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Wednesday, October 28, 2026

Anthropic rachète la biotech d’un seul chercheur qui pilotait 11 labos avec Claude pour créer un médicament

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Anthropic a annoncé avoir racheté Mithril Medicine. Cette biotech avec un seul salarié a fait passer un traitement contre une myopathie de l’enfant de l’idée aux résultats chez la souris en moins de 18 mois. Son fondateur a confié à Claude une bonne partie de la coordination de 11 laboratoires.

Dans le dessin animé Pokémon, le professeur Chen est celui qui donne à Sacha son tout premier Pokémon, Pikachu. Mais sur X, le professeur Oak (son nom anglais) avait une tout autre activité : la biotech. On ignorait tout de l’identité de la personne se cachant derrière le pseudonyme, mais il signait des analyses dans le domaine de la recherche pharmaceutique.

Et voilà que ce mardi 27 octobre 2026, on vient de découvrir qui se cachait sous ce personnage fictif : il s’agit de Cody Tranbarger, le fondateur et unique salarié de Mithril Medicine. Et si l’on en parle aujourd’hui, c’est en raison de l’actualité : Anthropic, l’entreprise américaine derrière l’intelligence artificielle Claude, a présenté de nouveaux travaux en médecine.

Au fil de l’article, on finit par comprendre le lien : Mithril Medicine a été rachetée par Anthropic plus tôt cette année. Ce que confirme l’intéressé sur X : « Surprise n°1 : Anthropic a racheté une biotech d’une seule personne. Surprise n°2 : cette personne, c’est moi ». Cody Tranbarger s’est alors lancé dans une longue explication du pourquoi du comment.

Source : Capture d'écran
Capture d’écran X @Prof_Oak_

Ce rapprochement s’inscrit dans un mouvement plus large d’Anthropic. Sur X, le concurrent d’OpenAI explique que « les scientifiques d’Anthropic ont noué des partenariats de recherche approfondis avec six organisations développant de nouveaux médicaments au cours des derniers mois ». Parmi elles figurent Bristol Myers Squibb, Generate Biomedicines ou Enveda. La start-up de Cody Tranbarger n’en fait pas partie : Anthropic l’a rachetée pour mener ses propres programmes de recherche.

Et l’intérêt d’Anthropic pour Mithril Medicine se comprend au regard de ce qui a été accompli, selon Anthropic. Il est affirmé que son fondateur a confié à Claude les contrats, la logistique et le suivi d’expériences menées dans 11 laboratoires extérieurs. Objectif de la start-up : développer des traitements contre deux formes rares de dystrophie musculaire.

Le résultat revendiqué ? Mithril a réussi, en moins de 18 mois, à faire passer un traitement potentiel contre une forme de dystrophie musculaire du stade de l’idée à celui de résultats prometteurs chez la souris. Ce n’est bien sûr pas encore le bout du chemin, mais c’est un pas encourageant en vue d’un traitement d’une forme rare de myopathie de l’enfant.

« Aujourd’hui chez Anthropic, Cody poursuit ces recherches et prévoit de lancer plusieurs nouveaux programmes. Si ses candidats-médicaments continuent de donner de bons résultats, nous prévoyons qu’un médicament sera prêt à entrer en phase d’essais cliniques chez l’homme dès la fin de l’année 2028 », avance Anthropic.

Le rapport technique de 38 pages détaille la méthodologie suivie par Cody Tranbarger. Il nuance aussi un peu le discours de l’individu seul ayant tout réglé à coups de prompts bien placés. On y apprend en effet que huit consultants et conseillers rémunérés ont épaulé le fondateur, et que toutes les expériences ont été réalisées par des organismes de recherche (CRO) sous contrat.

Que fait Claude, au juste ?

Toujours est-il qu’il raconte une semaine de travail.

Claude, par exemple, a lu en 7 minutes et 53 secondes un dossier long de 341 pages envoyé par un laboratoire. Il en a tiré une synthèse visuelle qui proposait une suite à donner pour chacun des 113 anticorps candidats. Sur la semaine, il a aussi rédigé 17 e-mails techniques. Douze sont partis après relecture et correction par l’équipe, et Claude n’en a envoyé aucun lui-même.

Dans ce processus, Claude lit, calcule et rédige ; les décisions restent à l’équipe. Le rapport note d’ailleurs que ce sont les réponses des laboratoires et les arbitrages humains qui ont fixé le rythme de la semaine.

mithril medecine anthropic
Source : Mithril Medicine

Claude a aussi proposé de tenir 24 anticorps, tous construits à partir des trois mêmes briques, à l’écart des tests sur cellules, pour des raisons de fabrication. Il voulait pourtant mesurer l’affinité des 113 candidats, et a défendu ce choix en 27 secondes quand un membre de l’équipe l’a contesté. L’équipe a tranché : les 24 anticorps ont été mis de côté, et Claude a ramené en quatre minutes son plan, la liste des tests et trois brouillons d’e-mails de 113 à 89 molécules.

Claude a aussi raccourci les temps d’attente, au prix de brouillons qu’il a fallu retravailler.

Claude a rendu une première réponse en 96 secondes, contre 8,5 heures pour le premier retour d’un laboratoire externe (un délai qui inclut des nuits, un week-end et 12 heures de décalage horaire). L’IA accélère ainsi la logistique et la clarification des protocoles. Ses brouillons ont en revanche été nettement retouchés : sur les dix e-mails comparables, les 4 938 mots rédigés par Claude sont devenus 3 409 mots envoyés, soit près d’un tiers en moins. Certaines propositions ont tout de même été gardées telles quelles, comme des contrôles expérimentaux suggérés aux laboratoires.

Un résultat encore fragile

Cela étant dit, Claude ne décide de rien. Il ne réalise aucun essai physique, ne valide aucun protocole de son propre chef et n’envoie aucun message sans approbation. L’expertise humaine reste indispensable, à ce stade, pour relire, arbitrer la sélection finale des molécules et porter la responsabilité scientifique de l’étude.

Par ailleurs, le rapport n’a pas été relu par des pairs. Les souris n’ont été ni tirées au sort ni évaluées à l’aveugle, et le résultat principal repose sur 7 animaux traités contre 4 témoins. Surtout, le groupe traité a été testé en dernier, après un déménagement de l’animalerie. Ses souris avaient aussi les pattes plus longues, ce qui peut fausser la mesure de force.

Qui plus est, le rapport lui-même a été rédigé par Claude, sous la direction de l’équipe, y compris les recherches bibliographiques ou les schémas. La start-up reconnaît un risque de biais dans la partie qui décrit le travail de l’intelligence artificielle. Le rapport n’a donc rien d’une évaluation indépendante : il est signé par un salarié d’Anthropic, qui possède désormais le programme d’anticorps.

Chez Anthropic, l’équipe de Nathan C. Frey, responsable de la recherche sur la découverte et le développement de médicaments, appelle ce modèle « pipeline-in-a-person ». Dans le jargon pharmaceutique, le pipeline désigne le portefeuille de candidats-médicaments d’une entreprise : l’idée est qu’une seule personne, épaulée par plusieurs instances de Claude, puisse en monter et en piloter un. À le lire, cette idée pourrait être étendue à d’autres programmes qui projettent de développer de nouveaux soins.

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