«L'Otan est prête»: le commandant suprême des forces alliées met en garde la Russie

Dans un discours très attendu, le commandant suprême de l'Alliance Atlantique, Alexus Grynkewich, a présenté lundi 12 octobre sa « théorie de la victoire » sur la meilleure façon de battre la Russie en cas d'attaque. Le général américain a toutefois souligné que, même si aucun conflit n'était imminent, les alliés devaient fixer des lignes rouges à l'égard des manœuvres de Moscou en Europe.
Le ton était martial, et le commandant suprême de l'Alliance atlantique, Alexus Grynkewich, n'a pas fait dans la demi-mesure pour annoncer au compétiteur russe qu'il n'était pas opportun de venir provoquer militairement l'Otan : « Nous briserons leur système de combat. Cela visera non seulement les forces d'attaque elles-mêmes, mais aussi tout ce qui soutient et permet leurs opérations. Nous combinerons nos armes de précision et les munitions de masse. Nous exercerons une pression constante et implacable, sur terre, dans les airs, dans l'espace et dans le cyberespace. Nous détruirons l'ennemi et nous vaincrons : les formations adverses seront privées de ravitaillement, les commandants ennemis perdront le contrôle de leurs troupes, et les capacités de combat ainsi que les moyens de soutien de l'ennemi seront réduits à néant. »
Puis, le SACEUR (acronyme de Supreme Allied Commander Europe, soit Commandant suprême des forces alliées en Europe) a tenu à temporiser l'état de la menace : « Un conflit n'est pas imminent. » Et de rappeler que l'Otan est une alliance défensive. Pour Jonathan Guiffard, chercheur associé à l'Institut français de Géopolitique, ce discours a valeur de signalement : « Ce que je retiens du discours, c'est que le général Grynkewich a très bien rappelé que l'Otan est une alliance défensive. Et donc, sa posture martiale doit être comprise comme une mesure de dissuasion. C'est plutôt une mesure de crédibilité. Ce discours vise à expliquer que l'Otan est prête, et que si la Russie devait envisager une attaque contre un membre, une attaque militaire conventionnelle, l'Otan serait en mesure de réagir dès à présent. C'est l'idée de montrer la détermination de l'Alliance face à l'augmentation pour le coup de l'agression venant de la Russie. »
Le général Alexus Grunkewich appelle à fixer des lignes rouges.
Interrogé sur ces attaques « hybrides », le général américain a expliqué qu'il était crucial que les pays membres de l'Alliance disent à la Russie, dans un message « clair et concis », où sont situées les limites à ne pas franchir. Les Européens ont néanmoins du mal à trouver la parade aux actes de sabotage russes sur leur sol, pointe Jonathan Guiffard :
« C'est en fait un peu le problème du moment. On l'a vu à la rentrée en septembre, notamment quand l'Élysée avait convoqué les différents chefs de partis politiques en France pour précisément parler de ce sujet. La Russie est en train d'augmenter, d'accroître l'intensité de sa stratégie à l'égard de l'Europe, sa stratégie d'agression. Le commandant de l'Otan a parlé aussi de stratégie hybride. À mes yeux, il s'agit plutôt de guerre politique. La Russie, depuis maintenant près de 15 ans, est dans une logique de guerre politique à l'égard de l'Europe, c'est-à-dire qu'elle mène non seulement des agressions limitées, qu'on pourrait qualifier d'hybrides sur le plan militaire, des attaques de drones ponctuelles, des cyberattaques, de la désinformation, des coupures de câbles sous-marins par exemple... Mais en vérité, l'ensemble de ces attaques, de ces agressions, constitue plutôt une guerre politique, c'est-à-dire une tentative de subvertir politiquement l'Europe. »
« Dans ce cadre-là, l'Europe a du mal à prendre conscience de l'enjeu stratégique. Elle voit bien qu'elle subit des cyberattaques, elle voit bien qu'elle subit de la désinformation, mais elle y apporte une réponse très technique. Comment mieux se protéger sur le plan cyber ? Comment mieux se protéger sur les réseaux sociaux ? Néanmoins, elle n'apporte pas vraiment une réponse politique. Elle ne change pas l'équation pour la Russie. Il y a un décalage entre l'agression russe et la réponse européenne. La réponse européenne, qui est quand même assez forte par exemple dans le domaine des sanctions économiques, on voit bien que ce n'est pas suffisant. Cela fait certes du mal à l'économie russe, mais ce n'est pas suffisant pour forcer les élites russes à changer de stratégie. C'est cette réflexion autour du changement de l'équation russe qui doit se poser. Comment faire pour porter des coups à Moscou ? Pour que Moscou renonce à sa campagne d'agression contre l'Europe ? Je pense qu'il y a des domaines, par exemple dans le domaine cyber, où les doctrines de réponse européennes ne sont ni systématiques, ni particulièrement agressives à l'égard de la Russie. Il faut aussi agir dans d'autres champs, comme soutenir des oppositions politiques, des oppositions démocratiques. Bref, il y a toute une palette que les Européens n'ont pas encore mise en œuvre pour changer cette équation russe », explique le chercheur.
Reste que dans cette équation, le tempo américain pose aussi des difficultés : la recrudescence des manœuvres russes intervient alors que les États-Unis procèdent à un réexamen de leur déploiement militaire sur le continent. La diminution des effectifs doit être annoncée à la fin de l'année, comme un mauvais signal.
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