« J’appellerais bien papa pour un conseil, mais je ne peux plus » : Océane et Raphaël racontent leur reconstruction après l’assassinat de leur père Ralph Duveau à Eupen


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Le 15 octobre 2021, Ralph Duveau, originaire de Welkenraedt, et Vincent Schumacher perdaient tragiquement la vie dans une attaque au couteau au café « A Ge Pömpke », à Eupen. Cinq autres personnes étaient blessées. Ralph, un Welkenraedtois qui allait avoir 54 ans, s’était interposé pour protéger sa compagne, qui travaillait au bar.
« Si on avait besoin de lui, il était toujours là pour aider avec le sourire », témoignait alors son frère Patrick. Près de cinq ans plus tard, Raphaël et Océane, deux de ses trois enfants, racontent leur vie sans leur papa et rendent hommage à celui qui leur manque toujours.
« Il ne passe pas un jour sans que je ne pense à lui », déclare Raphaël, qui vivait avec son papa lorsqu’il est décédé. Leur lien reste présent dans les gestes et les pensées de son quotidien. « On avait beaucoup de choses en commun. Je suis quelqu’un qui lui ressemble beaucoup », confie-t-il. Au-delà de cette ressemblance, il évoque leur complicité : « On pensait de la même manière, on vivait de la même manière. Je vis toujours de la même manière. » Continuer à avancer, c’est aussi garder avec lui cette façon d’aborder la vie qu’ils partageaient.
Raphaël vivait avec son père
Quand Ralph est décédé, Raphaël avait 22 ans. À la douleur s’est ajouté le bouleversement du quotidien. « Je redémarrais à zéro. J’ai dû retrouver un appartement, recommencer de rien », se souvient-il. Il a alors cherché à reconstruire sa vie. « J’ai essayé de chercher des bases correctes et saines, et puis d’avancer du mieux que je pouvais. » Cinq ans après, il poursuit son chemin, dans sa vie privée et professionnelle. Son entourage l’a énormément aidé dans ce processus. « J’ai eu de la chance d’avoir de très bonnes personnes à mes côtés », souligne-t-il.
Lorsqu’il parle de football, sa voix se charge d’émotion. « C’était notre sport. Il venait voir tous les matchs. Mon père m’accompagnait également à l’entraînement. À ce moment-là, je n’avais pas encore le permis. » Derrière cette passion commune, il y avait la présence d’un papa, les plaisirs des dimanches et celui de partager. Sur le terrain, Ralph reste toujours auprès de Raphaël. « Mon numéro, c’est le 67. C’est pour lui que je le porte. »
Si certains éprouvent encore de la rancœur ou de la colère 5 ans plus tard, ce n’est pas le cas pour le fils de Ralph. « Cela n’a duré que deux semaines. Je savais qu’il ne reviendrait pas et qu’il fallait que j’avance. Je ne retiens que les bons souvenirs. Ma relation avec lui était incroyable. »
L’humour comme échappatoire
De cette proximité, il garde une fierté immense et une certitude. « Je n’éprouve aucun regret. J’ai eu la chance d’avoir tout vécu à ses côtés. » Son absence reste douloureuse, mais les souvenirs heureux ont aussi leur place.
Pour Océane aussi, l’absence de son père se vit au quotidien. « Se reconstruire, c’est compliqué. Mais on n’a pas vraiment le choix », confie-t-elle. Se rendre sur sa tombe reste difficile. Le souvenir de son papa, lui, ne la quitte jamais : « Il n’y a pas un jour qui passe sans qu’on y repense. »
Avec Raphaël, elle entretient cette mémoire à travers les conversations et les plaisanteries. « On a un peu hérité de l’humour de notre papa. Ça nous permet de penser à lui chaque jour. » Une démarche, un geste suffisent pour le retrouver.
Même après son départ du domicile familial, Océane voyait son père très souvent. « Mon papa venait tous les deux jours à la maison. Il m’aidait pour les courses et on parlait par message chaque jour. » Cette présence laisse un grand vide. « Il y a des moments où je me dis : « J’appellerais bien papa pour un conseil », mais je ne peux plus. »
« Il y a des moments où je me dis : « J’appellerais bien papa pour un conseil », mais je ne peux plus »
L’annonce de sa mort reste gravée dans sa mémoire. « C’est Raphaël qui me l’a annoncé par téléphone. Je crois qu’il a dû me répéter une dizaine de fois avant que mon cerveau comprenne que papa était mort. » Elle pensait d’abord à une blague. Puis elle a entendu les pleurs de son frère. « Mon cerveau ne voulait pas accepter l’information. »
Plus unis que jamais
Il y a 3 ans, Océane assistait à toute la semaine du procès. « Pour moi, à tout moment, mon père allait passer la porte et revenir nous voir. » Voir les images présentées à l’audience a rendu sa disparition réelle, dans une émotion brutale. Cinq ans après, la colère demeure, mais elle ne veut pas consacrer sa vie à celui qui lui a pris son père. « Je lui en veux toujours, mais je ne lui souhaite pas la mort. Ça ne me ramènera quand même pas mon papa. »
5 ans après le décès de leur père, la tristesse et la colère se sont estompées. Océane et Raphaël préfèrent se remémorer les bons souvenirs, quelque chose qui les unit. « Quand on est plus jeune, les relations entre frère et sœur sont parfois difficiles, mais on a toujours été très complices avec Raphaël. On s’est encore plus rapproché depuis que papa est parti », confie-t-elle.
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