Médias publics ou privés : repenser le pluralisme face à la montée de l’extrême droite

Ce débat sur le pluralisme est aussi devenu un enjeu politique, notamment parce que l’extrême droite s’en est emparé. La dernière incursion en date fut notamment la commission parlementaire sur la neutralité et le financement de l'audiovisuel public français pilotée par le député d'extrême droite Charles Alloncle. Cette démarche s’apparente à une "chasse aux sorcières", dénonce Patrick Eveno : "Ils essaient de démontrer que tout est soit inféodé à des entreprises milliardaires, Xavier Niel, Matthieu Pigasse, Mediawan ou que sais-je encore, soit une gabegie financière avec Nagui ou d’autres, soit surtout un repaire de gauchistes. Et pas de parole pour la droite et l'extrême droite, ce qui est complètement faux".
Or, l'exigence de pluralisme brandie par l’extrême droite représente un véritable piège, prévient l'historien des médias : "La pression de l’extrême droite disant 'on n’a pas la parole, on ne peut plus rien dire', c’est pour dire : 'Taisez-vous, la gauche', voire même la droite traditionnelle, 'et nous, on va pouvoir parler tout seuls sans que personne n’ait rien à nous contredire"".
Il rapproche cette stratégie de ce qu'il a observé en Hongrie, sous le régime de Viktor Orbán, ou dans l'Italie de Meloni. Il met en garde contre une évolution vers des "démocraties illibérales", dans lesquelles les institutions démocratiques subsistent formellement, mais où le pouvoir politique exerce une influence importante sur l’opinion publique et les médias.
Le pluralisme médiatique, en France comme en Belgique, doit donc garantir l'expression de différentes opinions, mais surtout préserver la possibilité de les confronter et de les contredire. Un garde-fou nécessaire, au risque de mettre la démocratie en péril.
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