La fragile crédibilité du Parti conservateur du Québec

Durant la campagne électorale de 2022, alors que la pandémie de COVID-19 n’était pas encore terminée, tout journaliste qui suivait la caravane électorale du Parti conservateur du Québec (PCQ) se faisait invectiver par des sympathisants antisystème et antimédias.
Aujourd’hui, les militants conservateurs souhaitent, au contraire, la présence des médias pour légitimer leurs revendications. Il faut cligner des yeux pour s’assurer qu’on ne rêve pas.
Les supporteurs ont changé. Ceux qui se déplacent dans ses rassemblements ne sont visiblement pas les contestataires d’il y a quatre ans. La base électorale antisystème demeure, mais elle s’est élargie pour accueillir des citoyens déçus
de la Coalition avenir Québec.
Il faut dire qu’Éric Duhaime a donné l’exemple en adoucissant son ton, dans le but de se faire prendre plus au sérieux comme chef politique. Il assure même vouloir institutionnaliser
son parti, si les Québécois élisent des députés conservateurs au Parlement.
Malgré des candidats au passé trouble et le cadre financier le plus coûteux de tous les partis politiques, le chef conservateur est parvenu à gagner en crédibilité aux yeux des électeurs.
Toutefois, cette crédibilité demeure très fragile et il en est parfaitement conscient.
La résonance politique comme point fort
Enfin, quelqu’un qui parle notre langage!
, s'exclame un partisan rencontré sur la Rive-Sud de Québec. Voilà ce qui explique en grande partie la progression du Parti conservateur du Québec : la capacité de son chef à bien s’exprimer et à convaincre.
Grâce à ce talent qu’il a développé comme animateur de radio, Éric Duhaime trouve les bons mots pour engager le dialogue avec les électeurs désabusés. Il canalise leur frustration en rejetant le modèle du politicien traditionnel et en récusant l’élite politique.
L’intention de réduire la bureaucratie et de rendre l'État plus efficace n’est pas nouvelle au Québec. D’autres partis politiques l’ont déjà tenté auparavant, mais le chef conservateur est parvenu à se l’approprier et à accuser ses adversaires d'avoir plagié son programme.
Même sa promesse de baisses d’impôts historiques
ne semble pas choquer ses sympathisants, alors que cet engagement coûterait 30 milliards de dollars à lui seul. Pourtant, ce sont ces mêmes électeurs qui réclament une rigueur budgétaire stricte de leurs élus.
Le discours d’Éric Duhaime, qui se veut accessible et ancré dans le quotidien concret de la classe moyenne, attire les foules dans la grande région de Québec. Les automobilistes sont nombreux à klaxonner sur son passage en signe d’encouragement. Il multiplie les égoportraits et les poignées de main.
Ses rassemblements politiques sont aussi survoltés qu’en 2022, mais cette fois, ce n’est pas parce que les sympathisants sont hostiles au gouvernement. Ils sont plutôt électrisés par ses paroles.
Une stratégie antidérapage durable?
Tout au long de la campagne électorale, cet atout communicationnel a bien servi Éric Duhaime quand l’un de ses candidats se retrouvait au centre d’une polémique. Il parvenait habilement à réorienter les mêlées de presse. Et plutôt que d’exprimer un malaise, il balayait les critiques du revers de la main et recentrait l’attention sur ses opposants.
Pour éviter que ses adversaires l’accusent de cacher
ses candidats gênants, Éric Duhaime a pris le risque de les laisser mener les points de presse. Même ceux jugés à haut risque de dérapage
, pour avoir déjà tenu des propos controversés, présentaient eux-mêmes les engagements de la formation. Cependant, le chef restait bien en vue, prêt à réagir pour racheter le moindre faux pas.
Cette stratégie antidérapage
peut bien fonctionner dans une campagne électorale de 39 jours, mais c’est une tout autre histoire au Parlement, où la joute médiatique et politique dure toute l’année.
En privé, des proches du chef conservateur se montrent lucides quant aux difficultés communicationnelles que peut représenter le profil de certains candidats s’ils sont élus à l’Assemblée nationale.
Quelques-uns ont tenu des propos antiavortement, anticonformistes, antivaccins et pro-Trump, ou ont rejeté le féminisme moderne pour prôner des valeurs traditionnelles et religieuses. Au moins deux d’entre eux ont même été qualifiés d’intimidateurs par les autres partis politiques.
À cause d’un risque de récidive ou de débordement de leur part, ils éclipsent les autres candidats plus modérés, notamment des professionnels, des gestionnaires ou des entrepreneurs qui se présentent aussi pour le Parti conservateur du Québec.
La campagne constituait donc un premier test pour les candidats polarisants, l’occasion de démontrer leur capacité à fonctionner dans un modèle établi. S’ils sont élus, le chef et son équipe ont déjà prévu de les faire entrer dans un certain moule.
Une vulnérabilité à protéger
C’est pourquoi Éric Duhaime promet un rôle très important
à la députée sortante Maïté Blanchette-Vézina, si elle est réélue. Son expérience parlementaire ferait d’elle une mentore pour ses potentiels nouveaux collègues.
Elle pourrait les accompagner dans la découverte d’un système parlementaire imparfait, mais qui peut leur donner l’occasion de faire cheminer certaines de leurs positions.
Éric Duhaime et son entourage n’ont aucune intention de défier le système parlementaire si les Québécois donnent l’occasion au Parti conservateur du Québec d’être reconnu à l’Assemblée nationale.
Ils veulent que leurs idées de droite progressent dans le cadre établi. C’est la seule ligne de parti qu’ils comptent imposer, pour l’instant.
En quête de légitimité depuis plusieurs années, le chef conservateur ne veut pas perdre la fragile crédibilité qu’il a durement gagnée dans cette campagne électorale.
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