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Sunday, November 1, 2026

Une majorité républicaine à la Chambre est « quasi impossible »

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À deux jours des élections de mi-mandat, les démocrates sont donnés favoris pour remporter la Chambre des représentants. Le champ de bataille électoral n’a cessé de s’étendre, gagnant même des districts qui semblaient pourtant acquis aux républicains.

À de rares exceptions près, le parti du président perd traditionnellement des sièges à la Chambre lors des élections de mi-mandat – un scénario que les républicains ne semblent pas en voie d’éviter cette année.

Ils disposent actuellement d'une majorité ténue de 219 sièges sur 435, contre 214 pour les démocrates. Ces derniers n'ont besoin de ravir que quatre sièges à leurs rivaux pour franchir le seuil des 218 sièges requis pour la majorité.

Les républicains partaient déjà avec un handicap important, même lorsqu’on ignorait encore quel serait le climat politique. À l'heure actuelle, leurs chances de conserver la majorité à la Chambre se sont pratiquement évaporées, juge Erin Covey, analyste des courses à la Chambre des représentants pour le Cook Political Report, un site spécialisé dans l’analyse des élections américaines.

La vaste offensive tarifaire et la guerre contre l’Iran ont contribué à faire grimper les prix à la pompe et à alourdir le coût de la vie, alimentant le mécontentement envers le président américain.

L'insatisfaction se fait même sentir en territoire républicain, notamment dans les régions à forte vocation agricole, fragilisées par la flambée des prix du diesel ainsi que par la hausse du coût des engrais et du matériel.

Trump est encore plus impopulaire qu'en 2018, relève Erin Covey, évoquant les élections de mi-mandat tenues pendant sa première présidence. Son parti avait essuyé de lourdes pertes à la Chambre, perdant la majorité.

Selon des sondages récents de Fox News, du Washington Post-ABC News, de Reuters, du New York Times et de CNN, son taux d’approbation se situe entre 31 % et 36 % – un creux inégalé dans les sondages respectifs menés par ces médias au cours de ses deux mandats.

Son taux d'approbation sur les questions économiques est très faible, alors qu'en 2018, plusieurs électeurs estimaient au contraire qu'il gérait bien l’économie, souligne Mme Covey, rappelant que cette perception a d'ailleurs contribué à son retour au pouvoir.

Une lutte en territoire républicain

Le Cook Political Report recense 53 luttes compétitives, soit 18 luttes serrées et 35 courses où l'un ou l'autre des partis détient un avantage modeste.

Les républicains jouent en défensive : près de 80 % des 50 sièges les plus chaudement disputés sont actuellement détenus par leur parti.

La lutte pour la majorité se joue même dans des dizaines de districts que Donald Trump a remportés par plus de 10 points il y a deux ans à peine.

Selon le Cook Political Report, les démocrates pourraient remporter de 227 à 240 sièges.

Ce résultat représenterait un gain de 13 à 26 sièges.

Ça peut sembler modeste sur papier, mais ça leur donnerait une plus forte majorité que celle détenue par l’un ou l’autre des partis depuis quelques années.

Aucun parti n'a obtenu plus de 222 sièges depuis 2020.

Le site d’analyse de sondages Silver Bulletin prédit 240 sièges aux démocrates contre 195 pour les républicains.

Les démocrates pourraient ainsi obtenir un meilleur résultat qu’en 2018, lorsqu’ils avaient ravi 41 sièges aux républicains, reprenant le contrôle de la Chambre avec 235 sièges.

Erin Covey insiste notamment sur le désenchantement des hispanophones, un groupe électoral au sein duquel Donald Trump a réalisé des gains considérables en 2024.

Plusieurs d'entre eux reviennent vers les démocrates, ce qui a des répercussions particulièrement déterminantes dans les districts du sud du Texas et du sud de la Floride, indique l'analyste.

Cette tendance pourrait aussi toucher plusieurs autres districts, notamment en Californie, en Arizona, au Colorado ou au Nouveau-Mexique, ajoute-t-elle.

Il y a une proportion particulièrement élevée de districts avec une importante population hispanophone qui vont déterminer quel parti contrôlera la Chambre des représentants.

Citant des exemples au Minnesota, en Iowa et en Ohio, mais aussi dans le nord de l’État de New York, elle attire aussi l'attention sur des districts qui ont opéré un virage à droite au cours de la dernière décennie, après avoir voté pour Barack Obama en 2008 ou en 2012.

Dans plusieurs districts plus ruraux avec une population majoritairement blanche, particulièrement dans le Midwest, les démocrates font des percées comme ils n'en avaient pas fait depuis le début de l'ère Trump, constate-t-elle.

Trois des quatre districts de l’Iowa pourraient ainsi passer aux démocrates.

Erin Covey note par ailleurs une troisième dynamique, présente dans les États où la course pour le Sénat semble particulièrement serrée et prometteuse pour les démocrates. L'enthousiasme des électeurs démocrates est susceptible de se répercuter sur les autres scrutins, dit-elle, citant le Texas et la Caroline du Nord.

Le redécoupage à l’épreuve des urnes

Hakeem Jeffries remet un marteau en bois à Mike Johnson devant un drapeau américain.

