Pluie, froid, vent : jusqu’où la météo influence-t-elle nos déplacements à vélo ?

Selon une enquête fédérale sur la mobilité en Belgique publiée en 2025 par le SPF Mobilité et Transports, le vélo représente 8% des déplacements en hiver contre 13% en été, soit une part environ 38% plus faible pendant la saison froide.
En revanche, la voiture et les autres véhicules motorisés individuels restent largement dominants tout au long de l’année avec une part qui passe de 59% en été à 62% en hiver.
Ces chiffres montrent une variation saisonnière assez nette pour le vélo, mais ils ne permettent pas d’attribuer cette différence uniquement aux conditions météorologiques. La durée du jour, les vacances et les habitudes de déplacement peuvent également jouer un rôle.
La pluie serait-elle plus décourageante que le froid ?
Une enquête menée par Pro Velo auprès de nouveaux cyclistes bruxellois apporte un éclairage intéressant. Lorsqu’il pleut, environ 10% des personnes interrogées déclarent abandonner complètement le vélo et près de 40% l’utiliser moins fréquemment, les autres continuent donc à rouler malgré les précipitations.
La pluie semble ainsi constituer un obstacle plus important que le froid pour les cyclistes interrogés. Il faut toutefois préciser que cette enquête porte sur un groupe particulier de nouveaux cyclistes et non sur l’ensemble des utilisateurs du vélo en Belgique.
En Flandre, le vélo reste un moyen de transport quotidien
En traversant simplement la frontière linguistique on découvre des habitudes de déplacement différentes. Selon l’enquête OVG 7 (Département Mobilité et Travaux publics du gouvernement flamand), réalisée en 2023-2024 auprès de près de 24.000 personnes, 18,5% des déplacements en Flandre sont effectués à vélo. Pour les trajets domicile travail cette proportion atteint 22,1%.
La Flandre bénéficie d’un relief relativement favorable dans une grande partie de son territoire, mais elle dispose également d’une culture du vélo bien ancrée et de réseaux cyclables qui permettent de rejoindre les écoles, les commerces ou les lieux de travail.
Le climat n’y est pourtant pas fondamentalement différent de celui que connaissent les cyclistes wallons, la pluie, le vent et les températures hivernales font également partie du quotidien.
Aux Pays-Bas, plus d’un déplacement sur quatre se fait à vélo
La comparaison devient encore plus intéressante lorsqu’on regarde les Pays-Bas. Selon l’office national des statistiques néerlandais, le vélo représentait 27% de l’ensemble des déplacements en 2023. Les Néerlandais âgés de six ans et plus parcouraient en moyenne 1065 kilomètres à vélo par an.
Ces chiffres ne signifient pas que les cyclistes néerlandais sont insensibles à la météo, une étude menée auprès de 945 habitants de la région de Rotterdam a constaté que la pluie et le vent réduisaient la fréquence des déplacements à vélo, tandis que les températures plus douces favorisaient la pratique jusqu’à un certain seuil.
Une autre recherche néerlandaise montre également que les déplacements à vélo pour les loisirs sont davantage influencés par la météo que les trajets utilitaires, notamment ceux effectués pour aller travailler. Un cycliste peut donc renoncer à sa promenade du dimanche lorsqu’il pleut mais continuer à utiliser son vélo le lundi matin pour rejoindre son lieu de travail.
Aux Pays-Bas, l’entretien hivernal des infrastructures tient également compte des déplacements à vélo. Selon des données publiées par l’office national des statistiques, 40% des voies où la circulation cycliste est autorisée étaient signalées comme faisant l’objet d’un salage en cas de verglas en 2022. Ce chiffre ne signifie pas que 40% des pistes cyclables séparées sont systématiquement salées mais il montre que la circulation cycliste est intégrée à l’organisation des déplacements en hiver.
Et dans le sud de l’Europe, le soleil fait-il davantage pédaler ?
On pourrait penser qu’un climat plus doux encourage automatiquement l’utilisation du vélo. Pourtant, dans certaines régions du sud de l’Europe, les fortes chaleurs peuvent produire l’effet inverse.
Une étude scientifique consacrée à Bologne, en Italie, et publiée chez Springer Nature a observé que les déplacements à vélo étaient favorisés par des températures proches de 20 °C. En revanche, la pratique commençait à diminuer lorsque les températures atteignaient environ 27 °C ou davantage pendant l’été.
Le phénomène ne se limite pas à l’Italie. Une étude internationale publiée en 2021 dans le Journal of Transport Geography a analysé les systèmes de vélos partagés de 40 villes réparties dans 16 pays et cinq zones climatiques. Dans la majorité des villes étudiées, l’utilisation augmentait avec la température jusqu’à environ 27 à 28 °C avant de diminuer au-delà.
Ces observations concernent notamment les vélos en libre-service et ne peuvent pas être automatiquement généralisées à tous les cyclistes. Elles montrent néanmoins que la chaleur peut elle aussi devenir un frein aux déplacements à vélo.
Dans le sud de la France, l’enquête mobilité Côte d’Azur – Est Var – Monaco réalisée entre septembre 2022 et mars 2023 révèle également une utilisation minoritaire du vélo dans les Alpes-Maritimes, malgré un climat généralement plus doux que celui de la Belgique.
Le beau temps ne suffit donc pas à expliquer le développement du vélo. Les infrastructures, les distances à parcourir, le relief et les habitudes de mobilité entrent également en ligne de compte.
La météo influence-t-elle vraiment notre choix de transport ?
Une étude allemande publiée en 2023 et portant sur plus de 500.000 déplacements apporte un dernier éclairage. Les chercheurs ont constaté que la météo influençait relativement peu le choix du moyen de transport dans son ensemble, à l’exception du vélo qui se révèle nettement plus sensible aux conditions météorologiques. L’effet est également moins marqué dans les grandes métropoles que dans les territoires périphériques et ruraux.
La météo joue donc un rôle réel dans nos déplacements mais les comparaisons entre pays montrent qu’elle ne peut pas tout expliquer. La Flandre et les Pays-Bas affichent une pratique importante du vélo malgré un climat humide et des hivers parfois rigoureux, tandis que certaines régions plus ensoleillées du sud de l’Europe n’enregistrent pas nécessairement une utilisation plus élevée.
Ces différences rappellent que la qualité des infrastructures, le sentiment de sécurité, les distances et les habitudes de déplacement comptent autant dans le choix de prendre son vélo.
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