CNN TürkSHAKHTAR DONETSK - FENERBAHÇE MAÇI NE ZAMAN? Shakhtar Donetsk - Fenerbahçe maçı nerede oynanacak?PunchMeet Busari, coach behind Flamingos’ historic World Cup triumphThe Jerusalem PostAt least 17 injured after bus, minibus crash on Ayalon HighwayDaily MaverickSTEPPING UP: Simon Harmer’s transition from exile to Proteas’ top Test spinner한겨레대통령은 여권 재발급…‘정부 유출’땐 우리 주민번호도 바꿔줄까ZDF heuteAktuelle Pressemitteilungen des ZDFБи-би-сиСтрельба в Кракове: убиты шесть человек, власти заявили об ультраправых взглядах нападавшего, в его доме обнаружены тела его родителей и сестрыWirtualna PolskaPierwsza taka sytuacja od 1939 roku. Hejnał mariacki zamilkł20 MinutenStrick-Fieber in Zürich: 2000 Begeisterte stehen SchlangeIl Fatto QuotidianoJosh O’Connor sarà il nuovo James Bond? “È un momento incredibilmente bizzarro, quasi surreale. È davvero incredibile”MyJoyOnlineIsaac Aboagye Duah elected Tennis President of West Africa ZoneTRT HaberTürkiye ve Japonya arasında COP31 ile enerji iş birliği fırsatları artabilir
The Daily Newsstand · Free, Always
Sunday, November 8, 2026

Ici le monde : en Egypte, silence ! On réprime, on censure, on enferme

Translate

Les réactions outrées ne manquent pas. Mais il n’y a nullement d’étonnement. La répression n’a jamais vraiment cessé depuis la révolution égyptienne de 2011. Il y a bien eu une légère accalmie, un petit interlude de démocratie entre 2012 et 2013, mais depuis 10 ans tout opposant au régime est passible d’emprisonnement. Et la presse est une victime toute désignée, en atteste l’affaire Lina Attalah.

" Ça va beaucoup plus loin que la presse " explique Suzan Gibril chercheuse affiliée à l’ULB, au centre Cevipol et à l’institut du monde arabe et musulman. " La presse, c’est le candidat parfait parce que ce sont des personnalités visibles et qui, donc, sont plus susceptibles de répression. En fait, ce sont des messages d’alerte envers la population qui voudrait contester un jour ou l’autre. Les journalistes sont visés, mais ce ne sont pas les seuls. Il y a également énormément d’avocats, de personnes appartenant à la société civile, aux mouvements sociaux. Et puis il y a eu énormément de cas d’artistes, des musiciens, des rappeurs. "

Entre 2014 et 2018, il y a eu de nombreux ultras poursuivis, des supporters de football visés. Toute personne pouvant de près ou de loin contester le régime en place est susceptible de répression et de représailles.

" Le cas égyptien est très intéressant parce que la répression est globale " ajoute la chercheuse. " Elle est physique mais elle est également institutionnalisée. Il y a des lois qui sont mises en place pour le contrôle de l’information, le contrôle des modalités d’expression. Et la répression est préventive sur les réseaux sociaux, sur les médias, sur l’utilisation de la liberté d’expression. La répression, ce n’est pas simplement une réaction à une forme de résistance, c’est une action préventive qui vise à empêcher l’organisation d’actions, le développement d’une pensée et le développement de groupes qui seraient susceptibles de devenir politiquement influents ou de contester le régime qui est en place. La simple peur d’être arrêté ou la simple peur de représailles ou de la sanction peut suffire à faire taire des voix dissonantes. "

© Belga images

Lina Attalah est une figure médiatique égyptienne. La journaliste de 43 ans est une " habituée " des tribunaux. Elle est régulièrement poursuivie par un régime qui entend faire taire son clavier. Elle publie régulièrement des enquêtes et des articles critiques à l’égard des autorités égyptiennes.

Rédactrice en chef de Mada Masr, principal média indépendant égyptien, la journaliste a donc été arrêtée mardi dernier à l’issue d’un procès expéditif. Elle est soupçonnée d’avoir exploité son site internet "sans licence".

A l’issue d’une seule audience, le tribunal des délits mineurs a ordonné la fermeture du site Internet de Lina Attalah et lui a imposé une amende de 3 millions de livres égyptiennes, soit un peu plus de 48.000 euros.

Selon des témoins sur place, après le prononcé de la peine, les agents de sécurité ont alors encerclé Lina Attalah, l’auraient soulevée du sol et emmenée hors de la salle d’audience.

Le 21 octobre dernier, Lina Attalah avait déjà été interrogée pendant plusieurs heures par les procureurs de la sûreté de l’Etat. Les questions portaient principalement sur l’absence de licence du média, au sujet également d’un reportage sur des actions de protestation dans les prisons. Elle avait finalement été remise en liberté sous caution.

Des prisons bondées

Qui dit opposant, dit emprisonnement ? En Egypte, difficile d’avoir des informations et des chiffres précis. Selon Amnesty international, le pays des pyramides continue de faire l’objet d’une répression généralisée et systémique visant la dissidence pacifique, les défenseurs des droits humains, les journalistes et la société civile. Amnesty International et Human Rights Watch font néanmoins état de quelque 60.000 prisonniers politiques incarcérés pour avoir exprimé pacifiquement leurs opinions, exercé un rôle de militant ou critiqué le gouvernement du président Abdel Fattah al-Sissi.

