En Chine, la purge s’amplifie et Xi Jinping resserre son emprise

À un an du prochain congrès du Parti communiste chinois, le président, Xi Jinping, consolide son emprise sur le pouvoir avec une série d’exclusions du parti.
La cinquième session plénière du Parti communiste chinois, tenue à huis clos à Pékin de lundi à jeudi, s’est terminée avec l’annonce de l’exclusion du parti de 33 dirigeants, dont de nombreux hauts gradés militaires déchus.
Le Comité central a confirmé les exclusions de plusieurs dirigeants civils et militaires, dont le général Zhang Youxia, l’ancien chef du Parti au Xinjiang, Ma Xingrui, et l’ancien responsable des relations internationales du Parti, Liu Jianchao.
Ces sanctions menées au nom d’une campagne anticorruption en cours depuis quelques années frappent désormais jusque dans les rangs de ceux qui étaient considérés comme étant proches du président chinois.
Je vois ça comme une dégradation du climat politique et un renforcement de l’autoritarisme chinois. Peu importe à quel point vous êtes proche de Xi Jinping, vous restez très exposé. Personne n’est à l’abri.
Une loyauté sans réserve
Le texte adopté au terme de cette cinquième session plénière place au cœur des priorités la discipline, l’éducation politique des cadres et le renforcement de la direction centralisée du Parti.
Pékin présente cette transformation interne comme un moyen de préserver durablement son pouvoir et d’échapper au cycle historique du déclin des régimes.
Ce dont ils parlent vraiment, c’est de corruption idéologique ou politique, d’un manque de loyauté. La corruption ne signifie pas seulement toucher des pots-de-vin, mais aussi ne pas être fidèle et loyal aux messages fondamentaux du Parti
, explique Kerry Brown, professeur d’études chinoises au King’s College, à Londres.
La crainte des divisions pousse la direction du Parti communiste chinois à exiger une adhésion totale, selon lui.
Je pense que le message adressé aux Chinois, c’est : faites-nous confiance, nous allons assurer la stabilité. Vous ne nous aimez peut-être pas, mais regardez ce qui se passe aux États-Unis et ailleurs. Préférez-vous cela ou préférez-vous nous?
explique le professeur Brown.
L’Armée de libération populaire est particulièrement touchée puisque 16 des 33 exclus sont des officiers supérieurs.
La Commission militaire centrale, qui comptait sept membres au début du mandat actuel, se retrouve réduite à seulement Xi Jinping et à Zhang Shengmin, le responsable de la discipline militaire.
Zhang Shengmin entre au Bureau politique à l’issue du plénum, une promotion inhabituelle entre deux congrès.
La loyauté est certainement importante. Zhang Shengmin était chargé des enquêtes disciplinaires et a participé à la purge au sein de la Commission militaire centrale. Sa promotion indique clairement que Xi Jinping estime qu’il a bien fait son travail
, explique Jean Christopher Mittelstaedt, professeur associé spécialiste de la Chine moderne à l’Université de Zurich.

Le Politburo a subi d'importantes transformations au cours des dernières années.
Photo : Associated Press / Xie Huanchi / Xinhua
Le paradoxe de la peur
Dans les provinces et les municipalités, la campagne disciplinaire de Xi Jinping vise aussi les responsables du Parti communiste accusés d’immobilisme ou d’appliquer les directives de façon superficielle.
Il montre qu’il contrôle totalement le personnel, les personnes. Mais cela montre aussi qu’il a encore très peu de contrôle sur les résultats, particulièrement à l’échelle locale
, résume Jean Christopher Mittelstaedt.
Les cadres doivent composer avec les attentes de Pékin, celles de leurs supérieurs immédiats et des ressources limitées dans une économie fragilisée notamment par la crise immobilière.
Le durcissement de la discipline appliqué depuis plus de deux ans s’est traduit par 118 000 sanctions contre des membres du parti l’an dernier. Cela risque, de plus, d’alimenter la paralysie gouvernementale que Pékin prétend combattre.
Quand on a peur de faire un faux pas, on n’est pas particulièrement incité à changer la façon dont les choses fonctionnent ou à proposer des idées originales en matière de gouvernance, que ce soit à l’échelle locale ou au sommet
, observe Daria Impiombato.
Ce climat d’incertitude pourrait aussi affecter les pays qui cherchent à intensifier leurs relations avec la Chine, dont le Canada.
Une administration soucieuse d’éviter les risques peut compliquer les échanges commerciaux ou la coopération scientifique
, prévient le professeur Mittelstaedt.
Le professeur Kerry Brown ajoute que le Canada se retrouve devant un dilemme unique et particulier, coincé entre les deux géants problématiques que sont la Chine et les États-Unis.
Pour le Canada, la réalité, c’est que la Chine est un problème, mais un problème qui semble loin. Les États-Unis sont un problème à votre porte. Et cela bouleverse complètement votre façon de penser la sécurité et la géopolitique
, explique-t-il.
Il plaide pour une coopération plus étroite entre puissances intermédiaires afin de mieux composer avec les deux géants que sont la Chine et les États-Unis.
Le prochain congrès du Parti communiste chinois aura lieu dans un an et tous les analystes s’attendent à ce que Xi Jinping obtienne un quatrième mandat.
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