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Friday, October 23, 2026

«Clayface»: casse-gueule

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Pour un Bruce Wayne né à Gotham avec une cuillère d’or dans la bouche, des dizaines de gamins ont grandi dans la misère des coins mal famés de la métropole corrompus par les Joker, Pingouin, Harley Quinn et autres ennemis de Batman. Mais Matt Hagen, lui, est parvenu à s’extirper de la misère. Grâce à sa gueule d’ange. En la perdant, il perd tout.

Coast City (une déclinaison de Hollywood), qui l’avait accueilli à bras ouverts, lui ferme ses portes après qu’un baron du crime l’a atrocement défiguré. Prêt à tout pour retrouver sa place devant les caméras, le jeune acteur se tourne vers un traitement expérimental qui lui rend son apparence. Mais le miracle n’en est pas un. Le cauchemar commence. Le désir de vengeance enfle. Matt Hagen devient Clayface, Gueule d’argile. Une gueule cassée qui est l’un des pires ennemis de Batman (ici, toutefois, aux abonnés absents).

Réalisé par James Watkins (Eden Lake, Speak No Evil), écrit par le spécialiste des adaptations des œuvres de Stephen King, Mike Flanagan (Jessie, The Life of Chuck), et Hossein Amini (Drive, la série McMafia), Clayface (Gueule d’argile en V.F.) n’est ni un film de superhéros ni complètement un film de supervilains. C’est un drame d’horreur et une tragédie humaine façon The Fly de David Cronenberg et Darkman de Sam Raimi. Avec moins de virtuosité derrière la caméra et le clavier.

De plus, sans jouer, en matière de contenu, dans le haut de gamme de The Substance de Coralie Fargeat et de Titane de Julia Ducournau, le gore et le body horror de choc sont ici à l’avant-plan. Mais si le discours sur le culte de la beauté — magistralement traité dans le premier et superbement déconstruit dans le second — s’amorce avec force dans la première partie du long métrage, il est toutefois abandonné au profit d’un récit de vengeance conventionnel. Dont même les plus endurcis risquent de regarder certains moments… les yeux fermés.

Gueule d’ange

Avec ses traits anguleux, son regard expressif d’un bleu d’innocence pouvant tourner au glaçant en une fraction de seconde, Tom Rhys Harries (The Gentlemen, la série Suspicion) est taillé (à la serpe) pour le rôle de Matt. Face à lui, Naomi Ackie (Blink Twice, Mickey 17) en pionnière des nanotechnologies est solide de bout en bout.

Le reste de la distribution, de Max Minghella en détective et fiancé presque éconduit à Eddie Marsan en gérant véreux et à Joshua James en meilleur (?) ami, est par contre d’une fadeur uniforme tant les personnages, sous-écrits, ne sont qu’utilitaires. La palme (beige) revenant à David Dencik en baron de la pègre : il a la consistance de la pâte à modeler. On attend plus du principal antagoniste.

Il y a là problème, oui. Et ce serait fatal si les véritables stars du film n’étaient pas aussi solides (dans leur mollesse). Ces stars, ce sont les effets spéciaux réalisés par les équipes de Nicole Stafford (conceptrice des maquillages), de Jonathan Barrass (superviseur des effets spéciaux) et du studio Legacy Effects. À renfort de prothèses et d’effets physiques, délaissant le numérique, ils se sont surpassés pour créer des chairs tailladées, des peaux qui se boursouflent, dégoulinent, se modèlent, se déforment. Et font réagir jusque dans la salle de cinéma.

À l’arrivée, force est de constater qu’en optant pour la voie de l’horreur, pour un personnage moins connu (après ces deux piliers que sont Superman et Supergirl), et pour un film autonome (pas la peine d’avoir consommé trois séries et douze longs métrages pour pleinement apprécier Clayface), l’univers DC accouche, sous l’égide de James Gunn, d’un projet casse-gueule où fleure — et c’est une rareté dans le monde du blockbuster — la liberté. Jamais a-t-on moins senti la patte (lourde) du studio. Pour ça, bravo.

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