Procès d’un Québécois en cavale | Un vol de cryptomonnaie digne d’Hollywood dans un chalet des Laurentides

Des millions de dollars en cryptomonnaie. Un influenceur français au sommet de sa gloire. Un guet-apens dans un chalet des Laurentides. C’est ce scénario digne d’Hollywood qui a été décrit lundi au procès d’un fugitif québécois qui se moque de la justice depuis des années.
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Le procès de Michael-Elie Moussalem s’est ouvert en l’absence de l’accusé lundi au palais de justice de Saint-Jérôme, ce qui est exceptionnel. Le Québécois de 31 ans a déguerpi aux États-Unis en octobre 2022 quelques jours avant sa comparution. Depuis août 2024, il se cache vraisemblablement au Liban pour éviter d’être extradé au Canada.
Le juge Marc-André Dagenais a permis de tenir le procès en l’absence de l’accusé, comme il tente clairement d’échapper à la justice. Il est accusé de vol qualifié, de séquestration, de voies de fait causant des blessures et de complot. Il risque une lourde peine de pénitencier s’il est reconnu coupable.
Selon la Couronne, c’est Michael-Elie Moussalem qui a orchestré le spectaculaire vol de cryptomonnaie.
PHOTO TIRÉE D’UNE VIDÉO DÉPOSÉE EN PREUVE
Michael-Elie Moussalem
Le plaignant dans cette affaire est Michael Monteverde, un influenceur français en cryptomonnaie connu sous l’alias « mickalamasse » sur les réseaux sociaux. Au début des années 2020, il était suivi par 350 000 personnes. Il pouvait alors lever un million de dollars en une heure, tellement il était influent, s’est-il targué lundi.
Dans son style coloré, il évoque sa « grandeur » et raconte être passé de « clown à roi » de la cryptomonnaie.
Michael Monteverde rencontre Michael-Elie Moussalem une première fois au Maroc pendant la pandémie pour parler de cryptomonnaie. Les deux hommes s’entendent bien. « On est millionnaires. On est heureux. Les autres travaillent pour nous, car on est riches et puissants », raconte-t-il.
Ils se voient à nouveau au Mexique où il passe ses « meilleures vacances à vie », se remémore le témoin. Il a alors une relation « amicale extraordinaire » avec le Québécois. Les deux hommes planifient de lancer un NFT (jeton non fongible).
PHOTO TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM DE MICHAEL MONTEVERDE
Michael Monteverde
C’est dans ce contexte que Michael Monteverde débarque à Montréal, le 15 décembre 2021, avec son partenaire d’affaires, pour rencontrer l’accusé. Les trois hommes vont skier au mont Saint-Sauveur, puis mangent au restaurant. Pour l’occasion, Moussalem a loué un luxueux chalet pour ses invités.
Mais en soirée, l’accusé s’en va, prétextant un mal de pied et le malaise de sa copine à le savoir loin de la maison.
Ce jour-là, Michael Monteverde publie plusieurs vidéos sur les réseaux sociaux pour illustrer son escapade québécoise. Il indique même se trouver à Saint-Sauveur. Michael-Elie Moussalem lui conseille alors de ne pas « snapper » l’endroit où il se trouve, puisque c’est « dangereux » en raison de la « mafia ».
« Ma sécurité dépendait de M. Moussalem. C’était mon ami, c’était son territoire », témoigne le plaignant.
PHOTO DÉPOSÉE EN PREUVE
Sur une publication en ligne, le plaignant se dit à Saint-Sauveur le soir du crime.
« À cinq, tu es mort »
Cette nuit-là, trois assaillants se sont introduits dans le chalet pour dérober le portefeuille de cryptomonnaie de Michael Monteverde. Dans un style inimitable, le Français a mimé devant le juge sa lutte acharnée avec ses assaillants. Combattant expérimenté en arts martiaux, le plaignant ne s’est pas laissé faire, selon son récit.
« Les deux [assaillants] sont sur moi. J’en colle une [au costaud]. Il a dû retirer son masque, car je l’avais touché au foie. L’autre m’a mis en joue [avec son fusil] et m’a dit : “T’as cinq secondes pour te mettre à genou. À cinq, tu es mort”. Il a fait clac-clac avec son arme », a lancé le témoin, en mimant un fusil à pompe.
Comme Michael Monteverde n’obtempère pas, un assaillant lui lance un haut-parleur au visage, et lui assène un coup dans les côtes. Son complice lui dit : « Tu veux jouer au ninja ? » et casse une bouteille au sol. « Je suis en caleçon, pieds nus », décrit le plaignant. Malgré tout, il se lance dans un furieux combat avec l’assaillant costaud.
« Il ressemblait à un combattant de MMA [arts martiaux mixtes] américain », dit-il.
Michael Monteverde se cache dans la salle de bain, mais les assaillants y pénètrent et lui fracassent une bouteille sur la tête. Il se réveille « ligoté comme un cochon ». Ses bourreaux lui infligent une simulation de noyade et des sévices dégradants pour lui soutirer ses codes d’accès.
« Chaque seconde paraissait des minutes. Chaque minute paraissait des heures », résume-t-il.
Ses assaillants ont pu mettre la main sur les 25 000 $ qu’il gardait accessible dans son compte. Mais sa fortune en cryptomonnaie était toutefois bien sécurisée. Le Français a réussi à se libérer avec l’aide de son partenaire d’affaires, ligoté lui aussi.
Michael Monteverde a été gravement blessé au visage pendant l’attaque. Sur des photos mises en preuve, il affiche une profonde plaie ouverte du front jusqu’à l’œil et il a le crâne ouvert à deux endroits.
Son témoignage se poursuit mardi.
Me Éric Bernier et Me Emmanuelle Viau-Smith représentent le ministère public, alors que Me Maxime Raymond défend l’accusé, malgré son absence.
Par ailleurs, la conjointe de M. Moussalem, Sevgi Gungor, 36 ans, est accusée d’avoir entravé le travail de la police pour aider son conjoint à s’échapper. Son procès se poursuit en novembre prochain.
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