Cycliste de 18 ans mort à la suite d’un délit de fuite | « C’était vraiment un ange »

Le jeune Isaac Larivée, 18 ans, se rendait à son cours au collège Ahuntsic lorsqu’il a été happé mortellement par un véhicule qui aurait été pourchassé par un véhicule policier. Le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) a déclenché une enquête parallèlement à celle du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), qui tentait toujours en soirée de retrouver l’automobiliste impliqué.
Mis à jour hier à
Les lieux de l’accident, à l’intersection de la rue Jeanne-Mance et du boulevard Henri-Bourassa, grouillaient encore de policiers, de proches et de résidants vendredi soir, plusieurs heures après le drame. Les amis du jeune homme qui a perdu la vie et ses camarades du cégep et de l’équipe de hockey dans laquelle il jouait étaient sur place et s’enlaçaient.
« C’était vraiment un ange. Il faisait tout, il était toujours là quand tu avais besoin de lui », a dit Cloé McNeil, des trémolos dans la voix.
Isaac était « toujours à son affaire et n’a jamais manqué des cours », en plus d’avoir toujours de « bonnes notes », a témoigné Malik Giroux.
Ses amis s’entendent sur une chose : le jeune homme, qui habitait non loin du cégep, se déplaçait « toujours » à vélo. C’est là qu’il se rendait vendredi midi. « Le vélo, c’était sa vie », a soutenu Cloé McNeil. Ce n’était pas la première fois qu’il se faisait heurter par une voiture, a souligné le groupe d’amis. Lors d’une collision, il s’était fracturé la jambe et avait manqué la moitié de sa saison de hockey.
« Je me souviens, cette journée-là, il m’avait appelée et me racontait son anecdote. Il trouvait ça drôle de s’être fait frapper par une voiture à ce moment-là », a expliqué Cloé McNeil.
Un véhicule pourchassé
Le drame s’est déroulé passé midi, lorsqu’un policier à bord d’un véhicule fantôme de la Sûreté du Québec (SQ), situé près du centre judiciaire Gouin, aurait aperçu un véhicule faisant une manœuvre illégale. Le policier aurait, dans l’espoir que l’automobiliste s’arrête, activé ses gyrophares.
L’automobiliste fautif aurait aussitôt pris la fuite « à grande vitesse », selon le porte-parole du Bureau des enquêtes indépendantes (BEI), Jérémie Comtois. Le policier de la SQ aurait alors pourchassé le fuyard avant que le véhicule de ce dernier ne happe mortellement un cycliste à l’intersection de la rue Jeanne-Mance et du boulevard Henri-Bourassa. Son décès a été constaté sur les lieux.
INFOGRAPHIE LA PRESSE
Deux enquêtes sont en cours. Au moment de publier, le SPVM tentait toujours activement de retrouver le suspect. Le BEI a de son côté lancé une enquête indépendante pour tenter de comprendre le rôle de la SQ lors de l’intervention. Il n’est pas encore clair si l’agent de la SQ avait officiellement engagé une poursuite policière ou non.
Au passage de La Presse, en après-midi, le corps du jeune cycliste et son vélo gisaient toujours sur le sol, à bonne distance l’un de l’autre, témoignant de la force de l’impact.
Le suspect aurait abandonné sa voiture plus loin, rue Jeanne-Mance, avant de s’enfuir à pied. Son véhicule a été retrouvé et la police vérifie s’il a été volé.
PHOTO FOURNIE PAR ALEXANDRE OUIMET
Le véhicule accidenté a été retrouvé à quelques dizaines de mètres du lieu de la collision avec le cycliste.
Un « die-in » pour la victime
Les amis d’Isaac Larivée ont assisté à une manifestation à vélo de Masse critique Montréal, qui s’est arrêtée devant les lieux du drame, vendredi soir. Devant les proches et les policiers, près de 400 cyclistes ont fait en silence un « die-in », les participants s’allongeant sur le sol pour simuler la mort.
