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Monday, August 17, 2026

Ukraine: pourquoi la fabrication de missiles Patriot par Kiev reste-t-elle incertaine?

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Après avoir promis d’accorder une licence pour fabriquer des missiles Patriot à l'Ukraine lors du sommet de l'Otan d'Ankara au début du mois de juillet 2026, Donald Trump a rétropédalé sur la question quelques semaines plus tard. Plusieurs facteurs rendent le projet incertain : les réticences des industriels américains d'une part, mais aussi la saturation des chaînes de production et les risques de fuite technologique.

Le projet pourrait changer la donne pour la défense aérienne de l'Ukraine en permettant au pays de fabriquer lui-même les missiles intercepteurs PAC-3 utilisés par le système américain Patriot. Mais si le 8 juillet, lors du sommet de l'Otan d'Ankara, le président des États-Unis Donald Trump déclarait qu'il comptait « donner » cette licence à Kiev, il affirmait ne plus en être « sûr » quelques semaines plus tard. 

En face, le président ukrainien, lui, presse ses alliés, en particulier les États-Unis, de lui fournir davantage de PAC-3 pour contrer la Russie qui a intensifié les attaques aériennes contre son pays ces derniers mois avec des frappes particulièrement meurtrières. Ces missiles sont, en effet, l’un des principaux moyens dont dispose l’Ukraine pour intercepter les missiles balistiques russes, particulièrement difficiles à neutraliser.

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Pour expliquer les nouvelles réticences américaines, il y a d'abord les stocks disponibles de Patriot qui se réduisent. La guerre déclenchée le 28 février 2026 par les États-Unis et Israël contre l’Iran en a encore accentué la pénurie.

La crainte de voir émerger un concurrent ukrainien

Mais les hésitations de Washington seraient aussi directement liées aux intérêts des industriels de la défense américains. Selon un responsable républicain anonyme cité par le magazine The Atlantic, les fabricants du Patriot redouteraient que les Ukrainiens ne parviennent à l'améliorer, puis à le produire plus rapidement et à un coût inférieur à celui des chaînes américaines.

L’hypothèse paraît plausible à Mark Cancian, ancien colonel de la Marine américaine et conseiller défense et sécurité du Center for Strategic and International Studies (CSIS). « Lorsqu’ils accordent à un autre pays une licence pour produire une arme américaine, les États-Unis lui interdisent généralement d’exporter cette production car les fabricants américains ne veulent pas créer un concurrent », explique-t-il dans une interview accordée à RFI.

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La crainte de voir Kiev produire davantage, plus vite ou moins cher n’a toutefois pas été confirmée publiquement ni par Raytheon, filiale du groupe RTX, ni par Lockheed Martin. Raytheon est le maître d’œuvre du système Patriot et fournit notamment son radar et son système de conduite de tir. Lockheed Martin produit de son côté le PAC-3 MSE, le missile intercepteur utilisé par le système.

Chronologie et chaîne d'approvisionnement

Un autre obstacle au projet tiendrait dans son calendrier. Si la possibilité de lancer une production de missiles Patriot en Ukraine dans un délai de dix-huit mois a été évoquée par plusieurs médias ainsi que par les autorités ukrainiennes, cet objectif est jugé irréaliste par Mark Cancian. « Il faudrait probablement deux, trois ou quatre ans pour que l’ensemble devienne opérationnel », estime celui-ci, avant d'expliquer que pour produire le moindre missile, il faudrait d'abord construire ou adapter des installations, former et certifier des ingénieurs et des techniciens, puis qualifier chaque fournisseur et chaque composant.

Le secrétaire adjoint américain à la Défense chargé de la politique industrielle, Michael Cadenazzi, reconnaissait lui-même en juillet dernier que cette phase de qualification serait particulièrement difficile, le nombre d’ingénieurs maîtrisant les technologies nécessaires étant limité, tout comme celui des composants déjà homologués.

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L'installation d'une usine en Ukraine impliquerait en outre qu'elle dispose de sa propre chaîne d’approvisionnement car si elle dépendait des mêmes fournisseurs que les lignes américaines, Kiev et Washington se retrouveraient en concurrence pour obtenir des composants déjà rares, explique Mark Cancian.

Une difficulté accentuée par l’explosion de la demande actuelle de l'intercepteur : alors que 18 pays utilisent aujourd’hui le système Patriot et cherchent eux aussi à sécuriser leurs approvisionnements, les États-Unis, qui en produisent environ 600 par an, ambitionnent de porter cette capacité à 2 000 d’ici à 2030. « S’il existe une possibilité d’augmenter la production, les entreprises américaines voudront donc probablement le faire pour elles-mêmes plutôt que d’accorder une licence à l’Ukraine », analyse Mark Cancian.

Des technologies sensibles susceptibles de tomber aux mains de Moscou

Un autre verrou réside dans le risque de fuite qu'implique ce genre de transfert de technologie. Le Patriot et son missile PAC-3 intègrent en effet des radars, des logiciels, des systèmes de guidage et une tête chercheuse dont les États-Unis contrôlent étroitement la diffusion, par crainte que certaines informations puissent être compromises. 

À ce jour d'ailleurs, seuls l’Allemagne et le Japon disposent d’une licence de fabrication du PAC-3. Et même Tokyo ne posséderait pas les plans de sa tête chercheuse, élément central de l’efficacité du missile, selon le quotidien britannique The Telegraph...

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Pour l'Ukraine, Washington redouterait donc que « quelqu’un travaillant sur la chaîne de production puisse fournir des pièces ou des renseignements à la Russie », souligne Mark Cancian. Si cette menace ne rend pas nécessairement l'opération impossible, elle imposerait cependant des mesures de sécurité et de contrôle supplémentaires, précise-t-il.

Washington affirme continuer à étudier plusieurs options

En dépit de tous ces obstacles, les autorités américaines assurent toutefois que le dossier n’est pas définitivement refermé. Ainsi, Michael Cadenazzi affirmait le 22 juillet que plusieurs scénarii étaient en cours d’évaluation. Ils pourraient combiner une production aux États-Unis et à l’étranger, avec différentes options concernant le lieu d’assemblage, les procédés industriels et la variante du missile retenue. Mais Mark Cancian se montre, lui, beaucoup plus sceptique sur l’avenir d’une licence directement accordée par Washington... 

Une solution plus réaliste pourrait passer par l’Allemagne, estime l’ancien colonel américain, Berlin développant déjà sa propre capacité de production du Patriot dans le cadre de partenariats avec l’industrie américaine. L'usine qui le fabriquera devrait être opérationnelle dès 2027. Pour l’Ukraine, s’associer à une chaîne européenne déjà engagée serait donc sans doute plus rapide que de devoir repartir de zéro, estime l'expert. Une option qui, malgré tout, ne permettrait pas de répondre à la pénurie immédiate du missile à laquelle l'Ukraine fait face tandis que les frappes russes s'intensifient.

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