Crise politique au fédéral : "On n’est pas en train de jouer aux drama queens pour le plaisir d’essayer de faire un feuilleton", selon Maxime Prévot

Il était là quand tout a basculé dans la nuit de dimanche à lundi. "On a compris que la réunion se terminait quand il (Bart De Wever) a levé la séance vers une heure du matin", se souvient, dans Matin Première, le vice-Premier ministre Maxime Prévot.
Mais le ministre des Affaires étrangères était loin de s’imaginer que le Premier ministre Bart de Wever remettrait sa démission au Roi quelques heures plus tard : "Je vous avoue humblement que j’étais reparti et que je me suis couché vers trois heures du matin avec l’idée que l’électrochoc qui venait de se dérouler autour de la table de négociation allait permettre qu’on fasse le dernier effort, les 24 heures qui suivent, pour atterrir pour mardi, aujourd’hui donc, afin de délivrer un discours. Mais il s’est avéré que c’était une interprétation un petit peu audacieuse."
Il y avait des visions qui étaient devenues inconciliables
Maxime Prévot, vice-Premier ministre
Mais comment interpréter cette démission de Bart De Wever ? Est-ce une manœuvre politique ? Y a-t-il un réel "trop is te veel" pour le chef de l’Arizona ?
À ces questions, Maxime Prévot répond que "ce n’est pas une séquence qui est scénarisée, ça c’est très clair. On n’est pas en train de jouer aux drama queens pour le plaisir d’essayer de faire un feuilleton et d’attirer l’attention. Honnêtement, la situation est suffisamment grave sur le plan macroéconomique et pour le quotidien de chacun que pour éviter ce genre de mauvais soap."
Selon le vice-Premier ministre, Bart De Wever avait mis sur la table, dimanche soir, "sa meilleure offre, prétendument finale." Maxime Prévot qui reconnaît qu’à ce moment-là, "il y avait des visions qui étaient devenues inconciliables."
"1,2 milliard sur les épaules les plus larges"
Et parmi ces points de vue incompatibles, il y a la question des nouvelles recettes.
À la VRT, Franck Vandenbroucke (Vooruit) estimait que trop peu d’efforts étaient encore demandés aux épaules les plus larges. De son côté, le MR, par la voix de David Clarinval, estimait que trop de nouvelles taxes étaient sur la table.
Mais quand est-il vraiment ?
"D’abord, le principal problème auquel nous devons faire face, c’est celui d’un volume trop important de dépenses. Nous avons trop de dépenses publiques par rapport à nos recettes. Et c’est un diagnostic que nous ne nions pas chez Les Engagés", constate Maxime Prévot. "Mais, tout le problème de notre déficit et de la dette ne pourra pas se résoudre exclusivement sur le dos des dépenses, parce qu’il ne faut pas casser non plus la machine de l’État, les services publics qui sont procurés, l’accessibilité des soins de santé, etc.", ajoute le vice-Premier ministre.
"Et donc […] moi je trouve que la dernière offre était acceptable dans son volume en proposant 1,2 milliard sur les épaules les plus larges. Après, il y avait encore des débats à faire sur ce volume d’1,2 milliards. Quelles mesures allons-nous retenir ou pas ? Et là, il y avait des divergences, c’est vrai", reconnaît-il.
Lutter contre "les abus" des sociétés de management
Un autre point de tension au sein de l’Arizona concerne les sociétés de management. Il s’agit de sociétés unipersonnelles qui permettent à certaines professions d’organiser autrement la manière dont elles seront rémunérées et, in fine, taxées.
"Pour les Engagés, les sociétés de management peuvent aussi avoir leur légitimité. Ce n’est pas de la fraude […] mais par contre, il y a des situations d’abus qui existent […] C’est une manière simplement de réduire la contribution à l’impôt", précise Maxime Prévot.