Egyptian Court Confirms Sentenced 75 People To Death © Islam Safwat/NurPhoto

" Les réseaux interpersonnels font qu’on a des informations assez précises à ce niveau-là " précise encore la chercheuse. " Et évidemment, les prisons débordent, d’opposants politiques, de toute personne qui serait une menace pour le président Sissi, donc ce ne sont pas des opposants politiques directs, ce sont aussi des activistes, des avocats des droits de l’homme, etc. Donc toutes ces personnes-là sont susceptibles d’être arrêtées et de peupler les prisons."

Toujours selon Amnesty, une grande partie de ces opposants, journalistes, avocats et autres défenseurs des droits humains sont maintenus en détention provisoire prolongée (parfois pendant des années) sans jugement, souvent en contournant les limites légales par des procédures de "recyclage" d’affaires de terrorisme.

Précisons encore que le gouvernement égyptien rejette l’expression " prisonniers politiques " et affirme que toutes les personnes incarcérées font l’objet de poursuites régulières ou de chefs d’accusation liés à des infractions pénales ou sécuritaires.

Al Sissi, le nouveau pharaon

Abdel Fattah al-Sissi est arrivé au pouvoir en Égypte à la suite d’un coup d’État militaire le 3 juillet 2013. En 2014, l’ex-chef de l’armée a été élu président avec 96,9% des suffrages. Un plébiscite. A la télévision, sa prise de pouvoir est présentée comme une transition soutenue par des représentants civils et religieux.

Depuis 12 ans, il a imposé ses choix et l’armée. Faut-il parler d’un régime autoritaire, totalitaire. Suzan Gibril apporte son analyse. " Je dirais que Sissi, c’est une forme de contrôle de l’information 2.0. Le régime, ce n’est pas simplement lui. C’est une configuration très importante de réseau interpersonnel. C’est toute une administration qui est mise en place, qui vise à faire passer le message de cet appareil militaire. "

Un appareil militaire, rappelons-le, très puissant, en place depuis 1956, depuis Nasser et qui a évolué avec Anouar el Sadate et Hosni Moubarak.

" Je n’aime pas parler de régime totalitaire, mais c’est un régime autoritaire extrêmement fermé en Égypte, qui s’est refermé de plus en plus depuis 2014 à travers la figure de Sissi, à travers un musellement de l’opposition. Un enfermement autour de la figure de l’armée. Une légalisation de la répression, une carte blanche donnée à des forces de sécurité, des forces de police qui instaurent un climat de terreur. Et c’est pour ça que, l’arrestation de Lina Attalah est tellement importante. MadaMasr, c’est vraiment le média par excellence qui, malgré la répression, malgré le musellement, malgré cette violence de la répression envers les voix dissonantes, est la seule voix qui reste. Le danger aujourd’hui, c’est que tout ça disparaisse. "

© BELGA/AFP – DERRICK CEYRAC

La répression instaurée par Al Sissi est-elle une façon de cacher un bilan négatif ?

Certes le pays a surmonté sa pénurie de dollars et retrouvé une croissance solide mais sa dépendance énergétique, le poids de sa dette et la lente ouverture au secteur privé fragilisent son redressement.

" La répression c’est une façon très efficace de rejeter la faute sur l’autre " explique Suzan Gibril. " La situation économique et le contexte global sont très différents d’il y a 50 ans. Il y a 50 ans, l’Égypte était un véritable leader dans la région. Aujourd’hui, elle peine à se faire respecter. Il y a une grande crise économique au sein même du pays. "

Il y a quelques jours, le président Al-Sissi annonçait qu’il ne briguerait pas un 4e mandat en 2030. " La période qui mène à 2030 constituera la fin de mon mandat de président, si je suis toujours en vie. L’affaire est parfaitement réglée et elle ne fera pas l’objet de discussion ", a-t-il déclaré lors d’une cérémonie de remise de diplômes à l’Académie militaire, le 17 octobre dernier. Une déclaration dont peuvent douter ses opposants et notre chercheuse. " Le régime de Sissi ne se limite pas simplement à la figure de Sissi. C’est la mise en place d’une académie militaire pour l’éducation politique des futurs leaders, qui fait que l’armée a son agenda. Je demande encore à voir. Mais si le cas échéant il ne brigue pas ce dernier mandat, il y a cette stratégie qui est mise en place pour façonner les leaders dans la mouvance militaire et dans les intérêts militaires à long terme pour l’Égypte. "

Comme rapporté par nos confrères de RFI, quelques jours avant cette annonce, le raïs avait évoqué " le poids de la responsabilité de gouverner et les difficultés liées à la direction de plus de cent millions d’habitants ". Le média en ligne Al-Araby Al-Jadid, avait affirmé qu’on prêtait à Sissi le désir de transmettre le pouvoir à son propre fils. Dans le média indépendant Mada Masr, aujourd’hui menacé de fermeture, une source anonyme expliquait que, par cette déclaration, le président égyptien entendait éviter d’être chassé du pouvoir comme ce fut le cas pour son prédécesseur Hosni Moubarak en 2011. Le raïs égyptien déclare ainsi lâcher les rênes du pouvoir plus de 40 mois à l’avance " pour que personne ne prétende que je prépare un membre de ma famille ou un proche à me succéder. Non, non, non. Rien de tel. L’Égypte est un grand pays et de telles choses ne peuvent pas s’y produire ".

© Belga images

"Ici le monde" vous emmènera aussi en France ou les riverains du glacier Tête rousse en Haute Savoie s’entraînent à évacuer, en cas de fonte des neiges. COP 17 oblige, l’émission reviendra aussi sur l’Indonésie et notamment sa capitale Jakarta écrasée par ses déchets.

"Ici le monde" chaque dimanche sur RTBF La Première après le journal de 8 heures et sur RTBF Auvio.

View the original on RTBF Info →

KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.