Planète bleue, idées vertes | Une boucle énergétique qui permet de grandes économies

À Espace Montmorency à Laval, les locataires, travailleurs et clients des restaurants et de l’hôtel sont tous connectés d’une certaine façon. Ils l’ignorent peut-être, mais ils profitent des échanges de chaleur d’une boucle énergétique qui a permis de réduire les émissions de gaz à effet de serre du complexe de 91 % et sa facture d’énergie de moitié en 2025.
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La boucle est invisible de l’extérieur, mais elle est au cœur d’Espace Montmorency, un complexe immobilier de 115 043 m2 qui a poussé en 2024 à côté de la Place Bell. Il a été développé par le Groupe Montoni, le Fonds immobilier de solidarité FTQ et Montez Corporation, selon l’approche TOD (transit-oriented development), centrée autour des transports en commun. Connecté à la station de métro Montmorency, il comprend une tour de bureaux de 15 étages, 700 logements locatifs, des restaurants et un hôtel de 200 chambres.
Tout ce monde a de grands besoins en énergie. Ces besoins seraient encore plus grands sans cette boucle qui récupère et redistribue l’énergie entre les bâtiments. Par exemple, lorsque les bureaux doivent être climatisés, la chaleur est envoyée dans la boucle plutôt que rejetée à l’extérieur. Elle peut ainsi servir à réchauffer l’eau des logements à temps pour le retour des occupants.
PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE
La centrale thermique d’Espace Montmorency permet de rééquilibrer la boucle lorsque les besoins énergétiques des usagers ne sont pas parfaitement arrimés.
Il est fréquent que le complexe ait besoin à la fois de chauffage et de climatisation, soit à l’intérieur d’un même bâtiment, sur des étages différents ou dans des bâtiments distincts, indique Patrick Côté, directeur du développement durable du Groupe Montoni. La mixité des usages rend cette boucle particulièrement efficace.
Comment ça fonctionne ?
Les échanges de chaleur se font par l’eau. Des conduites d’eau tempérée parcourent le stationnement souterrain et montent vers les bâtiments. Sur le toit, d’imposantes thermopompes électriques chauffent ou refroidissent la boucle au besoin. Le réseau est relié à une centrale thermique, située en haut de la tour de bureaux.
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Le directeur du développement durable du Groupe Montoni, Patrick Côté
« On priorise l’électricité par rapport au gaz, ce qui nous permet d’avoir des émissions de GES beaucoup plus faibles », note Patrick Côté.
Toutefois, lorsque le mercure descend au-dessous de -15 °C, les thermopompes perdent en efficacité. Des chaudières au gaz naturel entrent alors en scène pour réchauffer la boucle. Sans la boucle, il serait plus difficile de privilégier l’électricité, fait valoir Patrick Côté. Il ajoute que l’enveloppe performante des bâtiments, qui ont reçu diverses certifications LEED, permet aussi de limiter la consommation de gaz.
« On n’est pas dans l’innovation au point de vue technologique, indique-t-il. L’enjeu, c’est de mettre tout ça ensemble : d’avoir une enveloppe efficace, des systèmes efficaces et une boucle qui fonctionne. »
En 2025, la consommation énergétique de tout le complexe, occupé à presque 100 %, a engendré des émissions de GES de 975 tonnes, soit l’équivalent de 180 foyers. La boucle a aussi permis de réduire de 52 % les coûts énergétiques.
Cette performance a permis à Espace Montmorency d’obtenir la certification Bâtiment à carbone zéro (BCZ) – Performance du Conseil du bâtiment durable du Canada. Reconnue par les experts d’Écohabitation, cette certification atteste que les bâtiments atteignent un bilan zéro carbone dans leur fonctionnement, après une compensation des émissions par l’achat de crédits carbone. Contrairement à une certification basée sur la conception, elle repose sur 12 mois de données réelles d’exploitation qui sont vérifiées chaque année.
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L’hôtel et un immeuble locatif, vus de la terrasse de la tour de bureaux
Les boucles énergétiques sont reconnues comme une solution prometteuse à la décarbonation des bâtiments. Elles sont particulièrement efficaces dans des lieux où l’on retrouve une mixité d’usages, comme Espace Montmorency, indique Danielle Monfet, professeure au département de génie de la construction de l’École de technologie supérieure. « On veut que les besoins soient simultanés le plus possible, expose-t-elle. Ainsi, on a moins besoin d’équipement pour chauffer ou refroidir les bâtiments. » Idéalement, ajoute-t-elle, la chaleur excédentaire serait stockée pour limiter les appels de puissance et réduire les besoins en gaz ou en électricité lors des grands froids.
Selon un rapport publié en 2025 par L’Accélérateur de transition et la firme Dunsky Énergie+Climat, les boucles énergétiques ne répondent qu’à 3 % de la demande de chauffage au Canada. Au Québec, on en retrouve notamment dans l’écoquartier du Technopôle Angus, au centre-ville de Montréal et dans le complexe immobilier Humano District à Sherbrooke.
Si elles demeurent peu répandues, c’est principalement en raison des coûts initiaux élevés. Quand plusieurs parties sont impliquées, la répartition des coûts entre les utilisateurs peut être complexe, note Mme Monfet, mais l’entretien des équipements s’en trouve généralement facilité.
Une boucle énergétique dans le Quartier Molson ?
Le Groupe Montoni prévoit rentabiliser cet investissement à l’intérieur de 10 ans. En misant sur l’efficacité énergétique, il obtient des subventions, notamment auprès d’Hydro-Québec et d’Énergir. « Si vous êtes un développeur qui veut vendre le produit après deux ou trois ans, vous n’allez peut-être pas être prêt à investir tous ces millions-là », reconnaît Patrick Côté.
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La directrice des affaires publiques et des communications du Groupe Montoni, Frédérick Truchon-Gagnon
Une boucle énergétique pourrait aussi être installée dans le futur Quartier Molson que le Groupe Montoni construit à Montréal, sur le site de l’ancienne brasserie. « Il y a une boucle qui est présentement à l’étude et on travaille fort pour que ça puisse se réaliser, révèle Frédérick Truchon-Gagnon, directrice des affaires publiques et des communications au Groupe Montoni. C’est un casse-tête, mais pour nous, c’est le futur. On n’aura pas le choix d’aller vers ça. »
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