Une vision pas entièrement partagée par le MR et la N-VA reconnaît le vice-Premier ministre : "Ce n’est pas ce qu’ils préfèrent, mais ils ont bien compris qu’il fallait aussi accepter de faire des avancées dans la recherche d’un compromis. Et donc, à nouveau, je crois qu’il y a une convergence de tout le monde autour de la table pour lutter contre les abus des sociétés de management et ces mécanismes d’optimisation fiscale."
La hausse de la TVA écartée, un tournant dans les négociations ?
Un point qui faisait débat concernait une hausse de la TVA. Une mesure longtemps considérée comme une ligne rouge du côté du MR, mais qui a été retirée de la table des négociations par le Premier ministre.
"Je pense que notre budget aurait pu être plus facilement et rapidement bouclé si nous avions maintenu l’exercice TVA", estime Maxime Prévot. "Parce que tout le monde s’est focalisé sur la question de l’augmentation du taux de 21 à 22%, mais en oubliant que l’exercice était plus global, avec notamment une réduction des taux de TVA pour le secteur de l’Horeca et de la construction, qui sont deux secteurs qui souffrent", précise encore le centriste.
Cette sorte de cadeau fait aux libéraux était-il donc une erreur de Bart De Wever ?
Maxime Prévot répond : "Le problème c’est que quand ça a été retiré, ça a donné effectivement le sentiment à tous les autres partenaires que, finalement, dès que quelqu’un faisait un blocage, il pouvait obtenir gain de cause, ce qui n’a pas favorisé la dynamique de négociation et il a été retiré de l’exercice sans compensation particulière. Et donc, on aurait dû dire à cette époque, on retire l’exercice TVA puisqu’il y a manifestement un blocage, mais alors il faut accepter telle ou telle mesure en contrepartie".
De bonnes relations entre vice-Premiers ministres…
"On a une bonne relation au niveau des vice-premiers autour de la table", tient toutefois à préciser Maxime Prévot quand on lui pose la question de l’état des relations entre partenaires de majorité. "Et heureusement, parce que tant qu’on parvient à avoir de l’estime personnelle, ça permet de franchir les obstacles des divergences d’opinions, parce qu’on a des projets de société différents", ajoute-t-il encore.
Récemment, les libéraux avaient qualifié de "liste des horreurs" les propositions fiscales visant à faire contribuer les épaules les plus larges. "Moi, je suis le premier demandeur à ce qu’on prenne notre sens des responsabilités, qu’on ait un accord et qu’on pense à l’intérêt du pays avant celui de nos partis. Mais, à partir du moment où il était convenu que les épaules les plus larges allaient devoir contribuer, il fallait aussi qu’on s’accorde sur quelles mesures précisément. Et là, nous avons mis sur la table un éventail de mesures qui n’étaient pas à prendre ou à laisser, ni cumulatives, mais qui étaient destinées à ouvrir le débat pour voir parmi les possibilités celles que l’on retenait", détaille le vice-Premier ministre.
… et avec Georges-Louis Bouchez ?
Et quand on lui parle de ses relations avec le président du MR, Georges-Louis Bouchez, Maxime Prévot estime ne pas être "couché sur un divan pour faire l’état de ma psychanalyse de relation avec Georges-Louis Bouchez. J’ai de l’estime et du respect pour lui. On a des manières de concevoir la politique et de l’exécuter de façon différente. Mais voilà, il a un rôle de leader dans une formation politique majeure de ce gouvernement, et donc il a la toute légitimité pour s’exprimer."
On est des grands garçons et on va de l’avant
Maxime Prévot, vice-Premier ministre
Et le ministre des Affaires étrangères de poursuivre : "Est-ce que parfois, ces expressions facilitent le travail ? Pas toujours. Mais ni les siennes, ni celles d’autres présidents de partis. Mais après, on est des grands garçons et on va de l’avant. Et l’objectif, ce n’est pas qu’on parte en vacances ensemble."
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