Chine: Xi Jinping face à la déroute de Donald Trump aux midterms

En Chine, le président Xi Jinping a suivi de près les midterms, les élections de mi-mandat aux États-Unis, et l'immense désaveu pour Donald Trump. Que réserve la victoire écrasante des démocrates pour Pékin et son dirigeant suprême ?
Même si les dirigeants chinois connaissent très bien le système politique américain, même s'ils savent que la politique étrangère des États-Unis se décide à la Maison Blanche et non au Congrès, les implications pour la Chine du raz-de-marée électoral des démocrates aux midterms sont loin d'être simples. Leur prise de contrôle du Sénat et de la Chambre des représentants pourrait accroître les frictions sino-américaines. En particulier sur Taïwan, qui bénéficie d'un soutien solide auprès des démocrates, grâce aux liens tissés durant le mandat de l'ancienne présidente taïwanaise Tsai Ing-wen. Le Congrès pourrait pousser Trump à accorder la vente d'armes de 14 milliards de dollars qu'il a suspendue pour s'en servir de levier de négociations avec Xi Jinping.
De même, la majorité démocrate au Congrès a les pouvoirs de contrôler à la fois les restrictions sur les technologies de pointe chinoises et évidemment les droits de douane. Tout cela pourrait compliquer la tâche de Donald Trump s'il veut faire des concessions à Pékin ou négocier des accords.
Or, Xi Jinping et le Parti communiste chinois détestent l'incertitude. Ils veulent conserver la stabilité – « wending », comme on dit en mandarin. Une stabilité durement acquise dans les relations avec les Américains, notamment grâce à deux rencontres entre Donald Trump et Xi Jinping, à Pékin en mai puis à Washington en septembre, alors que les deux s'étaient affrontés durement en 2025 sur les droits de douane. Le dernier sommet avait, entre autres, abouti à la prolongation de la trêve commerciale.
Xi ne veut pas de nouveau Yalta
Xi Jinping aura très bientôt l'occasion de revoir Donald Trump après sa déroute aux midterms. Ce sera en Chine, à Shenzhen, le 18 novembre à l'occasion du sommet de l'APEC, forum de coopération économique de l'Asie-Pacifique que Xi Jinping accueille dans cet ancien village de pêcheurs, 18 millions d'habitants aujourd'hui, symbole absolu de la métamorphose économique et de la puissance technologique de la Chine.
Il est question d'un sommet trilatéral Trump, Poutine et Xi Jinping – ce que les commentateurs du monde entier évoquent à tort comme un nouveau Yalta. Car le sommet de 1945 réunissait des alliés qui, d'ailleurs, ont décidé de l'avenir de la Chine sans la Chine, sans aucun dirigeant chinois, Chiang Kai-chek à ce moment-là. Et Xi Jinping n'aime pas ce format de sommet, qui donne aussi l'image des grandes puissances se partageant leur zone d'influence sur le dos des petits pays.
Or, Pékin et Xi Jinping mettent un point d'honneur à se poser en défenseur des petits, du Sud Global face aux grands. Et par ailleurs, le président chinois n'aime pas trop les sujets que Trump et Poutine veulent aborder. Premièrement, l'Ukraine : en effet, le numéro un chinois considère qu'on ne peut pas faire comme à Yalta et en discuter sans inviter Volodymyr Zelensky ni les dirigeants européens d'ailleurs, car c'est une « guerre européenne », comme on le répète à Pékin.
L'autre sujet dont Xi Jinping ne veut pas entendre parler, c'est la dénucléarisation demandée par Trump. Car la Chine veut rattraper son retard en nombre d'ogives nucléaires par rapport à Washington et Moscou. À Shenzhen, Xi Jinping pourrait donc être plus en retrait et se poser en simple facilitateur entre Trump et Poutine.
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Héros de sa propre histoire
Sans compter que le président chinois est dans une autre situation politique, autrement plus solide que son homologue américain défait aux midterms. D'une semaine à l'autre, le contraste est saisissant entre d'un côté Donald Trump qui a perdu le contrôle du Congrès à Washington, et de l'autre, Xi Jinping qui, la semaine dernière, a encore renforcé son emprise sur le Parti communiste et donc sur la Chine.
C'était lors du 5e plenum du Comité central du Parti communiste à Pékin du 26 au 29 octobre. Une session plénière très sombre marquée par une nouvelle purge : un quart des sièges vides, 33 membres exclus, dont Ma Xingrui, l'ancien patron du Parti dans la région ouïghoure du Xinjiang. Dans la résolution finale du plenum, Xi Jinping se pose en héros de sa propre histoire. Selon le communiqué officiel, « le Comité central avec à sa tête le camarade Xi Jinping a fait preuve d'un courage immense » face au laxisme de certains cadres du Parti, qui ont donc été gravement punis. Xi Jinping en est conscient : d'ici le 21e Congrès du Parti l'année prochaine, il lui reste du chemin pour écarter tous ses ennemis, indignés de ses purges sans fin au sommet de la Chine.
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