Taxer les milliardaires : la Californie peut-elle changer la donne mondiale ?

Cette nuit, les élections de mi-mandat ont aussi été, pour des millions d’électeurs américains, l’occasion de se prononcer sur 140 référendums d’initiative populaire à travers le pays. En Californie, l’un d’eux a particulièrement retenu l’attention : la Proposition 40, qui prévoit une taxe exceptionnelle de 5% sur la fortune des milliardaires de l’État.
Parmi les personnes visées : Mark Zuckerberg, Kim Kardashian ou encore Beyoncé, tous domiciliés en Californie et détenteurs d’un patrimoine supérieur à un milliard de dollars. Patrons de la tech, chefs d’entreprise et célébrités, au total entre 200 et 250 personnes, qui représentent ensemble une fortune estimée à 2000 milliards de dollars.
Un État aussi riche qu’inégalitaire
Le choix de la Californie comme terrain d’expérimentation de la mesure n’est pas anodin. Berceau de la tech et d’Hollywood, cet État a vu certaines fortunes s’envoler, mais il est aussi celui qui compte le plus grand nombre de personnes en situation de pauvreté aux États-Unis : plus de 4,5 millions. À cela s’ajoute une menace budgétaire de taille. Car la grande loi budgétaire de Donald Trump pourrait faire perdre à la Californie jusqu’à 100 milliards de dollars sur cinq ans, mettant en péril son système de soins de santé.
C’est précisément dans ce contexte que la Proposition 40 a été conçue. Derrière elle, un grand syndicat de la santé et deux économistes français enseignant à l’université de Berkeley : Gabriel Zucman et Emmanuel Saez. Leur constat de départ : la fortune des ultra-riches explose, mais n’est presque pas taxée.
Une bataille financière très inégale
Le mécanisme prévu était simple dans son principe : un prélèvement unique de 5%, payable sur cinq ans et rétroactif. La recette attendue s’élevait à 100 milliards de dollars, dont l’essentiel aurait été consacré à la santé, une partie à l’éducation et aux banques alimentaires. L’objectif affiché était de compenser ce que la Californie risque de perdre sous l’effet des coupes fédérales.
Les opposants, eux, ont dénoncé une "saisie d’actifs", agitant la crainte d’une fuite des milliardaires hors de Californie et d’une base fiscale réduite. Ils ont également mis en avant la question de la pérennité : deux tiers des électeurs estimaient que la taxe serait prolongée au-delà de son cadre initial.
Mais tous les milliardaires n’étaient pas contre. Jensen Huang, le patron de Nvidia, qui aurait dû s’acquitter d’environ 8 milliards de dollars sur cinq ans, a qualifié cette perspective de "privilège" sur la télévision américaine CBS. Pour ses promoteurs, la Proposition 40 représentait un baromètre, le signe possible d’un tournant face au capitalisme débridé.
Le camp du "non" s’est mobilisé à coups de millions : entre 200 et 300 millions de dollars ont été investis contre la proposition, contre seulement 32 millions pour le camp du "oui". Un déséquilibre financier considérable, qui a pesé dans le débat public.
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