Du spectre de la déroute à l’espoir : la fin de campagne de Québec solidaire

Au quartier général de Québec solidaire cet été, on ne donnait pas cher de la peau de la députation solidaire après les élections de l’automne. Maintenant que celle-ci tire à sa fin, « c'est possible », pour reprendre le slogan solidaire, de conserver les 11 circonscriptions, se réjouissent les stratèges du parti qui appellent tous les progressistes à voter avec leur cœur.
Radio-Canada s'est entretenu avec des stratèges et des militants solidaires pour prendre le pouls de la formation politique en cette dernière journée de campagne.
Tous conviennent qu’avant le déclenchement des élections, le parti n’en menait pas large. Au plus bas dans les sondages, Québec solidaire venait de traverser deux années de crises internes vécues au grand jour.
Entre la parution du livre de Catherine Dorion, le départ d’Émilise Lessard-Therrien, la démission de Gabriel Nadeau-Dubois à titre de porte-parole et l’éjection du député Vincent Marissal, le parti pansait ses plaies.
D’autant plus qu’après le départ de Gabriel Nadeau-Dubois, plus d’une quinzaine de membres du personnel ont emboîté le pas, accompagnés de nombreux militants déçus.
Et là, se dire qu’on conclut tout ça avec une élection, c'est sûr qu'on se disait que ça allait brasser, qu'on allait trouver ça dur.
Des scénarios pessimistes ont été envisagés. Il semblait possible qu’il ne reste que deux ou trois circonscriptions solidaires après le 5 octobre, croyaient-ils. D’autant plus que la cheffe parlementaire désignée, Ruba Ghazal, n’était porte-parole que depuis novembre 2024 et demeurait très peu connue du public.
Les gens ne faisaient pas nécessairement confiance à Ruba au début pour faire campagne. Ce n’était pas tant une figure de proue comme l’a été Gabriel
, explique une source à l’interne.
Les militants l’avaient choisie, certes, mais on prenait une chance, on ne savait pas si elle allait être capable de faire tout ça. Être députée et être porte-parole, c’est pas la même job
nous glisse une autre source.
Les Happy Warriors
Québec solidaire a fait le choix d'une campagne positive. Affiches, slogans, propositions : tout était pensé pour refléter l’héritage de l'ancienne députée et cofondatrice du parti, Françoise David.
Françoise était toujours là-dedans, la politique positive. On n'a jamais autant résisté qu'en 2026 à ne pas tomber dans les attaques
souligne un stratège.
La gauche ne peut se permettre d’avoir l’air fâchée
, indique un autre. C'est l’un des plus gros défauts de la gauche des dernières décennies
, selon lui. Québec Solidaire a appris des leçons de la nouvelle gauche américaine, telle que le maire de New York, Zoran Mamdani, dont se revendique Ruba Ghazal et les solidaires depuis des mois.
Être positif et se distinguer, pas si simple que ça. Et c'est là où Ruba a été particulièrement agile et habile.
L’idée de présenter Québec solidaire comme le rempart contre l’austérité ne figurait pas sur le radar de la campagne solidaire au départ. La porte-parole martelait ses propositions sur le logement, le coût de la vie ou la taxation des fortunes de plus de 25 millions de dollars. C’est en examinant les cadres financiers des quatre autres partis que la formation solidaire s'est positionnée comme celle qui protégera l’État québécois.
À ce moment-là, on s'est dit "OK, on tient quelque chose là"!
Un militant de longue date, très critique envers sa propre formation, André Frappier, se réjouit de la campagne électorale de sa troupe. De Ruba, en particulier. Elle a fait une super bonne campagne, puis elle a été capable aussi d'écouter, puis de s'adapter aux événements.
Le même écho provient de différents militants à qui Radio-Canada s'est adressé.
Les membres trouvent qu'on est campés à gauche et les commentateurs trouvent qu'on est pragmatiques. C'est l'idéal pour moi
, se réjouit un des conseillers qui ressent une nouvelle unité dans le parti qui fait du bien
.
Mais surtout, des militants affirment avoir constaté un changement chez les électeurs à la suite des débats télévisés. Un game changer
indique une organisatrice de campagne de Québec.
Dans les premières semaines, les bénévoles mettaient l’accent sur les propositions du parti lors de leur porte à porte, maintenant le nom de Ruba Ghazal résonne davantage, affirment des militants à Radio-Canada.
Bien que le moral des troupes semble bon, les solidaires sont conscients qu’ils devront possiblement faire le deuil de leurs ambitions d’expansion du vote. En 2022, QS avait obtenu 15,4 % des voix, se hissant au deuxième rang derrière la CAQ, alors devenue majoritaire.
Pour l’instant, les officiers du parti espèrent atteindre leur objectif médian
quant au vote populaire et conserver leurs 12 circonscriptions, en incluant celle de Vincent Marissal – devenu indépendant.
Mais les luttes n’ont jamais été aussi serrées pour les solidaires. Les stratèges espèrent que cette nouvelle sympathie envers la co-porte-parole se traduise en vote. Ils sont conscients que rien n’est moins certain. Tout se joue dans l’urne. Ce qui permet à Québec solidaire de rêver un peu, c’est l'afflux de bénévoles revenu au bercail pour prêter main-forte le jour du scrutin.
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