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Thursday, October 29, 2026

Bras de fer entre la mairesse et la fonction publique au sujet d’un sondage sur le vélo

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La suspension d’un sondage sur « la place du vélo à Montréal » par le cabinet de la mairesse, en juin dernier, a provoqué un malaise au sein de la fonction publique municipale, révèlent des documents internes obtenus par Le Devoir.

Les pressions de l’équipe de Soraya Martinez Ferrada pour modifier des questions et des choix de réponse ont mis en péril la crédibilité de la consultation, peut-on y lire. « C’est vraiment n’importe quoi », a réagi par courriel une cheffe de division en mobilité devant l’intervention des élus pour modifier le questionnaire.

Cette consultation sur le nouveau Plan vélo de la Ville de Montréal a été mise en ligne le 15 juin dernier. Le sondage visait à connaître les attentes des Montréalais par rapport à l’avenir du réseau cyclable de la Ville. Trois jours après sa mise en ligne, le questionnaire a été retiré du site Web : le cabinet de la mairesse a mis le sondage sur pause pour proposer de nouvelles questions et en retirer d’autres, montrent les documents.

Une vingtaine de questions du premier sondage ont été retirées ; neuf autres ont été ajoutées dans le deuxième questionnaire, qui a été remis en ligne le 25 juin pour une durée d’un mois. Les choix de réponse ajoutés par le bureau de la mairesse évoquent des problèmes de congestion automobile, de manque de stationnement et d’accès aux commerces en lien avec la présence de pistes cyclables.

L’administration Martinez Ferrada a élargi la consultation pour inclure l’opinion de tous les gens qui se déplacent, et non seulement celle des cyclistes. Les changements au questionnaire visaient à refléter aussi le point de vue des piétons, des automobilistes, des résidents et des commerçants.

« Une décision à portée politique »

Les experts du Service d’urbanisme et de la mobilité (SUM) de la Ville ont mis en garde le cabinet de la mairesse au sujet des possibles conséquences négatives de l’annulation de la consultation, trois jours après sa mise en ligne. « Le fait de devoir repartir avec un nouveau questionnaire comporte des risques importants, [y compris] une érosion de la confiance envers l’administration et la fonction publique », ont prévenu les fonctionnaires.

« L’annulation d’une consultation sur le Plan vélo pourrait être perçue comme une décision à portée politique plutôt qu’administrative », ont-ils précisé. Ce geste risque aussi de « contribuer à maintenir la polarisation du débat » sur les pistes cyclables, selon eux.

La firme Atelier urbain, qui a accompagné l’administration municipale dans l’élaboration du questionnaire, a aussi prévenu les élus des « conséquences méthodologiques et éthiques qu’entraînerait une modification du questionnaire après le lancement de la consultation ».

Plus de 1600 personnes avaient déjà répondu au sondage quand la consultation a été suspendue. « Les réponses déjà recueillies ne pourraient pas être intégrées de manière rigoureuse » à l’analyse des données tirées du nouveau questionnaire, a souligné Alex Fortin, directeur de projet chez Atelier urbain.

Un choix qui risque « d’envenimer la haine »

Les spécialistes du Service d’urbanisme et de mobilité ont aussi réagi négativement à certaines demandes de modification du questionnaire.

Dans le sondage original, une question portait ainsi sur le type d’aménagement qui devrait être priorisé « pour le développement du réseau cyclable ». Après l’intervention du cabinet de la mairesse, la question est devenue : « Comment le réseau cyclable devrait-il évoluer ? » Un choix de réponse a été ajouté : « Maintenir le réseau actuel sans expansion ni bonification. »

Les experts du Service d’urbanisme et de la mobilité ont prévenu les élus : « L’ajout de cette option de réponse ne contribuera pas de manière significative à l’avancement des études et des analyses. Cela pourrait même envenimer la haine [envers] la sécurisation des déplacements des plus vulnérables et retirer la neutralité du questionnaire. »

Les employés de la Ville ont rappelé que « le développement du réseau cyclable, encadré par le Plan vélo, constitue un [aspect] légal à l’échelle de l’agglomération, requis par le ministère des Affaires municipales. Il répond à un objectif d’intérêt public visant à assurer la cohérence du réseau à l’échelle de l’ensemble du territoire administratif ».

