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Wednesday, September 30, 2026

Les éditeurs d’ici sont-ils à l’abri d’une autre affaire Thélyson Orélien ?

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Les accusations d’usage d’intelligence artificielle (IA) dans l’écriture du roman phénomène C’était ça ou mourir, de Thélyson Orélien, ont créé une commotion dans les milieux littéraires. Les éditeurs d’ici et d’ailleurs se sentent peu à l’abri d’un cas similaire. Pourquoi ? Ronde d’observation des clauses sur l’IA dans les contrats d’édition québécois.

L’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL) estime que, parmi ses membres, « la tendance dominante chez les maisons d’édition professionnelles est de mieux encadrer l’utilisation ou non de l’IA ». L’ANEL a d’ailleurs offert récemment des formations à ses éditeurs membres pour les y aider.

« L’objectif des maisons d’édition est de veiller à ce que les œuvres publiées reflètent véritablement la voix, l’expertise, les connaissances, le talent et le jugement des auteurs », rappelle la directrice des affaires juridiques de l’association, Stéphanie Hénault. « Or, avec la commercialisation accélérée de l’IA, ses controverses et la confusion sur sa nature et ses capacités, il a été difficile pour tout le milieu littéraire, au Québec comme ailleurs, de suivre la cadence. »

Qui a eu le temps de faire quoi ? Le Devoir a questionné 11 éditeurs québécois, de genres littéraires différents, afin de voir quelles sont aujourd’hui les pratiques sur le terrain. Dix ont répondu.

Les éditions La courte échelle ont été les plus rapides des éditeurs interrogés. Depuis l’automne 2024, les contrats signés avec leurs auteurs comprennent deux clauses sur l’IA. Ces clauses sont les mêmes chez Leméac et aux Presses de l’Université de Montréal, qui les ont ajoutées au début de 2026. D’abord, l’auteur déclare qu’il n’a pas eu recours à une solution ou un outil d’IA générative pour créer l’œuvre. Ensuite, chacune des parties s’engage à ne pas téléverser l’œuvre dans un outil d’IA générative.

« La clause est volontairement vague », précise Mariève Talbot, directrice générale de La courte échelle. « Peut-être qu’on précisera. On a vraiment fait le choix de maintenir l’humain au cœur de la création. » Elle poursuit : « Mais il va falloir réfléchir encore : l’IA est de plus en plus intégrée à d’autres outils. Quel est l’usage acceptable ? Aller chercher des synonymes ? Vérifier les corrections ? »

Chez Leméac, les remous des derniers jours amènent la maison à clarifier davantage ses contrats. « On va rendre la première clause plus explicite », indique Camille Didier, directrice du service des droits. L’éditeur entend se donner à l’avenir « le droit de refuser de publier le manuscrit si l’usage de l’IA semble trop important ou injustifié ». « Nous allons également ajouter que l’éditeur se garde le droit d’indiquer dans l’œuvre la nature de l’utilisation de l’IA », poursuit Mme Didier.

La confiance (morale) avant tout

Les éditions Québec Amérique, Lux, La Pastèque, Le Quartanier, et Pow Pow n’ont pas de clauses sur l’IA dans les contrats qui les lient à leurs auteurs. Pow Pow pense en ajouter une bientôt ; La Pastèque y réfléchit.

Chez Lux et au Quartanier, les réflexions sont identiques. Ces deux maisons incluent une clause où l’auteur « s’engage à remettre un texte sans plagiat, qui est son œuvre », précise l’éditeur de Lux, Mark Fortier. « À partir de là, c’est de la confiance envers l’auteur, et on ne voit pas en quoi préciser davantage nous protégerait plus », dit de son côté Félix Philanthrope, directeur commercial au Quartanier.

« Nous travaillons tellement les textes que si l’un était l’œuvre d’un robot, à la fin, je crois qu’on aurait humanisé la machine… », lance en boutade M. Fortier. D’ailleurs, pour M. Philanthrope, « le meilleur rempart contre l’IA, c’est l’édition : s’asseoir avec l’auteur, prendre le temps, parler de chaque page, de chaque problème, poser des questions sur tout. Aller en profondeur. Ce qu’on fait. »

Lux, de son côté, a ajouté des clauses pour garantir dans ses contrats de vente de droits que les traductions sont effectuées par des êtres humains. « On y tient », ajoute M. Fortier.

« [L’équipe du Quartanier] est très concernée par l’IA, et pour les questions éthiques et environnementales, avant même les questions éditoriales. Donc, on ne l’utilise pas », souligne M. Philanthrope.

Québec Amérique travaillait pour sa part déjà à un guide d’utilisation de l’IA pour ses équipes. « Ça fait deux ans qu’on réfléchit sur ces questions, régulièrement, en groupe », indique la présidente de la maison d’édition, Caroline Fortin. « Ce sont nos graphistes qui en premier ont porté le problème à notre attention. On ne peut pas oublier que c’est notre matière première, la créativité. On ne peut pas la dilapider. »

« Moi, auteur, je déclare ici… »

Québec Amérique reçoit beaucoup de manuscrits. Beaucoup. « Et ç’a augmenté énormément depuis l’arrivée de l’IA générative. On reçoit deux à trois manuscrits par jour. Et je peux assurer qu’on n’a jamais reçu un manuscrit exceptionnel comme C’était ça ou mourir », commente Mme Fortin.

La courte échelle a ajouté une mention à sa page Internet : « Nous n’acceptons aucun manuscrit généré, en tout ou en partie, par intelligence artificielle. »

Au Quartanier, on remarque aussi une augmentation du nombre de manuscrits. « Les auteurs y font maintenant des autodéclarations spontanées, et nous indiquent avec leur manuscrit comment ils ont utilisé l’IA », précise Félix Philanthrope.

L’autodéclaration est également une suggestion lancée sur Facebook par Charles Sagalane, auteur à La Peuplade : quelques cases à cocher, quelques mots à noter, pour que l’auteur liste les outils spécifiques — ceux qui ont servi à la recherche, par exemple —, ainsi que les contributions humaines, IA et financières. Aux yeux de M. Sagalane, c’est la proposition d’un « nouveau pacte auctorial en accord avec nos valeurs, nos aspirations, nos horizons ».

Tous les éditeurs qui ont répondu au Devoir ont précisé que l’affaire Thélyson Orélien faisait progresser leurs réflexions. Chez Leméac, on se questionne aussi sur la question de la propriété intellectuelle. « Si une œuvre a été créée par une IA, est-elle libre de droits ? Est-elle dans le domaine public ? » se demande Camille Didier.

Le Groupe Librex et les Éditions du Boréal ont refusé de répondre au Devoir en raison de la confidentialité requise, selon eux, par les contrats d’auteurs.

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