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Friday, September 25, 2026

Damien Ernst entarté comme bien d’autres avant lui : que risque vraiment un entarteur ?

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Alors qu’il donnait un cours en électromécanique à une quinzaine d’élèves dans un auditoire du campus du Sart-Tilman, Damien Ernst a vu soudainement entrer plusieurs personnes qui portaient un bonnet et une barbe de père Noël. Se présentant comme le "nouveau comité éthique de l’ULiège", les individus ont ensuite lancé 7 ou 8 tartes à la crème d’une façon assez musclée en direction du professeur. L’intrusion n’a durée qu’une dizaine de secondes mais a profondément choqué Damien Ernst. "On attaque physiquement un académicien. Je ne pensais pas que cela pouvait arriver dans un auditoire. Je suis triste, très triste", confie-t-il au micro de la RTBF.

Pour justifier cette attaque, le collectif, le "Vrai Comité (Populaire) d'Éthique de l'ULiège" (VC(P)E-ULiège) explique avoir voulu dénoncer les liens qu'il attribue à Damien Ernst avec l'industrie de l'armement ainsi que, plus largement, les collaborations entre la recherche scientifique à l’ULiège et le secteur de la défense. Qu’importe les motivations, Damien Ernst ne compte pas laisser passer ce qu’il considère comme étant un "acte violent". Il souhaite que les auteurs soient identifiés et poursuivis.

Coups et blessures avec préméditation

Au niveau pénal, l’entartage de jeudi après-midi est théoriquement punissable par la loi. Si Damien Ernst se limite à une plainte, ce sera au parquet de Liège de décider de poursuivre ou non les auteurs. Mais le professeur de l’ULiège pourrait tout aussi bien se constituer partie civile. Dans ce cas, "l’affaire sera mise à l’instruction", explique Denis Bosquet, avocat pénaliste au barreau de Bruxelles.

Depuis le 1er septembre, le nouveau code pénal est en vigueur. Et avec tous les changements, il n’est pas si simple de directement comprendre à quel degré la justice pourrait punir les entarteurs. "Selon la loi, il peut s’agir de coups et blessures. Si cet acte violent n’a pas engendré d’incapacité pour Monsieur Ernst, les auteurs pourraient techniquement écoper d’une peine de niveau 1, à savoir des travaux d’intérêt général allant de 20h à 120h. Mais si la justice conclut à la préméditation, ce qui est probable ici, cela pourrait passer à une peine de niveau 2. Là, on parle de 6 mois à 3 ans de prison", détaille l’avocat pénaliste après s’être rapidement plongé dans le nouveau code pénal.

De réelles chances de poursuites ?

En septembre 2023, Georges-Louis Bouchez était entarté à la Fnac de Liège. L’auteur, un employé du CPAS de Stoumont, avait justifié son acte en parlant de protestation contre l’omniprésence médiatique de l’homme politique. Dans la foulée, le président du MR avait décidé de porter plainte. Mais le parquet de Liège a finalement classé ce dossier sans suite. D’abord, parce que l’auteur était inconnu de la justice et puis, parce que le geste n’a causé aucune blessure physique.

Si les condamnations restent rares, elles ne sont pas inexistantes. Noël Godin, s’il était encore en vie, aurait pu en parler. En 2002, à Paris, le célèbre entarteur belge entarte l’ancien ministre français Jean-Pierre Chevènement. L’affaire arrive dans les mains de la justice. Un an plus tard, Noël Godin est condamné à 800 euros d’amende. Le dossier avait fait jurisprudence à l’époque.

La réponse de l’ULiège

Du côté des autorités académiques, l’incident de ce jeudi passe mal. Anne-Sophie Nyssen, la rectrice de l'université de Liège, a réagi et condamne ces actes : "Je condamne fermement l’agression subie par le professeur Damien Ernst, en plein cours, au sein d’un bâtiment universitaire. Ce genre d’acte est exactement l’inverse du pluralisme et du respect mutuel que l’ULiège s’engage à incarner", regrette-t-elle.

"Une telle agression n’exprime aucune idée, ne fait avancer aucun débat et rabaisse la réflexion au niveau des instincts primaires", ajoute la rectrice.

Une enquête est en cours sur le campus et l’Université se réserve l’initiative de donner des suites judiciaires et, le cas échéant, disciplinaires pour les auteurs de l’entartage de Damien Ernst.

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