Gérard Deltell se réjouit de la fin de l’héritage environnemental de Justin Trudeau
Le gouvernement majoritaire de Mark Carney n’a plus besoin de l’appui d’un parti d’opposition pour faire adopter ses lois, mais pourrait quand même recevoir des fleurs de l’opposition officielle pour son costaud projet de réforme d’approbation des projets.
« C’est sûr que sur le principe, on est d’accord », a confirmé le député conservateur Gérard Deltell peu avant de rencontrer ses collègues pour une première réunion du caucus à Ottawa depuis la rentrée parlementaire d’automne.
Aucun autre élu de l’opposition officielle ne s’est offusqué de voir le gouvernement déposer lundi une vaste réforme « visant à bâtir un Canada fort », qui promet de délivrer plus vite les autorisations fédérales pour les petits et grands chantiers. Les conservateurs estiment que cela aurait dû être fait il y a longtemps.
« C’est l’héritage de Justin Trudeau et du trois quarts des gens qui sont en face de nous autres que l’on essaye de réparer », analyse M. Deltell. L’élu de la région de Québec a lui-même déjà proposé un projet de réforme de l’évaluation d’impact conforme à l’idée d’une seule évaluation par projet, aujourd’hui une politique officielle du gouvernement. C-375 est mort au feuilleton en 2025 sans avoir été étudié.
« Ça fait dix ans qu’on le dit ! Pendant dix ans de temps, les libéraux ont tout fait pour arrêter le développement économique et des richesses naturelles. […] Les libéraux l’ont freiné, et là, aujourd’hui, ils se disent qu’il faut accélérer ça ! »
Contrairement au Bloc québécois et au Nouveau Parti démocratique (NPD), les élus conservateurs ont complètement évité de mentionner le projet de loi C-39 devant le Parlement mardi. Tout au plus, leur chef, Pierre Poilievre, a critiqué le fait que le projet de loi précédent sur les projets « d’intérêt national » n’a pas encore permis de lancer assez de chantiers à son goût.
Héritage intact ?
Ce qui est célébré par les conservateurs est plutôt complètement nié par le gouvernement libéral. La ministre de l’Environnement, Julie Dabrusin, a plutôt assuré mercredi que cet héritage « ne va pas disparaître », pas plus que les protections environnementales.
« Si on regarde ce qu’on a mis dans le projet de loi, il y a encore toutes les évaluations environnementales. Mais la manière dont on fait le processus a changé, pour le rendre plus rapide et plus centralisé, tout [en même temps]. C’est ce qui est important », a-t-elle affirmé aux questions du Devoir.
Si Julie Dabrusin était absente de l’annonce de lundi, effectuée par trois autres ministres, c’est parce qu’elle était avec sa famille pour la fête juive du Yom Kippour, a-t-elle tenu à préciser. Grâce à C-39, le pouvoir d’approuver ou non un permis fédéral se retrouverait entièrement entre ses mains, et non partagé avec d’autres ministères, comme c’est le cas en ce moment.
Le nouveau chef du NPD, Avi Lewis, également de confession juive, avait senti le besoin de se rendre au Parlement lundi soir, lui. Une première sortie publique en ce jour de fête religieuse en 36 ans de carrière, a-t-il précisé. Il avait dénoncé l’instrumentalisation « de la peur et de la désorientation entourant la guerre commerciale pour forcer une série de mesures impopulaires. »
La fin d’un régime
Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, voit aussi dans C-39 un régime de protection de l’environnement qui disparaît. Il s’est fait accuser d’exagérer lorsqu’il a demandé en Chambre, mardi : « Est-ce que le gouvernement réalise que le cadre pour protéger les citoyens du Québec et du Canada, qui a pris tant d’années à développer, sera détruit en 24 heures ? »
Le gouvernement précédent de Justin Trudeau avait conduit sa propre réforme en adoptant une loi fédérale sur les évaluations environnementales (C-69). Ce cadre environnemental renforcé promettait lui aussi d’améliorer la certitude des grands projets. Il est désormais mis à mal par C-39, selon Équiterre. Son directeur des relations gouvernementales, Marc-André Viau, a affirmé au Devoir que le texte « va plus loin que tout ce qui a été proposé par l’ancien gouvernement conservateur de Stephen Harper ».
C-39 comprend aussi une section sur un tout autre sujet, soit l’intervention du fédéral dans les conflits de travail. L’idée a été dénoncée par les syndicats, mais aucun élu conservateur n’a encore abordé cet aspect, deux jours après le dévoilement du texte.
Le député conservateur Gérard Deltell a d’ailleurs précisé mercredi qu’il doit encore étudier en détail le projet de loi omnibus de quelque 240 pages avant de dire s’il compte l’appuyer. « Le diable est dans les détails », a-t-il conclu. Depuis le printemps 2026, le gouvernement libéral dispose de plus d’élus à la Chambre des communes que tous les autres formations politiques réunies, ce qui lui assure du pouvoir d’adopter tous ses projets de loi.
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