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Saturday, October 3, 2026

Le choix de l’audace

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Une règle non écrite interdit de promettre publiquement un ministère à un de ses candidats, aussi méritant soit-il, même si on ne se gêne pas pour le faire en privé.

Il faut vraiment que la lutte soit serrée dans Arthabaska-L’Érable pour que Paul St-Pierre Plamondon juge nécessaire de dire qu’il avait besoin d’Alex Boissonneault dans son Conseil des ministres. Si le Parti conservateur du Québec (PCQ) peut talonner le Parti québécois (PQ) là où Éric Duhaime lui-même avait été battu sèchement à l’élection partielle du 11 août 2025, on peut penser que le résultat est aussi incertain dans les circonscriptions environnantes.

Dans six des douze des circonscriptions dites « pivots » où le PQ pourrait l’emporter, le PCQ constitue son principal adversaire, mais il y en a également trois où il est engagé dans une chaude lutte avec Québec solidaire et trois avec le Parti libéral du Québec.

Être ou ne pas être majoritaire. Peu importe ce que diront les sondages de la fin de semaine, le suspense durera jusqu’à lundi soir. En 2012, ceux qui avaient été publiés la veille et l’avant-veille de l’élection du 4 septembre n’avaient pas enregistré le tassement du vote péquiste dans les dernières heures de la campagne. Ils créditaient tous les deux le PQ de 36 % des intentions de vote, mais celui-ci n’avait finalement recueilli que 31,9 % des voix, si bien que Pauline Marois avait échappé sa majorité.

S’assurer d’un laps de temps suffisant entre les débats des chefs et le jour de l’élection peut contribuer à rattraper une contre-performance, mais cela peut aussi dissiper les effets d’une bonne prestation. Paul St-Pierre Plamondon avait agréablement surpris par son calme et sa modération, mais on a vu réapparaître au cours des derniers jours celui dont l’impatience et le ton vindicatif en avaient indisposé plusieurs.

Qu’ils soient justifiés ou non, ses emportements contre la monarchie, le fédéralisme, le gouvernement Carney ou les médias auraient pu attendre au lendemain de l’élection. Il était inutile de donner à ses adversaires un aussi bon grain à moudre.

La comparaison avec Donald Trump qu’a faite France-Élaine Duranceau est trop grossière pour être prise au sérieux. Ruba Ghazal a visé plus juste en disant que le chef du PQ lui rappelle « beaucoup, beaucoup » François Legault. L’ancien premier ministre constituait déjà un boulet pour sa successeure, pourquoi ne pas l’attacher aussi au pied de son principal adversaire ?

Sans surprise, l’épouvantail référendaire prend les bouchées doubles. La menace d’une fuite des capitaux est un classique. Christine Fréchette a déclaré que la simple perspective d’un référendum, sans parler de l’indépendance, aura des « impacts économiques colossaux », à commencer par la perte d’investissements fédéraux dans le secteur de la défense, qui totaliseraient des dizaines de milliards de dollars. On aurait cru entendre l’ancien premier ministre canadien Paul Martin, alors ministre des Finances, qui parlait d’une perte d’un million d’emplois en 1995.

Il est cependant possible que les chances de Montréal d’accueillir le siège social de la future Banque de la défense, de la sécurité et de la résilience (DSR) s’en trouvent diminuées. La stabilité politique est précisément un des principaux arguments que fait valoir Toronto.

Mark Carney lui-même a semblé y mettre du sien. Bien entendu, « ce sera le choix des Québécois », a-t-il dit, ajoutant toutefois que « le monde est dangereux et divisé et il y a plein d’incertitudes… Il faut avoir cet esprit de coopération ». Cette coopération serait à l’évidence plus difficile avec un gouvernement péquiste.

On peut être d’avis que l’appel lancé vendredi par les représentants du Québec inc., qui demandent à la classe politique de créer des conditions plus favorables à l’investissement, aurait été plus utile en début de campagne. À trois jours de l’élection, il n’en demeure pas moins remarquable que l’effet présumément négatif d’un retour au pouvoir du PQ, avec ou sans majorité parlementaire, n’ait pas été évoqué. Le p.-d.g. de Couche-Tard, Alain Bouchard, a même précisé que ce n’était pas une préoccupation.

Le PQ demande aux électeurs de faire « le choix de la confiance », confiance dans son chef et dans son équipe, mais aussi dans l’avenir du Québec et de son potentiel. Il serait peut-être plus juste de parler du choix de l’audace, la même audace que les Québécois ont eue en 1976 et en 1994, même s’ils n’ont pas osé franchir le dernier pas.

Paul St-Pierre Plamondon soutient aujourd’hui qu’un troisième « non » n’affaiblirait pas plus le rapport de force du Québec au sein de la fédération qu’il l’est présentement, mais il pourrait bien voir les choses différemment dans trois ans. Après tout, il fut un temps où il voyait l’indépendance comme un « trou noir ».

Soit, il est « soupe au lait » et, oui, l’élection d’un gouvernement péquiste majoritaire créerait de l’incertitude. Mais l’autre option est la certitude de poursuivre sur la voie du rapetissement, que ce soit celui de la place du français, de l’État québécois ou encore des deux.

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