Où est passée la CAQ sur les affiches de la CAQ?
Chaque semaine, pendant la campagne électorale, l’équipe du Devoir répond à une question posée par des lecteurs. Ce samedi, Stéphanie Julien se demande : « Pourquoi les pancartes de l’équipe Christine Fréchette ne contiennent-elles pas la mention “CAQ” ou “Coalition avenir Québec” ? Plusieurs personnes m’ont dit que la CAQ et Christine Fréchette représentaient deux partis différents… »
Le 22 juin, la page Facebook de la Coalition avenir Québec (CAQ) a changé sa photo. Le mot « CAQ », avec une fleur de lys dans la lettre « Q », a été remplacé par un phylactère fleurdelisé. À sa droite apparaissaient en noir les mots « Coalition avenir Québec ».
Quatre jours plus tard, le 26 juin, le texte a disparu. Comme photo de profil, la CAQ se contente donc désormais de son logo, que le parti a remanié à l’interne sans avoir recours à une boîte de publicité.
Sur les affiches électorales, le nom du parti n’apparaît nulle part. Dans le phylactère bleu se trouve le slogan « Avançons ». Outre la photo, les noms du candidat et de sa circonscription, une seule inscription, blanche sur fond bleu pâle, confirme que la pancarte est celle de « l’équipe Christine Fréchette ».
« Changement de cheffe, changement de logo », résume la CAQ quand on lui demande pourquoi elle a fait ces modifications. Auprès du Directeur général des élections du Québec, le parti s’appelle désormais « Équipe Christine Fréchette — Coalition avenir Québec ». Le chef précédent et fondateur du parti, François Legault, avait plutôt placé son nom à la suite de celui du parti dans l’appellation officielle. Vu son départ, « on a changé » le nom, répond simplement l’équipe des communications de la CAQ.
« Malhonnête » de cacher le nom ?
Sur les réseaux sociaux, un utilisateur baptisé « Démasqué » publie des vidéos dans lesquelles il place un autocollant avec le mot « CAQ » sur les affiches électorales. « Je trouvais ça un petit peu malhonnête de la part du parti de ne pas mettre son logo en espérant se faire oublier les huit dernières années », explique-t-il au Devoir.
Dans les réactions à ses vidéos, il lit des commentaires de gens « qui disent : “Hein ! Je ne savais même pas que Christine Fréchette, c’était la CAQ” ou : “C’est quoi la différence ?” » relate-t-il. « C’est tellement de la désinformation de leur part », déplore-t-il.
Ce résident de Québec, qui souhaite demeurer anonyme, confirme que la CAQ « n’est pas son parti ». « Mais je ne vais jamais dire à personne pour qui voter ou ne pas voter », précise-t-il.
Certaines personnes lui ont d’ailleurs demandé si elles pouvaient obtenir des autocollants afin de l’aider à modifier les affiches électorales. Mais « le but n’est pas de lancer un mouvement », dit-il. « Le but, c’était simplement de passer le message via les réseaux sociaux. Et non, je ne vais pas vendre ou distribuer de collants. »
Une cheffe plus populaire que son parti
Thierry Giasson, professeur titulaire au Département de science politique de l’Université Laval, rappelle qu’en politique, « les partis et les chefs portent une marque, comme les produits, qui évoque des valeurs et des projets ».
La marque de la CAQ périclitait depuis 2022, observe-t-il. Avec le départ de François Legault et la course à la chefferie, le parti a donc eu l’occasion de redéfinir son identité. « Et quand Christine Fréchette est arrivée à la tête de la Coalition avenir Québec, la marque était encore assez entachée, mais sa marque à elle — les impressions que les gens avaient d’elle — était meilleure, souligne M. Giasson. On a [donc] décidé qu’on allait mener une campagne en mettant en avant Christine Fréchette. »
À ce jour, la cheffe semble effectivement plus populaire que son parti. Dans le plus récent sondage Léger-Le Journal-TVA, publié le 14 septembre, il est notamment demandé qui ferait le meilleur premier ministre du Québec, et Mme Fréchette arrive en deuxième position. La CAQ arrive en revanche troisième dans les intentions de vote.
Reste que, selon Thierry Giasson, un parti ne peut pas effacer complètement son identité. Dans l’équipe de Mme Fréchette, bien des gens étaient là avant elle, rappelle-t-il. « Quand on fait du marketing politique, on ne peut jamais faire table rase. On ne peut jamais créer un nouveau produit à partir de zéro. Ce n’est pas possible parce qu’un parti, ça a une base militante. Il y a des gens qui sont là dont on a besoin parce qu’ils contribuent au parti. Ils aident à gagner des élections. Il faut s’assurer de garder cette base-là », explique le professeur.
Avant ce changement, l’abandon du logo arc-en-ciel de la CAQ avait aussi fait jaser, en 2015. À l’époque, le parti avait adopté le bleu clair pour marquer son nouveau positionnement nationaliste.
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