Une réponse qui « retire la neutralité du questionnaire »

Une autre question portait sur les manières d’améliorer le réseau cyclable hivernal. À la suggestion du cabinet de la mairesse, la référence à l’amélioration du réseau a disparu, et la question est devenue : « Parmi les actions suivantes, lesquelles devraient être prioritaires pour le réseau cyclable hivernal ? »

Le choix de « retirer le réseau hivernal » a été ajouté.

Des choix de réponse ont aussi été ajoutés à une question sur les actions qui devraient être prioritaires dans le nouveau Plan vélo : « maintenir le réseau existant » (ce qui équivaut au statu quo) ; « améliorer la cohabitation entre tous les usagers de la rue (piétons, cyclistes, automobilistes, personnes à mobilité réduite) » ; et « favoriser la consultation de tous les usagers de la rue lors de la mise en place d’un nouvel aménagement cyclable ».

Les experts du SUM ont fait valoir que « l’énoncé “favoriser la consultation de tous lors de l’implantation d’un nouvel aménagement” peut être perçu comme problématique, car il laisse entendre que la Ville consulte la population de manière différenciée selon les modes de déplacement, ce qui peut s’apparenter à de la désinformation, car c’est faux. Cette réponse est très orientée et retire la neutralité du questionnaire ».

Une apparence de « désinformation »

Les mises en garde du SUM ont empêché la présence d’une question suggérée par le cabinet de la mairesse, portant sur les « éléments [qui] nuisent le plus à votre sécurité ou [à] votre confort quand vous côtoyer [sic] le réseau cyclable comme autre usager de la rue ». Parmi les choix de réponse qui étaient proposés par l’équipe de Mme Martinez Ferrada, on note des conflits avec les autres usagers, la congestion routière et le manque de stationnement.

« Cette question est trop imprécise […] et sa formulation pose problème. Elle suggère l’existence d’une corrélation directe entre les pistes cyclables, la congestion et la perte de stationnement, ce qui est inexact et peut être perçu comme de la désinformation. De plus, cette question ne sera pas pertinente pour la planification du réseau cyclable lors du traitement des données ; elle risque davantage de générer du bruit médiatique que d’apporter une réelle valeur analytique », a écrit le SUM.

La question a finalement porté sur « les éléments qui nuisent le plus à votre sécurité ou [à] votre confort sur les pistes cyclables ». La congestion routière et le manque de stationnement ont été retirés des choix de réponse.

« Ma propre sécurité est en arbitrage »

« Il y a eu un jeu de pouvoir entre la machine administrative et la machine politique. C’était une consultation sur le Plan vélo, ce n’était pas l’endroit pour dire qu’on s’oppose aux pistes cyclables », résume Julien Croteau, un résident de Montréal qui a obtenu les documents à propos de ce sondage par la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics.

Cet entrepreneur en communication et en design, qui se déplace régulièrement à vélo, a transmis au Devoir le fruit de ses recherches par souci de l’intérêt public. Le Montréalais de 34 ans avait rempli la première version du sondage à la mi-juin. Quelques jours plus tard, il a reçu une invitation de la Ville à remplir une nouvelle version du questionnaire.

« J’ai constaté que les questions ne me demandent plus mon appréciation du réseau cyclable. Maintenant, elles me donnent l’impression que ma propre sécurité est en arbitrage et on propose même de retirer des voies cyclables que j’utilise quotidiennement », déplore-t-il.

Julien Croteau estime que les ingénieurs et les urbanistes de la Ville — et non les élus ou leurs représentants — sont les vrais experts qui savent comment aménager des voies sûres pour tous les usagers de chaussée. Il a aussi constaté une grande volonté de rigueur et de travail non partisan, dans l’élaboration de la consultation, de la part de la fonction publique montréalaise.

Une consultation valide

« La Ville considère que la consultation ayant été menée est valide », indique Hugo Bourgoin, porte-parole de l’appareil municipal. Les constats seront intégrés aux rapports des analyses techniques approfondies (les fameux audits des pistes cyclables) qui seront réalisées au début de l’année prochaine.

Il précise que les questionnaires « ne visaient pas à produire un résultat statistiquement représentatif, [mais] servent avant tout à documenter les usages, les enjeux et les perceptions ». Cette consultation vise à offrir un complément aux observations terrain, aux données techniques, aux comptages et à l’expertise professionnelle, selon la Ville.

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