3 mois après le glissement de terrain, L’Ascension attend encore de remplir son gouffre

« Je ne passe pas une journée sans croiser mes concitoyens et me faire demander quand est-ce qu'on bouche le trou. Les gens sont excédés », nous raconte Jacques Allard.
Le maire de L'Ascension n'en était pas à sa première déclaration d'état d'urgence lorsque des pluies diluviennes ont fait glisser le sol de la rue principale, le 3 août dernier, et creusé un énorme trou qui coupe son village en deux.
Rapidement, la petite municipalité des Hautes-Laurentides s'est mobilisée. Elle a mandaté une firme d'ingénierie pour évaluer la situation et préparer les plans pour la reconstruction de la route.
Nous, la semaine suivant le drame, on était prêts à commencer.
Mais l'administration municipale s'est butée à des délais bureaucratiques. Pêches et Océans Canada a notamment pris des semaines avant d'accorder une autorisation pour effectuer les travaux en raison de la présence de poissons dans la rivière qui passe au fond du gouffre.

Le trou a une profondeur d'environ 13 mètres.
Photo : Radio-Canada / Raphaëlle Drouin
Et presque trois mois après le glissement de terrain, le village attend encore l'aval du ministère de la Sécurité intérieure du Québec. Dès le lendemain de la nomination du nouveau Conseil des ministres, j'étais en train d'interpeller les différents ministres
, nous dit la députée provinciale du secteur, présente à la manifestation de samedi.
J'ai déjà une rencontre de suivi la semaine prochaine. On va faire un traitement prioritaire du dossier de L'Ascension.
Un détour d'une heure
30 % des résidents du village de quelque 900 âmes sont désormais coupés du reste de la municipalité. On se sent ignorés, délaissés
, laisse tomber Marie-Josée Lévesque. Nous l'avons rencontrée de l'autre côté du gouffre. Il nous a fallu faire un détour d'une heure en voiture pour la rejoindre.
Je travaille de l'autre côté, au garage municipal. De la maison, ça me prenait environ 5 minutes 35 secondes et là, à cause du gouffre, ça me prend 50 minutes
, nous explique-t-elle. Pour une journée de travail de 8 heures, elle est hors de la maison pendant près de 12 heures.
Les enfants doivent aussi faire une heure de route le matin et le soir pour aller à l'école et en revenir. Les services d'urgence doivent être desservis par la municipalité voisine de Rivière Rouge, faute d'accès plus rapide.
Il y en a qui pensent que c'est juste un trou, mais ça change une vie. Surtout pour les personnes âgées. Elles avaient des activités de l'autre côté, mais elles n'iront pas avant que ce soit réparé.
Chez les résidents, la fatigue est palpable. Ils sont impatients de retrouver leur vie d'avant.
Un trou qui s'agrandit
Au sol, près du bord du gouffre, des lignes ont été tracées pour mesurer l'érosion depuis le glissement de terrain. On en a perdu trois. C'est à peu près un pied en un mois qu'on perd
, nous apprend le maire, qui estime qu'avec l'arrivée du froid et du gel, le phénomène risque de s'accélérer.
C'est un cri du cœur
, résume Jacques Allard. Il aimerait obtenir une réponse de la part du gouvernement provincial à temps pour commencer les travaux au courant de la semaine prochaine.

Les nouveaux ponceaux qui seront installés font plusieurs mètres de hauteur et de largeur.
Photo : Radio-Canada / Raphaëlle Drouin
Non loin du trou, des ponceaux géants sont prêts à être installés, des pelles mécaniques sont en place. Des équipes des travaux publics, des pompiers et même de la Sûreté du Québec étaient à la manifestation samedi pour montrer qu'ils sont eux aussi prêts à se mettre en action.
Si ce n'est pas réglé avant l'hiver, l'impact strictement sur le déneigement va nous coûter 350 000 dollars de plus. Pour une petite municipalité comme chez nous, c'est beaucoup.
Jacques Allard aimerait que les gouvernements revoient leurs réglementations et leurs programmes d'aide pour mieux faire face aux réalités d'aujourd'hui, notamment avec les changements climatiques. En moins de deux ans, son administration a dû déclarer deux fois l'état d'urgence.
On a changé la loi sur les mesures d'urgence. La municipalité est responsable d'assurer la sécurité. Si on est responsables, on ne doit pas continuellement demander la permission à Pierre, Jean, Jacques. Laissez-nous faire, on est responsables
, conclut-il.
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