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Wednesday, November 4, 2026

«Zéro faim en Afrique»: l’Union africaine veut sortir du cycle de l’urgence

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Gouvernements, bailleurs et humanitaires se sont réunis mardi 3 novembre à Addis-Abeba, à l’initiative de l’Union africaine et de la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Leur ambition : développer des solutions durables contre la faim. Entre investissements agricoles et initiatives locales, comment dépasser les interventions d’urgence ?

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« On ne mange pas des politiques. » La formule de Moses Vilakati résume le défi. Pour le commissaire de l’Union africaine chargé de l’agriculture, les cadres et les engagements existent. Leur mise en œuvre demeure le principal problème.

L’urgence est massive : environ 309 millions de personnes souffraient de sous-alimentation en Afrique en 2025, selon le chiffre présenté par la FAO lors de la rencontre. Comment donner aux familles les moyens de se nourrir durablement, au-delà de la prochaine distribution alimentaire ?

Pour Moses Vilakati, une première transformation s’impose : réduire la dépendance aux pluies. « Nous dépendons encore principalement d’une agriculture alimentée par les pluies, et ce n’est pas durable », explique-t-il à RFI. « Les pluies peuvent arriver en retard, ne pas venir, ou provoquer des inondations. Cela affecte les rendements et la production. »

Trouver l’argent avant la prochaine crise

En première ligne, les petits producteurs, dont le commissaire souligne le rôle central dans l’agriculture africaine. Irrigation, équipements, semences adaptées et engrais correspondant aux sols : les besoins dépassent largement la distribution ponctuelle de nourriture.

Mais les moyens suivent-ils ? Moses Vilakati constate un recul du soutien extérieur. « Aujourd’hui, il n’y a plus de bailleurs, parce qu’ils sont tous confrontés à de graves problèmes », lance-t-il, avant de préciser : « Leur soutien à l’Afrique diminue. »

Il appelle les gouvernements à chercher d’autres ressources : « Les pays africains doivent désormais regarder chez eux et se demander : où pouvons-nous trouver les financements ? » Il évoque les fonds de pension, les diasporas et les philanthropes, tout en insistant sur la nécessité de présenter des projets susceptibles d’être financés.

Ahmed Idris, secrétaire général de la Croix-Rouge kényane, pointe un déséquilibre dans l’utilisation des ressources : trop de moyens consacrés à l’urgence, pas assez à la prévention. « Nous consacrons beaucoup de ressources aux interventions d’urgence, et nous oublions de donner aux communautés les moyens d’éviter de retomber dans l’insécurité alimentaire. »

Les budgets nationaux sont eux aussi sous pression. Selon lui, les dépenses de secours et de reconstruction réduisent les ressources disponibles pour le développement, alors que les catastrophes se multiplient. « Le nombre de catastrophes, leur fréquence et leur ampleur augmentent », souligne-t-il.

À écouter aussiDes pistes pour financer et repenser l'agriculture en Afrique de l'Ouest

Au Kenya, du riz là où les crues détruisaient les récoltes

Dans le comté kényan de Taita Taveta, au sud-est de Nairobi, Ahmed Idris raconte une expérience partie d’une proposition des habitants. Les débordements réguliers d’une rivière détruisaient leur maïs et leurs haricots. Pourquoi ne pas essayer une culture adaptée aux terrains plus humides ? « Puisque cette rivière déborde régulièrement, pourquoi ne pas nous aider à cultiver du riz ? », ont demandé les habitants, rapporte le responsable humanitaire.

La Croix-Rouge les a mis en relation avec un partenaire qui a financé leur formation et les fournitures agricoles. Les autorités du comté ont ensuite apporté un équipement pour décortiquer le riz. Les familles peuvent ainsi le consommer et le vendre pour couvrir d’autres besoins.

« L’investissement total dans ce projet n’a pas dépassé trois millions de dollars sur cinq ans. Mais aujourd’hui, nous n’avons plus besoin de retourner dans cette communauté pour distribuer de l’aide alimentaire », assure Ahmed Idris. « Chaque année, nous dépensons bien davantage que trois millions de dollars en aide alimentaire d’urgence », ajoute-t-il, sans préciser le périmètre géographique de cette comparaison.

Son plaidoyer : continuer à secourir les familles pendant les crises, tout en investissant dans les moyens de réduire durablement leur dépendance aux distributions. « Pour chaque dollar prévu pour l’aide d’urgence, nous devrions travailler avec nos partenaires à investir plusieurs dollars supplémentaires dans une solution durable à leurs besoins. »

Stabiliser le nombre de personnes sous-alimentées serait déjà un progrès

À Addis-Abeba, le mouvement Croix-Rouge et Croissant-Rouge travaille avec les gouvernements participants pour identifier d’autres projets à financer. Leur reproduction suppose des ressources, mais aussi une continuité de l’action publique.

Moses Vilakati cite l’Éthiopie pour souligner l’importance de faire travailler ensemble les ministères de l’agriculture, des finances, des terres et de l’eau.

« Nous souhaitons que ce chiffre de 300 millions diminue. » Mais la pression démographique rend cette baisse incertaine, explique le commissaire. Dans cette logique, maintenir ce nombre stable serait déjà une réussite.

À écouter aussiSomalie: plus de cinq millions de personnes souffriront de la faim dans les prochains mois

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