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Monday, September 14, 2026

Après avoir planté 66 milliards d’arbres, la Chine observe un phénomène inattendu dans ses nouvelles forêts

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Une étude parue fin mai dans la revue Geophysical Research Letters compare la croissance des arbres plantés par l'Homme à celle des forêts spontanées en Chine. Le premier constat est net, le second l'est tout autant, mais il va dans un sens différent.

Un programme d'une ampleur inédite

Depuis 1978, la Chine a planté 66 milliards d'arbres dans le cadre d'un projet baptisé Grande Muraille verte. Trente-quatre milliards supplémentaires sont prévus d'ici 2050. L'ambition consiste à transformer en forêts des steppes désertiques de Mongolie-Intérieure, avec un double objectif : freiner la progression des déserts de Gobi et du Taklamakan, et accroître la capacité du pays à capter du carbone.

Ce que l'étude a mesuré

Les chercheurs se sont intéressés aux différences entre forêts naturelles et forêts plantées, afin de comprendre comment la diversité des espèces, la densité du couvert et l'âge des peuplements influencent leur réaction à la hausse du dioxyde de carbone atmosphérique et au changement climatique. Ils se sont appuyés sur des données satellitaires pour suivre l'indice de surface foliaire, indicateur de la densité du couvert forestier.

Une ingénierie écologique à grande échelle a transformé l'un des déserts les plus arides du monde en puits de carbone. © Daqian Dong, iStock

Le Taklamakan était l'un des endroits les plus hostiles de la planète : la Chine vient de changer ça

Quelque 66 milliards d'arbres plantés autour d'un des déserts les plus arides de la Planète. La Grande Muraille verte chinoise transforme peu à peu le Taklamakan, mais à quel prix pour les ressources en eau de la région ? Entre espoir climatique et vigilance hydrologique, le bilan est plus nuancé qu'il n'y paraît.... Lire la suite

Yuhang Luo, chercheur en écologie du paysage à l'université de Pékin, justifie cette démarche par une lacune méthodologique : les forêts plantées occupent une place croissante dans les stratégies d'atténuation du changement climatique, alors que la plupart des modèles d'écosystèmes globaux ne distinguent pas les types de forêts et représentent mal les dynamiques liées à l'âge des peuplements.

Une croissance supérieure de 66 %

Le résultat principal est sans ambiguïté : les arbres plantés affichent une croissance 66 % plus rapide que ceux des forêts naturelles. Ils réagiraient aussi plus fortement à l'augmentation du dioxyde de carbone atmosphérique.

Voici l'incroyable forêt cachée à 626 mètres de profondeur dans un gouffre géant en Chine. Photo d'illustration. © Zxvisualn, iStock

Voici la forêt cachée dans un gouffre chinois de 626 mètres de profondeur qui abrite des espèces rares

Un trou de plus de 600 mètres de profondeur, assez vaste pour engloutir 120 millions de mètres cubes d'air. Au fond, une forêt subtropicale prospère dans une pénombre quasi permanente depuis 128 000 ans. Plus de 1 200 espèces végétales y ont été recensées, certaines introuvables ailleurs. Que se passe-t-il quand un écosystème grandit coupé de la surface ?... Lire la suite

Deux facteurs expliquent l'essentiel de cet écart.

  • Le premier tient au choix des espèces. Les plantations privilégient des essences à croissance rapide, eucalyptus ou peupliers.
  • Le second relève de la gestion. Ces peuplements bénéficient d'un entretien actif, avec élimination de la végétation concurrente et fertilisation des jeunes plants, ce qui accélère leur développement.

La surface des forêts chinoises a augmenté grâce aux plantations et à la protection des forêts naturelles. Cette évolution a permis aux chercheurs d’étudier et de comparer les réactions des forêts naturelles et artificielles face aux changements climatiques. © brave-carp, iStock

Un avantage qui ne dure pas

C'est le point qui inverse la lecture du résultat, et l'auteur principal le formule sans détour. Les forêts plantées constituent un outil puissant de fixation du carbone à court terme, mais cet avantage reste limité dans le temps. Pour le stockage durable et la résilience des écosystèmes, estime Yuhang Luo, les forêts naturelles demeurent irremplaçables.

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D'autres travaux sur les forêts chinoises vont dans ce sens, ayant établi que les forêts naturelles accumulent davantage de carbone au-dessus du sol au cours de leurs premières années. Ces résultats appellent toutefois à la prudence, les comparaisons entre types de peuplements dépendant fortement des conditions locales.

Planter mieux plutôt que planter plus

La conclusion des auteurs déplace la question. La gestion des terres opère selon des mécanismes plus subtils et plus spécifiques qu'on ne le supposait, reconnaît Yuhang Luo. L'enjeu ne se réduit pas au nombre d'arbres mis en terre : il porte sur le moment de la plantation, le choix des espèces et la manière de conduire les peuplements dans la durée.

Cette lecture a des implications directes pour les politiques de reboisement engagées ailleurs dans le monde, souvent évaluées à l'aune des surfaces plantées plutôt que du carbone effectivement stocké sur plusieurs décennies.

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