. Les deux parents sont à la tête d’une famille recomposée de cinq enfants.
En plus de la politique, Mme Laflamme et son conjoint partagent une passion pour la lutte ! Un intérêt qui a donné lieu à l’un des rares moments d’embarras de sa carrière. En voyage au Tennessee, elle avait publié sur les réseaux sociaux une photo d’elle, tout sourire, devant une boutique de produits de Donald Trump, avec sur la tête une casquette « The Man ». Une blague de second degré en hommage à la lutteuse Becky Lynch que certains avaient interprétée à tort comme un soutien au mouvement MAGA.
Bref, la ministre de la Santé vient d’un clan tissé serré, selon William Fradette, qui souligne la présence constante de trois générations de la famille sur le terrain en campagne électorale.
C’est d’ailleurs dans sa famille que ses convictions souverainistes sont d’abord apparues, explique Marie-Karlynn Laflamme. « Pour moi, ça a toujours été évident qu’on était mieux de prendre notre destin en main plutôt que de se faire organiser. » Un raisonnement qui s’applique aussi au Saguenay–Lac-Saint-Jean, pour cette régionaliste qui voit dans la décentralisation une priorité non négociable, en santé comme ailleurs.
Quand ils ont su qu’elle était nommée ministre de la Santé, ses proches et anciens collègues ont tous eu la même réaction d’ébahissement. « Aïe aïe aïe », s’est dit sa tante Myrtha. « C’est un gros bateau, la Santé… dit-elle. Mais en même temps, elle est capable. Elle va mettre sa couleur. Son approche humaniste. » La tante militante a-t-elle peur que le mammouth de la Santé finisse par avaler sa nièce ? « On en a parlé ensemble, tout le monde, en famille. On a confiance en elle. »
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