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Wednesday, September 16, 2026

Amnesty international accuse les autorités iraniennes de "crimes contre l’humanité"

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Les images qui arrivent d’Iran montrent ces jours-ci des frappes sur des sites critiques. Ou des rues de Téhéran où davantage de femmes circulent non voilées. Ces images donnent l’impression que le pays est centré sur sa menace extérieure, la guerre avec les Etats-Unis, mais que la situation s’est détendue sur la scène intérieure, avec un peu plus de liberté.

Cette détente est limitée, dit aujourd’hui un rapport d’Amnesty, qui affirme que la répression des dissidents ne s’est pas relâchée en Iran depuis la mort de Mahsa Amini, au contraire. Son rapport, publié en cette date anniversaire du décès de la jeune femme, détaille la manière dont avait fonctionné l’appareil répressif iranien au lendemain de ce décès.

Une veillée organisée pour Mahsa Amini en septembre 2022. © AFP

Ce rapport, exceptionnellement long, ramène quatre ans en arrière. Sur 1100 pages, il décortique les événements déclenchés par la mort de Mahsa Amini, entre septembre et décembre 2022.

Pour cela, l’ONG a mené 270 interviews : celles de manifestants et d’anciens détenus, des témoins de premier plan, celles de proches, d’avocats, de soignants, de journalistes, de militants des droits humains. Amnesty a aussi visionné et authentifié 456 vidéos de ces manifestations du mouvement "Femme, vie, liberté" et consulté d’autres sources : des déclarations médiatiques des autorités, des documents officiels qui ont "fuité", des jugements des tribunaux, des rapports d’autopsies.

L’ONG en tire la description d’une répression "atroce" et "organisée". D’où, le titre de ce rapport : "Architectes d’atrocités. L’appareil d’État orchestre des crimes contre l’humanité lors du soulèvement Femme, Vie, Liberté de 2022 en Iran".

La photo de cette jeune fille sur un toit de voiture, face à la foule, les mains en poing levé et "V" de victoire, était devenue l’image de ce soulèvement "Femme Vie Liberté". © – Auteur anonyme – Twitter

Détails d’une répression

Le rapport retrace l’origine de la révolte de 2022. Et il décrit comment les forces de sécurité iraniennes ont tiré sur la foule lors de manifestations de 2022. Des tirs depuis des toits, des motos ou des voitures en rue, puis des tirs à bout portant sur des blessés non armés et ou sur ceux qui venaient les secourir.

Cet empêchement à porter secours aussi a fait des victimes. Matin Hashemi, qui a manifesté à Javanroud, a raconté à Amnesty avoir saigné longtemps avant d’être pris en charge : "Je me souviens juste avoir entendu une détonation énorme juste à côté de mon oreille, comme si elle allait exploser. J’ai été touché par deux balles et je suis tombé. Puis ils m’ont emmené dans une maison. Six heures plus tard, je suis arrivé à l’hôpital. J’avais une hémorragie interne depuis six heures."

Des motards font irruption dans une manifestation à Téhéran le 19 septembre 2022. Ici, ils sont armés de matraques. © AFP

Yahya Sarkhani, manifestant à Mahabad parle, lui, de l’usage de mitrailleuses contre une foule pleine d’adolescents et sans armes.

Amnesty dit avoir réuni les preuves de 377 décès de manifestants et de passants fin 2022, dont 56 mineurs. Elle publie leurs noms et leurs photos aujourd’hui. Ils sont morts en rue, en cellule ou à la suite de leur emprisonnement. Les conditions de détention lors de ce soulèvement expliquent une partie de ces décès. L’ONG a réuni des témoignages de refus de soins, de tortures et de viols, parfois collectifs. Elle qualifie les faits de "crimes contre l’humanité". "On parle de meurtres de civils, de viols, de torture, de persécutions y compris de familles qui cherchaient un proche disparu. On a répertorié un nombre incalculable de crimes contre l’humanité", commente Karine Thibault, directrice d’Amnesty international en Belgique francophone.

Ce bilan des décès est probablement sous-évalué, dit encore le rapport. Il s’agit des victimes dont Amnesty a pu établir le nom et dont elle a pu lier la mort à la répression. Les noms de quelque 150 personnes supplémentaires sont parvenus à l’ONG, mais elle dit n’avoir pas réuni assez de preuves pour vérifier les faits.

Amnesty international publie les visages et les noms de 377 personnes tuées, victimes de la répression de ces quatre dernières années en Iran. © Amnesty international

Qui commande la répression ?

Qui a décidé et mené cette répression ? C’est l’autre objet de ce rapport : identifier les responsables de ces tirs et ces persécutions.

L’ONG a reconstitué les chaînes de commandement. Et de la même manière qu’elle a listé les victimes, elle nomme des responsables, 87 personnes. Elle en conclut qu’à la lumière des rapports officiels, des documents "fuités", des témoignages, il ne s’agit pas d’actes désordonnés mais bien d’une répression orchestrée. "C’est une architecture de l’atrocité, qui protège tout le système et qui vise vraiment à écraser toute dissidence" affirme Karine Thibault, directrice d’Amnesty international en Belgique francophone. "Tout l’appareil de sécurité iranien a en fait commis des crimes contre l’humanité et il est soutenu par l’appareil judiciaire et l’appareil politique", déclare-t-elle encore.

Karine Thibault parle au présent, parce que le rapport constate que les gradés de l’époque n’ont non seulement pas été sanctionnés pour ces morts des manifestations mais ont même, pour beaucoup, été promus.

"On peut citer de nombreux exemples qui montrent que ces commandants ont été affectés à d’autres postes essentiels au fonctionnement de la machine meurtrière de la répression. Alors, même si les crimes contre l’humanité documentés dans ce rapport remontent à 2022, la chaîne de commandement et la structure de l’appareil sécuritaire que nous avons détaillées sont toujours d’actualité" dit Raha Bahreini, chercheuse d’Amnesty International sur l’Iran.

Et d’autres civils en ont, depuis, fait les frais. Les 8 et 9 janvier derniers en Iran, une nouvelle révolte avait émergé et avait été étouffée plus largement encore. Cette répression avait causé la mort cette fois de milliers de personnes. Amnesty international conclut que, vu l’impunité qu’elle constate à l’intérieur du pays, il faut une réaction internationale pour poursuivre les responsables de 2022, mais aussi pour la sécurité des dissidents actuels.

En Iran, le leader suprême Ali Khamenei est mort aujourd’hui, mais le régime répressif des Mollah est toujours là. © AFP

Saisir la justice

Amnesty conclut son rapport sur une demande : que la justice internationale se saisisse de ces faits puisqu’ils ne font pas l’objet de condamnations en Iran. "Nous demandons que le Conseil de sécurité de l’ONU saisisse la Cour pénale internationale pour poursuivre ces 'crimes contre l’humanité'", dit Karine Thibault, directrice d’Amnesty international pour la Belgique francophone, ou, si ce n’est pas possible "qu’un mécanisme international de justice pénale soit mis en place par l’Assemblée générale des Nations unies".

L’ONG suggère aussi que la justice d’un État en particulier s’en empare, au nom de la "compétence universelle", et ouvre une enquête sur ces faits et ces 87 responsables de l’appareil sécuritaire iranien.

Malgré les images d’une relative détente dans les rues de Téhéran, aujourd’hui la guerre accentue encore la pression sur les habitants. Toute critique peut être vue comme une dissidence et un soutien à l’ennemi. La guerre peut encore intensifier la répression.

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