Trump rêve grand en matière d’IA. Le Canada est-il d’accord?
Dans son livre Value(s), Mark Carney prédit dès 2021 l’avènement d’une nouvelle révolution industrielle provoquée par l’IA.
« Nous sommes aujourd’hui à l’aube de ce que certains ont appelé une quatrième révolution industrielle (la 4IR). Les applications de l’IA se répandent en raison des progrès de la robotique, de la nanotechnologie et du calcul quantique », écrit-il.
Cette croyance, toujours à l’avant-plan dans ses discours cinq ans plus tard, est aussi partagée sans réserve par le président américain, Donald Trump, en 2026.

Donald Trump, lors d’un discours à l’ONU, le 22 septembre 2025

Evan Solomon, ministre fédéral de l’Intelligence artificielle, à la conférence Upper Bound, en Alberta, en mai 2026
Ils promettent des services gouvernementaux améliorés par IA
En avril 2025, Mark Carney signe une plateforme électorale intitulée « Un Canada fort ». On peut y lire 22 allusions à l’IA, toutes en termes positifs, notamment pour sa capacité rêvée d’améliorer les services gouvernementaux.
« L’IA peut générer d’importants progrès qui rendront nos entreprises plus compétitives, en particulier nos petites et moyennes entreprises. Elle peut également nous aider à offrir efficacement d’importants services sur lesquels les Canadiens et Canadiennes comptent. »
Une promesse identique a motivé le gouvernement Trump de lancer la plateforme America.gov, le 29 septembre 2026.
Donald Trump, lors du dévoilement de la plateforme America.gov, le 29 septembre 2026

Mark Carney, lors de l’annonce d’un partenariat avec l’entreprise d’IA Cohere, à Montréal, le 29 octobre 2026 et lors d’une allocution au congrès libéral de 2026
L’IA va contribuer à vous guérir, rêvent-ils
Aux côtés de Donald Trump, le milliardaire américain Elon Musk, lui-même patron d’une grande entreprise d’IA, a illustré les merveilles d’un monde où les progrès de la machine permettent de soigner tous les humains sur Terre.
Une version de ce fantasme faisait déjà partie du discours officiel du premier ministre canadien, Mark Carney. Ce dernier s’aventure à dire que l’IA va réduire les temps d’attente dans les urgences. Au Canada, les soins de santé sont de la responsabilité des provinces.

Elon Musk, durant une mêlée de presse devant la Maison-Blanche, le 29 septembre 2026
Mark Carney, lors d’un discours en Arabie saoudite, le 9 juillet 2026 et lors d’une allocution au congrès libéral de 2026
Ils jurent que l’IA sera sécuritaire
Le gouvernement Trump se pose en allié des entreprises dominantes du secteur de l’IA, presque toutes basées dans son pays. Il jure toutefois que l’autorégulation de l’industrie sera suffisante pour assurer la sécurité du public. Il ne donne aucune précision quant à sa promesse de stopper les « mauvais usages » de l’IA.
Par contraste, au Canada, le gouvernement Carney veut créer un nouvel organisme, la Commission canadienne de la sécurité numérique, pour s’assurer d’une « conception sécuritaire » des plateformes pour les enfants. Ottawa reste avare de détails sur son fonctionnement.
Le gouvernement Carney concentre son énergie à interdire certains usages précis de l’IA, comme les hypertrucages sexuels ou la modulation des prix basée sur la surveillance. Pas question pour lui de ralentir le développement de l’IA, de manière générale.
Donald Trump, lors d’un discours à l’ONU, le 22 septembre 2025
Mark Carney, lors du lancement de la stratégie L’IA pour tous, le 4 juin 2026
L’IA va nous rendre riche, pour peu qu’on l’aide
L’IA fait « plus de bien que de mal », selon la formule du président Donald Trump. Ce n’est pas le premier ministre Mark Carney qui va le contredire, lui qui a déjà mis en garde contre l’idée de poser des limites à l’IA, pour que « le mieux ne soit pas l’ennemi du bien ».
Tant les États-Unis que le Canada conçoivent l’IA comme une course qu’il convient de gagner — ou au moins d’y gagner sa souveraineté — sous la promesse de générer des milliers d’emplois (250 000 au Canada d’ici 2031, selon Ottawa) et de l’activité économique (200 milliards de plus au PIB). Mieux vaut ne pas ralentir !
D’ailleurs, les deux dirigeants affirment que leur pays est justement bien placé pour tirer son épingle du jeu dans cette « course ».
Donald Trump, lors du dévoilement de la plateforme America.gov, le 29 septembre 2026
Mark Carney, lors de l’annonce d’un partenariat avec l’entreprise d’IA Cohere, à Montréal, le 29 octobre 2026
D’autres approches existent
Le salut de notre société passe-t-il vraiment par le recours généralisé à l’IA ? Certains en doutent.
Zohran Mamdani, maire de New York
Le maire de New York a décrété pour cette année scolaire un moratoire sur toute utilisation de l’IA dans les écoles publiques de la ville, touchant quelque 600 000 enfants de la maternelle à la 8e année (l’équivalent québécois de la seconde année du secondaire).

Zohran Mamdani, lors d’une conférence de presse à New York, le 5 octobre 2026
Le pape Léon XIV
Notre génération se trouve confrontée à un péril dans le développement de l’IA, qu’il faut « désarmer » au plus vite pour l’empêcher de dominer l’humanité. Telle est la mise en garde du pape américain Léon XIV, qui a consacré une lettre encyclique de près de 130 pages au printemps dernier sous forme de plaidoyer pour un encadrement strict de l’IA.

Léon XIV, lors d’un discours sur l’IA à l’Université catholique d’Afrique centrale à Yaoundé, au Cameroun, le 17 avril 2026
Et au Québec ?
Le nouveau gouvernement du Parti québécois (PQ) entend faire du Québec « un des endroits les plus innovants, mais aussi des plus réfléchis dans le monde » en matière d’IA. La toute première ministre déléguée à l’Intelligence artificielle et au Numérique, Anne Nguyen, a livré un discours, l’an dernier, dans lequel elle plaidait pour la conservation des valeurs humaines dans les technologies. Le PQ a promis de former un comité d’experts et d’encadrement sur l’IA.

Anne Nguyen, avant qu’elle ne soit nommée au portefeuille de l’Intelligence artificielle dans le gouvernement du PQ, lors de la conférence TEDx Ville Marie, le 25 janvier 2025
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