Scandale au Chili après la remise en liberté de dizaines de détenus pédophiles en raison d'un imbroglio juridique

Au Chili, le gouvernement du président José Antonio Kast est pris dans la tourmente après avoir autorisé, sans passer préalablement par les tribunaux, des réductions de peine pour bonne conduite à des pédophiles condamnés. 56 prisonniers pour abus sexuels ou viols sur mineurs ont ainsi bénéficié de la mesure et la majorité a été remise en liberté de l’aveu même du ministre de la Justice. L’affaire fait scandale dans le pays, mais elle a surtout déclenché un intense débat juridique ces derniers jours.
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Avec notre correspondante à Santiago, Naïla Derroisné
Pour comprendre cet imbroglio juridique, il faut remonter à 2022. Cette année-là, une loi est approuvée au Chili et elle vient exclure les pédophiles condamnés du bénéfice de la remise de peine. Mais depuis, des prisonniers ont quand même continué de présenter des demandes au motif que leur condamnation avait été prononcée avant l’entrée en vigueur de la loi.
Sous les deux gouvernements précédents, ces demandes étaient refusées. Les condamnés présentaient alors des recours devant les tribunaux qui devaient trancher, et dans plusieurs cas, la justice s’est prononcée en faveur de la réduction de peine de prisonniers condamnés avant 2022.
C’est là-dessus que se base l’actuel ministre de la Justice, Fernando Rabat Celis, pour justifier les 56 réductions de peine qu’il a autorisées sans passer par la case justice. Il invoque également un principe de constitutionnalité : « On ne peut pas appliquer de façon rétroactive une loi en défaveur d’un condamné. Le doute profite à l’accusé », estime Fernando Rabat Celis.
Mais de nombreux spécialistes du droit réfutent cette supposée jurisprudence sur laquelle se repose le ministre de la Justice. Ils soutiennent aussi que le ministère public chilien avait tout à fait la possibilité de rejeter ces 56 demandes, et dans ces cas-là, d’aller défendre sa position devant les tribunaux comme l’ont fait en leur temps les administrations de Sebastian Pinera et de Gabriel Boric. Aujourd’hui, face à l'indignation générale, le gouvernement a suspendu le traitement des dossiers de remises de peine et a annoncé des réformes législatives urgentes.
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