La violence automobile est « trop banalisée », a lancé le porte-parole de l’organisme Masse critique Montréal, Raúl Garate, aux cyclistes allongés sur le bitume.
« Ce décès n’aurait jamais dû arriver. Pourtant, il nous montre que la place des plus vulnérables est encore précaire dans nos rues. La Ville et nos élus doivent se faire à l’idée que si nous nous empêtrons dans des débats éternels sur la place du vélo dans notre ville, les décès vont continuer », a-t-il fait valoir.
PHOTO LÉA LEMIEUX, LA PRESSE
Selon Masse critique Montréal, plus de 400 cyclistes ont manifesté avec leur vélo pour honorer la mémoire de la victime.
Nathalie Goulet, conseillère de la Ville dans l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville, était très émue vendredi soir sur les lieux de l’accident. « Je ne le connaissais pas, ce jeune-là, mais j’ai trois enfants qui ont à peu près son âge. Ça bouleverse toute une communauté quand un drame comme ça arrive », a-t-elle dit, les larmes aux yeux.
Plusieurs cyclistes rappelaient combien, trop souvent, ils sont loin d’être en sécurité à vélo. Parmi eux, Marie-Noël Auger était venue manifester avec trois de ses enfants. « C’est très touchant, [ce drame]. Ça aurait pu être quelqu’un qu’on connaît, on connaît plein de gens ici », a témoigné la résidante du quartier.
Un changement de signalisation récent
Depuis un peu plus d’un an, les conducteurs sur la rue Jeanne-Mance sont obligés de tourner à droite sur le boulevard Henri-Bourassa : ils ne peuvent pas traverser le boulevard et continuer leur chemin sur la rue Jeanne-Mance. Mais beaucoup le font tout de même, qui plus est à haute vitesse, disent deux résidants du coin rencontrés par La Presse. Le terre-plein est abaissé à cet endroit, de sorte que les automobilistes arrivent à traverser le boulevard.
Par ailleurs, il n’y a pas de panneau d’arrêt obligatoire pour les usagers du REV qui traversent la rue Jeanne-Mance, selon nos observations.
Une brigadière travaillant à proximité, qui a refusé de se nommer, affirme qu’il y a « souvent des altercations entre cyclistes et automobilistes » à cet endroit précis.
Depuis près de dix ans, la sécurité dans les rues du quartier est un sujet qui occupe énormément les discussions avec les citoyens, a souligné Nathalie Goulet. « On va continuer le travail », a-t-elle laissé savoir. « On a fait de grands gestes comme le corridor de mobilité durable. Des pistes cyclables protégées, ça en prend partout. »
« Le décès du jeune cycliste de 18 ans, à la suite d’une collision dans Ahuntsic-Cartierville, nous touche profondément. Nos pensées vont à sa famille et à ses proches dans cette épreuve », a écrit le cabinet de Soraya Martinez Ferrada. « Nous suivons la situation de près et laisserons les autorités compétentes faire toute la lumière sur les circonstances de ce drame. »
Le président-directeur général de Vélo Québec, Jean-François Rheault, se dit « dévasté » par cette nouvelle. Les circonstances du drame sont « spéciales », puisque le conducteur semble avoir commis plusieurs infractions au Code de la sécurité routière, souligne-t-il.
PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE
Sur les pistes cyclables nouvellement aménagées, les décès ne sont « vraiment pas fréquents ». « Je n’ai pas souvenir d’une collision mortelle sur le REV ou même sur une piste cyclable conçue dans les 10-15 dernières années », soutient-il.
Croisée près du périmètre de sécurité, Sofia Hargasler, étudiante au collège Bois-de-Boulogne, s’inquiétait pour ses confrères. « Voir le vélo comme ça, avec des morceaux éparpillés dans la rue, ça montre qu’il y a eu un énorme impact. La vie peut s’envoler si rapidement », a-t-elle dit.
Avec la collaboration de Tristan Péloquin et d’Henri Ouellette-Vézina, La Presse
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