Le leader de la minorité démocrate à la Chambre, Hakeem Jeffries, avait tendu le marteau au républicain Mike Johnson, réélu président de la Chambre des représentants, au premier jour du 119e Congrès, le 3 janvier 2025. Il pourrait à son tour tenir ce symbole du pouvoir, si son caucus décide de lui confier ce rôle, dans l'éventualité d'une majorité démocrate.

Photo : Reuters / Elizabeth Frantz

À une poignée d'exceptions près, les rares conquêtes à la portée des républicains se concentrent dans des districts redessinés à leur avantage sous la pression de Donald Trump. Les gains attendus de cette opération s'annoncent toutefois moins marqués qu'anticipé.

Les républicains sont en meilleure posture qu'avant dans plusieurs districts qu'ils ont modifiés, mais leurs victoires ne sont pas pour autant assurées, indique Erin Covey.

Premier à partir le bal l'an dernier, le Texas a été imité par d'autres États républicains, dont la Floride, l'Ohio et la Caroline du Nord.

Au terme d'une saga marquée par la riposte de certains États démocrates, dont la Californie, et par des décisions judiciaires venues invalider certaines cartes électorales, entre autres en Utah, les républicains semblaient avoir un avantage net de neuf sièges.

Or, l’humeur actuelle de l’électorat a réduit la portée de l’avantage républicain à trois sièges, selon le Cook Political Report.

Inquiétude républicaine

Le président de la Chambre des représentants, le républicain Mike Johnson, nie que son parti soit en difficulté : Les sondages sont erronés, a-t-il soutenu sur les ondes de Fox News.

S’il est possible que le recul des républicains soit surestimé, plusieurs indices laissent croire toutefois que leurs sondages internes et les échos sur le terrain leur envoient des signaux d’alerte.

Sous couvert de l’anonymat, des républicains ont confié au site Politico que la stratégie visait avant tout à sauver des districts qu’ils considéraient auparavant comme acquis.

Le choix des États au cœur du blitz électoral de Donald Trump est d’ailleurs révélateur : Ohio, Floride, Texas, Caroline du Sud, Montana, Kentucky…

Donald Trump pointe vers la gauche derrière un pupitre bleu, devant une foule et un drapeau américain.

Le président Donald Trump prend la parole lors d'un rassemblement électoral à Highland Heights, au Kentucky, le 17 octobre 2026.

Photo : Getty Images / Eric Lee

La carte de ses rassemblements montre qu'il cherche surtout à mobiliser sa base électorale dans des États favorables, voire traditionnellement acquis aux républicains. Quand il n'est pas lui-même soumis au vote populaire, plusieurs de ses partisans boudent les urnes.

Faites comme si mon nom était sur les bulletins de vote.

Plusieurs candidats républicains au centre de luttes serrées cherchent au contraire à se distancier d'un président impopulaire.

En octobre, moins de 1 % des publicités électorales républicaines mentionnaient son nom, selon la firme d’analyse de dépenses publicitaires AdImpact.

Le candidat d’un district de Floride, Mike Beltran, a même retiré de la page d’accueil de son site de campagne la grande photo qui le montrait aux côtés du président américain.

Plusieurs républicains ont pris leurs distances sur des enjeux précis (nouvelle fenêtre) importants pour leur district. Un geste éloquent pour un camp resté solidaire à un président réfractaire à la critique.

En Floride, Maria Elvira Salazar, dont le district compte une forte majorité hispanophone, a diffusé une publicité dans laquelle elle reproche au président Trump d'être allé trop loin avec certaines mesures de contrôle migratoire.

Les hispanophones qui vous ont aidé à accéder à la Maison-Blanche en 2024 se sentent trahis.

Autre exemple : en septembre, les représentants de l'Iowa Mariannette Miller-Meeks et Zach Nunn ont opéré une soudaine volte-face en votant contre l’offensive en Iran. Ils ont aussi critiqué la suspension des droits de douane sur du bœuf importé, qui a mécontenté les éleveurs de la région.

Des électeurs entre deux chaises

Vue panoramique du Capitole, derrière des drapeaux des États-Unis.

Le Capitole, à Washington, abrite le Congrès des États-Unis, constitué du Sénat et de la Chambre des représentants.

Photo : Reuters / Yuri Gripas

Les sondages indiquent que plusieurs électeurs restent indécis, relève Erin Covey. Ils désapprouvent le travail de Trump [...] mais n’aiment pas les démocrates.

La principale tâche des républicains est d'amener ces électeurs à se rendre aux urnes et à voter républicain, résume-t-elle. Les démocrates seront en meilleure posture s'ils réussissent à rallier une partie de ces électeurs ambivalents, mais ils profiteraient aussi de leur abstention.

Il reste donc à voir quel parti réussira à en convaincre le plus grand nombre, ou même si ces électeurs iront tout simplement voter.

Les espoirs démocrates pourraient être déçus dans certains États, dit-elle, n'excluant cependant pas un meilleur résultat que prévu. La grosseur de la vague variera d'un État à l'autre. Mais c'est presque impossible pour les républicains de garder le contrôle de la Chambre, réaffirme-t-elle.

Le site Silver Bulletin évalue d'ailleurs les probabilités d’une majorité démocrate à 95,1 %.

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