Enfants morts sous la protection de la DPJ anglophone : deux enquêtes sont lancées

Les employés des Centres de la jeunesse et de la famille BATSHAW sont convoqués cette semaine par le Bureau de l'inspectrice générale (BIN) de Santé Québec dans le cadre d'une vaste enquête interne réclamée cet été visant à faire la lumière sur au moins deux décès d'enfants survenus en l'espace d'un mois l'hiver dernier.
Les membres du personnel peuvent être contactés à tout moment, peut-on lire dans un courriel que nous avons obtenu.
Selon nos informations, les enquêteurs du BIN vont étudier des dossiers relatifs aux enfants, mais aussi rencontrer, en groupes restreints, le personnel de BATSHAW, notamment, pour discuter de la gestion à l'interne.
N'importe qui peut être interrogé
, peut-on lire dans un autre document que nous avons obtenu.
Les employés sous le choc
Les décès de ces enfants et le processus d'enquête à l'interne ont causé toute une onde de choc au sein des quelque 800 travailleurs des centres jeunesses.
C'est beaucoup d'anxiété. Quand il y a des décès, c'est quelque chose de traumatisant pour un intervenant. Ils sont sous le choc. Ça a créé des craintes. Les gens se remettent en question tout le temps. Est-ce que j'aurais pu faire quelque chose d'autre?
, témoigne Alexandra Boisrond, présidente de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal et éducatrice de formation.
Santé Québec s'est limité à nous dire que les travaux du Bureau de l’inspectrice nationale se poursuivent
.

Alexandra Boisrond, présidente de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal (APTS).
Photo : Gracieuseté : APTS
Les centres Batshaw sont responsables de la prise en charge des jeunes anglophones de l'ouest de Montréal qui leur sont confiés par la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ). Ils accueillent aussi de jeunes Inuit dont les familles sont généralement originaires du Nunavik.
La petite fille de 4 ans était inuk
Selon notre enquête, la fillette de 4 ans, décédée en mars dernier, est inuk. Sa mère est originaire du Nunavik. L'enfant était sous la protection de la DPJ depuis toute petite.
L'affaire ébranle d'ailleurs de nombreux intervenants sociaux-communautaires œuvrant avec une clientèle autochtone à Montréal.
Au moment du décès, la fillette était revenue dans sa famille biologique après avoir été placée en famille d'accueil (toujours dans la métropole) pendant quelques années.
Selon nos sources, la dernière visite à domicile d'un intervenant de Batshaw précisait que la fillette était mal en point et qu'elle devait être examinée par un médecin. Les parents auraient été réticents à consulter par méfiance envers les médecins blancs
.
Aucun intervenant de Batshaw ne serait revenu faire de suivi à domicile par la suite. Une visite qui, selon une de nos sources ayant plus de 20 ans d'expérience à Batshaw, aurait dû être considérée urgente
et effectuée dans les jours suivants.
Le décès de la fillette a été constaté dans un hôpital montréalais le 31 mars 2026. Le coroner enquête présentement sur cette mort.
Deux ans auparavant, une maladie inflammatoire rare, la leucoencéphalite hémorragique fulminante (Weston Hurst), avait emporté sa petite soeur de 4 mois.

Un berceau vide. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Le bébé est vraisemblablement décédé d'une détérioration neurologique rapide, probablement à la suite d’un phénomène infectieux
, écrit le coroner Me Donald Nicole, dans son rapport consulté par Radio-Canada.
Le coroner relate, dans cette dernière affaire, que les parents n'ont pas effectué les suivis médicaux recommandés.
Trois jours avant le décès du bébé, ils ont omis de se présenter à un rendez-vous de suivi à l'hôpital de Montréal pour enfants alors qu'elle n'allait pas bien et avait des difficultés respiratoires
, souligne Me Nicole.
Selon des documents dévoilés par demande d'accès à l'information, 18 enfants au total sont décédés alors qu'ils étaient sous la protection de la DPJ anglophone depuis 2019.
Santé Québec refuse de préciser la raison de ces décès malgré les demandes d'accès.
Il n'a pas été possible non plus de savoir combien d'entre eux sont autochtones.
Selon nos informations, le deuxième décès sous enquête du BIN concerne une adolescente de 16 ans qui s'est enlevé la vie le 6 mars 2026.
Elle a mis fin à ses jours alors qu’elle était hébergée au Centre de réadaptation jeunesse de Prévost, dans les Laurentides. Celui-ci relève des centres de la jeunesse et de la famille Batshaw à Montréal. Cette histoire a d'abord été rapportée par La Presse l'hiver dernier.
La CDPDJQ enquête aussi
Radio-Canada a par ailleurs appris que la Commission des droits de la personne et de la jeunesse du Québec (CDPDJQ) mène aussi son enquête, en parallèle avec celle effectuée par le Bureau de l'inspectrice générale (BIN).
Selon nos informations, de hauts gestionnaires ont déjà été interrogés.
La CDPJQ n'a ni infirmé ni confirmé cette information, mais rappelle que son mandat est d'évaluer si les droits d'enfants ont été brimés.
Si notre enquête révèle des lésions de droits, la Commission fera le suivi auprès de la DPJ et (...) et émettra les recommandations nécessaires pour éviter que de tels drames ne se reproduisent
, nous indique-t-on.
Cet été, The Gazette rapportait que trois mineurs, dont la fillette de 4 ans, sont décédés en un mois alors qu'ils étaient sous la protection des centres Batshaw à Montréal.
Les révélations ont provoqué de vives réactions. L'ex-ministre des services sociaux Lionel Carmant, a qualifié l'affaire de tragédie
. Santé Québec a réclamé la tenue d'une enquête indépendante. C'est cette enquête, confiée au Bureau de l'inspectrice générale (BIN) de Santé Québec, qui vient d'être amorcée.
En 2021, les centres Batshaw avaient fait la manchette en raison de situations de discrimination envers les Inuit.
L'une des dénonciations provenait d'un rapport d'enquête de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJQ).
Celui-ci faisait état de nombreux griefs, notamment une interdiction faite aux enfants autochtones et à leurs mères de communiquer dans leur langue maternelle ainsi que l'absence d'intervenants et d'outils adaptés à leur culture.
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