Changement d’heure : plus de sommeil, moins de commerce régional?

Signe de l'hiver qui cogne à la porte, un grand nombre de Canadiens devront reculer l’aiguille de leur montre pour revenir à l’heure normale dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, à 2 h. Pour plusieurs, les frayeurs de l’Halloween ne font pas le poids face au retour de l’obscurité en plein après-midi. Mais au-delà de l’impopularité de la mesure, de quoi aura l’air le paysage des fuseaux horaires dans le pays à partir du 1er novembre?
Au cours des derniers mois, la Colombie-Britannique, l’Alberta, le Manitoba et les Territoires du Nord-Ouest ont légiféré en faveur de l’abolition du changement d’heure.
Le nouveau gouvernement du Québec, dirigé par le premier ministre Paul St-Pierre Plamondon, déposera un projet de loi afin de changer l'heure de manière permanente.
Pour le moment, par contre, les Québécois devront modifier l'heure de leur cuisinière et de leur horloge dans la nuit de samedi à dimanche.
Le ministre de la Justice du gouvernement de François Legault, Simon Jolin-Barrette, avait consulté les Québécois pour mettre un terme au changement d'heure en 2024. Quatre-vingt-onze pour cent des répondants souhaitaient y mettre fin. De plus, 72 % des répondants à cette consultation souhaitaient conserver l'heure d'été à l'année.
Des bienfaits documentés
La pratique du changement d'heure peut paraître désuète en jetant un coup d'œil à ses origines, qui remontent aux impératifs d’économie d'énergie et de productivité en temps de guerre.
De nos jours, plusieurs arguments sont soulevés pour abolir le changement d’heure, notamment concernant les bienfaits sur le sommeil et la diminution d’accidents sur la route.
Pour le Dr Thanh Dang-Vu, neurologue et chercheur à l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal, il serait toutefois plus bénéfique de rester à l’heure normale – et non à l'heure d’été –, contrairement aux décisions du Manitoba, de la Colombie-Britannique et de l'Alberta.
Des matins d’hiver plus illuminés seraient préférables à des après-midi moins sombres afin d’éviter de déstabiliser l’horloge biologique, soutient le Dr Thanh Dang-Vu, qui est aussi professeur à l’Université Concordia et vice-président recherche à la Société canadienne du sommeil
À ce titre, le soleil se lèvera à 9 h 26 au début janvier au Manitoba, qui a décidé de conserver l’heure d’été.

Se réveiller dans l'obscurité déséquilibrerait notre horloge biologique, il serait donc préférable de garder l'heure normale plutôt que l'heure d'été, selon le Dr Thanh Dang-Vu. (Photo d'archives)
Photo : iStock / kostsov
Abolir le changement d’heure réduirait également le nombre d’accidents sur la route, selon des données de la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ). Entre 17 h et 20 h, dans les 30 jours suivant le changement d’heure à l’automne, la SAAQ a observé une augmentation moyenne de 98 % des accidents impliquant au moins une victime piétonne, de 2020 à 2024.
Harmoniser le changement d'heure
Alors que les Québécois ont clairement exprimé leur désaccord envers le changement d'heure et que les autres provinces commencent à l'abolir unilatéralement, pourquoi le Québec troque-t-il encore les sabliers au printemps et à l'automne?
Parce que la décision de garder un fuseau horaire à longueur d'année ne dépend pas seulement de l'approbation des citoyens. Sur le terrain, les réalités territoriales et commerciales nécessitent une coordination avec les administrations avoisinantes.
L’harmonisation des fuseaux horaires est importante pour les opérations d’entreprises québécoises, dont la majorité du commerce se fait avec l’Ontario et les États-Unis, en dépit de la guerre commerciale.
Le vice-président de la section québécoise de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI), François Vincent, expliquait en septembre 2025 à La Presse canadienne que plusieurs entrepreneurs vont vouloir avoir plus de lumière le jour pour leurs clients
, tandis que d’autres veulent avoir plus de lumière le soir pour sauver de l’argent sur la facture d’électricité
.
Lorsque la Colombie-Britannique a décidé en mars d’abolir le changement d’heure sans consulter ses partenaires commerciaux ou juridictionnels, la Chambre des commerces du Grand Vancouver avait émis certaines inquiétudes, estimant que cette décision allait déstabiliser les petites et moyennes entreprises qui font affaire avec la Californie, l'Oregon et l’État de Washington.

La Californie est un partenaire commercial important de la Colombie-Britannique. (Photo d'archives)
Photo : Getty Images / AFP / PATRICK T. FALLON
Ce genre de décision a également des répercussions dans les relations entre les provinces.
En 2020, l’Ontario a adopté une loi prévoyant la fin du changement d’heure, à condition que le Québec et l’État de New York fassent de même.
Mais quand le Manitoba a annoncé en septembre sa décision de conserver l'heure d'été – sans consulter ses voisins –, l'Ontario a dû faire passer à l’heure avancée de façon permanente certaines régions du Nord-Ouest, afin de s'aligner avec le Manitoba.
Si l’Ontario n’avait pas procédé à ce changement, le nord-ouest de la province se serait retrouvé seul dans son propre fuseau horaire pendant l’hiver, ayant une heure de retard par rapport à Thunder Bay à l’est et une heure de retard par rapport à Winnipeg à l’ouest. La province a donc dû s’adapter à la décision unilatérale du Manitoba.
Aux États-Unis, la Chambre des représentants a adopté en juillet un projet de loi visant à rendre l’heure d’été permanente dans tout le pays, une mesure ardemment souhaitée par Donald Trump. Si 19 États américains attendent la loi fédérale pour y donner suite, l’appui du Sénat envers le projet de loi demeure incertain.
Puisque les États-Unis continuent de reculer l’heure, l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) a annoncé qu’elle devra ajuster ses heures d’ouverture en Colombie-Britannique, au Manitoba et en Alberta à partir du 1er novembre, afin d’être sur le même horaire que les points d’entrée américains.
La modification, qui doit avoir lieu aux 26 points d’entrée à l’échelle du pays, permettra donc d’harmoniser les horaires des frontières canadiennes et américaines.
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